Interview avec Tensai Okamura : Réalisateur pour le studio BONES

Tensai Okamura Photo C.M

Nous avons rencontré Tensai Okamura à l'occasion de sa visite aux 9e Utopiales de Nantes où les deux premiers épisodes de Darker than BLACK, la dernière série qu'il a réalisée, ont été diffusés en avant-première.

La soirée du jeudi 30 octobre dédiée à Tensai Okamura, invité d'honneur du pôle asiatique des Utopiales, est déjà bien avancée. Nous retrouvons le réalisateur pour notre interview non loin du bar de Mme Spock après une Master Class forte instructive et la diffusion des deux premiers épisodes de WOLF'S RAIN, série qui l'a consacré. Plus tard, il présentera la projection en avant-première des deux premiers épisodes de Darker than BLACK, la dernière série qu'il a réalisée.

Dans cette nouvelle production du studio BONES, on suit le parcours de Hei, un contractant, soit un être humain doté de pouvoirs surnaturels depuis la mystérieuse apparition de la Hell's Gate 10 ans auparavant ressentant peu d'émotion.

Contrairement à Hei, Tensai Okamura s'avère être un personnage espiègle et avenant qui s'amuse aussi bien avec l'objectif de notre appareil photo que des exclamations agitées d'un compteur à tir de la table ronde voisine. Notre échange avec le réalisateur, qui se déroule en effet au cœur des activités organisées par le festival, s'est déroulé dans une ambiance détendue et sur le ton de l'humour.

Biographie : Tensai Okamura est un professionnel de l'animation qui a principalement officié pour les studios MADHOUSE et BONES. Féru de science-fiction, on peut retrouver son nom au générique de long-métrages et de séries tels que Jin-roh, SOUL EATER ou encore Full Metal Panic !.
Il a réalisé un épisode de la série Neon Genesis Evangelion et l'un des segments de Memories, il a travaillé sur le storyboard et l'animation de Cowboy Bebop - Le film et sur le storyboard de RahXephon. Il est aujourd'hui reconnu pour la réalisation des séries WOLF'S RAIN en 2003 et Darker than BLACK en 2007. Darker than BLACK devrait sortir en DVD chez Panini Video au cours du premier semestre 2009.

Darker than BLACK
© 2007 Bones · Tensai Okamura

Q : Vous avez exercé un certain nombre de métiers dans le secteur de l'animation (storyboard, réalisatieur, animateur clé). Dans lequel de ces métiers, vous êtes-vous senti le plus à l'aise ?

Tensai Okamura : Celui que je préfère, qui est aussi le plus simple à réaliser, est la gestion du storyboard. Le risque à ne faire que ça est de s'ennuyer, ça m'arrive souvent de faire d'autres tâches pour me changer les idées.

Q : Le storyboard sous-entend des talents de dessinateur, pourquoi n'avoir jamais pensé à faire du manga ? Est-ce possible d'allier les deux ?

Tensai Okamura : Je dessinais des bandes dessinées quand j'étais petit (rires). Je me suis plusieurs fois demandé si j'allais devenir mangaka ou animateur. Je suis animateur depuis bien longtemps, j'ai donc acquis des techniques qui font qu'un retour en arrière me paraît difficile aujourd'hui.

Q : Quel métier n'avez-vous pas encore exploité dans l'animation et que vous aimeriez bien faire ?

Tensai Okamura : J'aurais aimé faire des animés d'un genre bien précis que nous appelons « moe » en japonais avec plein de belles jeunes filles ! (Rires)
En ce moment je travaille justement une série de type « moe », mais il n'y en a pas tant que ça, zut alors !

À propos de ses œuvres

Q : Vous évoquiez tout à l'heure votre collaboration avec Yōko Kanno, avec quelle équipe ou personnalités souhaiteriez-vous travailler ?

