Rencontre avec Isao Takahata

Isao Takahata, le réalisateur du studio Ghibli, est venu donner une conférence après la projection de deux grands films d'animation le mardi 8 juillet 2008 au cinéma Katorza à Nantes.

Seita et Setsuko, les martyrs d'Isao Takahata. © Akiyuki Nosaka / Isao Takahata / Studio Ghibli, Inc.

Isao Takahata est arrivé sur scène salué par des applaudissements retentissants. Malgré son âge, son sourire juvénile reste encré sur son visage. Pour avoir consacré sa carrière à la jeunesse japonaise et celle du monde entier, une sorte de candeur vient se mélanger avec sa sagesse. En ce soir du 8 juillet, il s'apprête à nous présenter la projection des films LE ROI ET L'OISEAU puis Le Tombeau des Lucioles avant de répondre à nos questions.

L'organisation de cette rencontre exceptionnelle avec le public français a eu lieu dans le cadre de l'exposition Mondes et merveilles du dessin animé, qui se tient depuis le 28 juin et jusqu'au 16 novembre 2008 à l'Abbaye de Fontevraud (49). Elle rend hommage au travail de Paul Grimault, Hayao Miyazaki et Isao Takahata, trois réalisateurs dont les œuvres sont intimement liées.

(Cet évènement s'inscrit plus généralement autour du 150e anniversaire des relations franco-japonaises fêté par les régions dans toute la France.)

Isao Takahata a ainsi exprimé son admiration pour Paul Grimault (1905-1994), le réalisateur du film LE ROI ET L'OISEAU. C'est en effet en découvrant son œuvre et les poèmes de Jacques Prévert, collaborateur de Grimault sur le film, alors qu'il étudiait la littérature française à l'Université de Tôkyô, qu'il a décidé de devenir réalisateur. « C'est la première version du film, que j'ai découvert dans ma jeunesse, qui m'a donné envie de devenir réalisateur », précise le Japonais en début de soirée.

Inspiré du conte La Bergère et le ramoneur, la première version homonyme du film date des années 50. Les artistes, qui désapprouvaient le montage final imposé par la production, sont revenus sur le projet dans les années 80 et l'ont rebaptisé LE ROI ET L'OISEAU. « J'espère que vous apprécierez le film, bien sûr ce n'est pas à moi de vous dire ça, vous qui êtes français », conclut Isao Takahata avec humour.

Le Français Paul Grimault est notamment connu pour avoir marquer la jeunesse et les œuvres d'Isao Takahata et Hayao Miyazaki. Son influence sur le travail des réalisateurs du studio Ghibli peut se retrouver aussi bien dans le dessin des robots, thème de prédilection des Japonais, que dans la mise en scène de l'imaginaire.

Enfance sous les bombardements

Changement de ton. Le Tombeau des Lucioles, réalisé cette fois par Isao Takahata, n'est pas un drame, c'est une tragédie. Dès les premières images le narrateur meurt dans l'indifférence la plus totale. Il déroule ensuite le film de son destin et de celui de sa sœur, victimes des bombardements américains sur Kôbe en 1945. On suit la déchéance du héros jusqu'à sa mort. « Le récit décrit dans cette nouvelle me touche car j'ai connu les bombardements, en cela le narrateur aurait pu être moi », témoigne Isao Takahata.

Bien que le long-métrage ne soit pas autobiographique - c'est l'adaptation de Hotaru no Haka, la nouvelle d'Akiyuki Nosaka - Isao Takahata a lui aussi vécu les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale alors qu'il vivait dans une petite ville à l'ouest du Japon. Un passage de sa vie plutôt traumatisant, puisqu'il avait perdu sa famille dans la fuite et s'était retrouvé seul avec sa grande sœur, blessée. Contrairement au héros de son film, tout était rentré dans l'ordre au bout de quelques jours.

C'est sur de nombreuses anecdotes, plus ou moins personnelles mais toujours particulièrement touchantes ou amusantes qu'Isao Takahata nous a laissé. L'émotion dans la salle était palpable. Le respect, l'admiration du public envers cet homme s'est fait ressentir tout au long de la soirée, et même après qu'il ait quitté le cinéma pour de bon.

Pour aller plus loin :
Compte rendu de la rencontre par Hemisphair
www.lekinorama.com (Kinorama)
www.katorza.fr (Katorza)
www.abbaye-fontevraud.com/web (Abbaye Fontevraud)