La j-music, victime des journalistes français

EDITO. La j-music est une fois de plus victime de la mauvaise foi des journalistes français. France 2 et Libération boudent la deuxième plus grosse industrie musicale du monde derrière les Etats-Unis.

Désinformation sur France 2

« Ils rêvent de la renommée de Tokio Hotel et ils n'en sont pas loin. »

« Ils rêvent de la renommée de Tokio Hotel et ils n'en sont pas loin », commente le présentateur du JT de France 2. Un a priori qui manque de précision et de ce fait peut être mal interprété. Tokio Hotel est un groupe d'origine allemande qui a trouvé son public en France. Le succès de ce groupe est généralement contesté, voire ignoré, par les adeptes de j-music qui le considèrent comme une vulgaire copie des plus grands noms de la scène rock japonaise. En effet, le style musical et vestimentaire de Tokio Hotel s'est largement inspiré des courants musicaux japonais, principalement du visual kei, auxquels le marché allemand est très réceptif. La renommée de l'Arc-en-Ciel (Laruku en abrégé) dépasse largement les frontières du Japon. Le groupe, pionnier en matière de rock japonais, possède déjà 15 ans de carrière derrière lui. La comparaison avec un groupe tel que Tokio Hotel n'est pas pertinente. Bien que ce dernier soit d'avantage reconnu en France que l'ensemble des musiciens japonais, leurs cibles et leurs histoires sont très différentes. Le succès des allemands entre par ailleurs dans une toute autre problématique.

Le public est « une faune bigarrée d'adolescents élevés aux jeux vidéos et au manga », selon la voix off du reportage présenté dans ce JT. Il existe un fort clivage entre les amateurs de manga, d'animation japonaise ou de jeu vidéo et les fans de j-music et de mode. Bien que ces deux phénomènes soient intimement liés, les inconditionnels de musique japonaise ne sont pas forcément fans de manga. Par ailleurs, ils ne sont pas non plus systématiquement des adolescents en mal d'exotisme. La passion pour la culture japonaise qui anime les fans peut parfois être au contraire un style de vie.

Les journalistes de France 2 montrent un désintérêt pour le sujet alors que rien ne les obligeait à le traiter. Au-delà du dénigrement d'un groupe de rock qui mérite le respect, on se retrouve face à une volonté de « désinformer » le téléspectateur.

L'ouverture culturelle selon Libération

« L'Arc-en-Ciel étend son spectre sur Paris », paru le vendredi 9 mai 2008, avant le passage du groupe à Paris.

Le groupe L'Arc-en-Ciel est présenté comme « le fleuron du J-rock, cette scène japonaise qui, sur fond de culture manga proliférante, a gagné des points à l'export, entre Tokio Hotel complet et Indochine décati. », par Gilles Renault, journaliste pour le quotidien français Libération. Outre la traditionnelle comparaison avec le groupe Tokio Hotel et l'association du manga à la j-music, le journaliste montre qu'il sait de quoi il parle. Il reconnaît la place du groupe dans le monde musical et son expansion en France, mais choisi d'aborder le sujet sous un angle amer et méprisant, que l'on retrouve tout au long de l'article.

Le Parisien, plus juste

« Ces stars japonaises remplissent le Zénith », paru le samedi 10 mai 2008.

« cette formation [...] donnait hier une conférence de presse dans un hôtel parisien. », nous apprend Sébastien Catroux, journaliste pour Le Parisien. Il a le mérite de s'intéresser au sujet et d'apporter des informations concrètes sur la présence du groupe japonais en France.

L'article consacré à l'Arc-en-Ciel est écrit avec beaucoup de professionnalisme. Il évoque le rock japonais comme un style peu connu du public français, mais qui rassemble pourtant plus de fans qu'on pourrait le croire. En effet, le marché de la j-music en France se développe plus ou moins de façon souterraine, soit par Internet, conséquence logique du refus des médias et de l'industrie musicale française d'aborder ce style d'un point de vue culturel.

Le groupe est « aussi appelée Laruku (prononciation abrégée d'arc-en-ciel en japonais) », nous informe le journaliste. Un effort de recherche a donc été fait autour du sujet qu'il traite. Les informations relayées par ce compte rendu de la conférence de presse donnée par Laruku, sont autant significatives pour les connaisseurs que pour les non-initiés, à savoir leur rapport avec la France, l'origine de leur nom etc. « mais encore », terme ironique utilisé par la chaîne France 2, a priori présente sur les lieux de cette conférence de presse, qui ne l'aborde visiblement pas sous le même angle.