Tensai Okamura : Il y en a beaucoup ! C'est difficile de vous donner un nom sur le moment, mais j'ai adoré travailler avec Yōko Kanno, qui était alors en charge de la bande originale sur la série WOLF'S RAIN

WOLF'S RAIN
© 2003 Bones • Keiko Nobumoto / BV

Q : Les univers de WOLF'S RAIN et Cowboy Bebop - Le film sont complètement différents. Quels sont selon vous les traits de caractère communs et les différences entre chacune de vos réalisations ?

Tensai Okamura : Chaque production propose un univers différent, du travail des couleurs à celui des personnages. On ne peut pas dire qu'il y ait un lien entre toutes ces séries qui ont, en définitive, une identité propre.

Q : Comment se fait alors le choix des projets sur lesquels vous avez envie de participer ?

Tensai Okamura : Je ne choisis pas de travailler sur un projet en particulier, c'est une approche qui se fait naturellement au fil de mes rencontres et de mes envies. J'avais par exemple très envie de travailler sur le projet Cowboy Bebop en découvrant la série TV. On m'en a finalement donné l'occasion sur le film, Cowboy Bebop - Le film.

Q : En France, nous avons récemment pu assister à l'avant-première du film 20th Century Boys, tiré de la série. Avez-vous déjà pensé à adapter l'une de vos réalisations en film live ?

Tensai Okamura : Dans le cas de la licence Cowboy Bebop, le dessin donne une ambiance particulière qui manquerait dans une version live avec des acteurs. Ça pourrait être intéressant mais ça donnerait quelque chose de totalement différent.

Q : Un autre type de format vous semble-t-il pertinent ?

Tensai Okamura : Pour une réalisation en « Full Animation », chaque image est retravaillée. Les studios Disney faisaient souvent appel à cette technique à une époque mais c'est extrêmement cher. Comme je vous l'ai montré pendant la Master Class, aujourd'hui on ne retravaille que l'objet mouvant sur une même image. Concrètement, on réutilise ce qui est déjà dans l'image, on ne modifie que la bouche du personnage qui parle par exemple.

Cowboy Bebop - Le Film
© Sunrise · Bones · Bandai Visual

Q : Avez-vous des anecdotes à nous faire partager suite à des difficultés rencontrées pendant la réalisation d'une série TV ?

Tensai Okamura : L'année dernière, j'ai pu faire le tour de Paris et visiter la Tour Eiffel. Je n'y étais jamais allé avant pourtant j'ai eu l'impression du contraire. Je me suis souvenu plus tard que cette impression venait du fait que j'avais travaillé pendant des heures sur un plan de la Tour Eiffel pour Cowboy Bebop - Le film. Ce travail avait été particulièrement difficile. 

Un Japonais à Paris

Q : L'année dernière vous nous avez rendu visite à Chibi Japan Expo, comment avez-vous été reçu en France et dans les différents pays où vous êtes allé promouvoir vos œuvres ? D'après vos observation, comme expliquer la position de la France comme second marché mondial du manga ?

(Interruption suite au bruit provoqué par l'atelier voisin, il s'en amuse.)

Tensai Okamura : Tout d'abord, je suis allé en Suisse et aux États-Unis. Je trouve ça étrange que les français soient à ce point dans le manga, ça me semble incroyable. J'avais déjà entendu parler de la diffusion de Goldorak en France, il y a très longtemps, ça m'avais surpris mais je n'avais jamais pensé à aller vérifier ! (Rires)

Q : Existe-t-il vraiment une différence entre la France et les États-Unis par exemple ?

Tensai Okamura : Je n'ai pas participé à suffisamment d'événements pour pouvoir sentir mesurer l'impact du manga dans ces différents pays.

Q : Vous pouvez revenir autant de fois que vous voulez !

Tensai Okamura : Justement, ça me fait penser que cette année, mes accompagnateurs m'ont perdu à l'aéroport Paris-Charles de Gaulle ! (Rires)

Q : L'important est qu'on vous ait retrouvé ! Merci beaucoup et bonne fin de soirée !

Remerciements : Morgan Magnin, responsable du pôle asiatique aux Utopiales de Nantes.