[Interview] Tensai Okamura : son travail de réalisateur pour le studio Bones

[Interview.] Tensai Okamura est venu présenter sa série Darker Than Black, à l'occasion de la projection des deux premiers épisodes en avant-première française aux Utopiales de Nantes le 30 octobre.


Tensai Okamura, le réalisateur des séries Wolf's Rain et Darker Than Black. Photo C.M

Nous retrouvons Tensai Okamura, après la diffusion des deux premiers épisodes de Wolf's Rain, la série qui l'a consacré, en compagnie de son traducteur non loin du bar. Contrairement à Hei, le héros de Darker Than Black, Tensai Okamura est un personnage espiègle qui s'amuse aussi bien avec l'objectif de l'appareil photo que des exclamations agitées d'un compteur à tir de la table ronde voisine. Notre échange avec l'artiste se déroule en effet au cœur des activités organisées par le Festival international de science-fiction de Nantes. La soirée avec Tensai Okamura, invité d'honneur du pôle asiatique, s'est déroulée dans une ambiance détendue et sur le ton de l'humour.

Biographie : Tensai Okamura est un réalisateur japonais qui a travaillé pour des studios importants notamment Madhouse et Bones. Féru de science-fiction, on peut retrouver son nom au générique de longs-métrages et de séries tels que Jin-Roh, Soul Eater ou encore Full Metal Panic!. Ses participation majeures concernent essentiellement la réalisation d'un épisode de la série Neon Genesis Evangelion, d'un des segments de Memories, du storyboard et de l'animation clé de Cowboy Bebop et du storyboard de Raxhephon. Il est aujourd'hui reconnu pour la réalisation des séries Wolf's Rain en 2003 et Darker Than Black en 2007.

Vous avez exercé un certain nombre de métiers dans le secteur de l'animation (storyboard, réalisation, animateur clef). Dans lequel de ces métiers, vous êtes-vous senti le plus à l'aise ?

Tensai Okamura : Celui que je préfère, qui est aussi le plus simple à réaliser, est la gestion du storyboard. Le risque à ne faire que ça est de s'ennuyer, ça m'arrive souvent de faire d'autres tâches pour me changer les idées.

Le storyboard sous-entend des talents de dessinateur, pourquoi n'avoir jamais pensé à faire du manga ? Est-ce possible d'allier les deux ?

Tensai Okamura : Je dessinai des mangas et des bandes dessinées quand j'étais petit (rires). Je me suis plusieurs fois demandé si j'allais devenir mangaka ou animateur. Je suis animateur depuis bien longtemps, j'ai donc acquis des techniques qui font qu'un retour en arrière me paraît difficile aujourd'hui.

Quel métier n'avez-vous pas encore exploité dans l'animation et que vous aimeriez bien faire ?

Tensai Okamura : J'aurais aimé faire des animés d'un genre bien précis que nous appelons « Moe » en japonais avec plein de belles jeunes filles ! (rires)
En ce moment je travaille justement une série de type « Moe », mais il n'y en a pas tant que ça, zut alors !

À propos de ses œuvres

Vous évoquiez tout à l'heure votre collaboration avec Yoko Kanno, avec quelle équipe ou personnalités souhaiteriez-vous travailler ?

Tensai Okamura : Il y en a beaucoup ! C'est difficile de vous donner un nom sur le moment, mais j'ai adoré travailler avec Yoko Kanno, qui était alors en charge de la bande originale sur la série Wolf's Rain

Les univers des séries Wolf's Rain et Cowboy Bebop sont complètement différents. Quels sont selon vous les traits de caractère communs et les différences entre chacune de vos réalisations ?

Tensai Okamura : Chaque production propose un univers différent, du travail des couleurs à celui des personnages. On ne peut pas dire qu'il y ait un lien entre toutes ces séries qui ont, en définitive, une identité propre.

Comment se fait alors le choix des projets sur lesquels vous avez envie de participer ?

Tensai Okamura : Je ne choisis pas de travailler sur un projet en particulier, c'est une approche qui se fait naturellement au fil de mes rencontres et de mes envies. J'avais par exemple très envie de travailler sur le projet Cowboy Bebop en découvrant la série TV. On m'en a finalement donné l'occasion sur le film, Cowboy Bebop, Knockin' on Heaven's Door.

En France, nous avons récemment pu assister à l'avant-première du film 20th Century Boy, tiré de la série. Avez-vous déjà pensé à adapter l'une de vos réalisations en film live ?

Tensai Okamura : Dans le cas de Cowboy Bebop, le dessin donne une ambiance particulière qui manquerait dans une version live avec des acteurs. Ça pourrait être intéressant mais ça donnerait quelque chose de totalement différent.

Un autre type de format vous semble-t-il pertinent ?

Tensai Okamura : Pour une réalisation en « Full Animation », chaque image est retravaillée. Les studios Disney faisaient souvent appel à cette technique à une époque mais c'est extrêmement cher. Comme je vous l'ai montré pendant la Master Class, aujourd'hui on ne retravaille que l'objet mouvant sur une même image. Concrètement, on réutilise ce qui est déjà dans l'image, on ne modifie que la bouche du personnage qui parle par exemple.

Avez-vous des anecdotes à nous faire partager suite à des difficultés rencontrées pendant la réalisation d'une série TV ?

Tensai Okamura : L'année dernière, j'ai pu faire le tour de Paris et visiter la Tour Eiffel. Je n'y étais jamais allé avant pourtant j'ai eu l'impression du contraire. Je me suis souvenu plus tard que cette impression venait du fait que j'avais travaillé pendant des heures sur un plan de la Tour Eiffel pour Cowboy Bebop. Ce travail avait été particulièrement difficile. 

Un Japonais à Paris

L'année dernière vous nous avez rendu visite à Chibi Japan Expo, comment avez-vous été reçu en France et dans les différents pays où vous êtes allé promouvoir vos œuvres ? D'après vos observation, comme expliquer la position de la France comme second marché mondial du manga ?

(Interruption suite au bruit provoqué par l'atelier voisin, il s'en amuse.)

Tensai Okamura : Tout d'abord, je suis allé en Suisse et aux Etats-Unis. Je trouve ça étrange que les français soient à ce point dans le manga, ça me semble incroyable. J'avais déjà entendu parler de la diffusion de Goldorak en France, il y a très longtemps, ça m'avais surpris mais je n'avais jamais pensé à aller vérifier ! (rires)

Existe-t-il vraiment une différence entre la France et les Etats-Unis par exemple ?

Tensai Okamura : Je n'ai pas participé à suffisamment d'événements pour pouvoir sentir mesurer l'impact du manga dans ces différents pays.

Vous pouvez revenir autant de fois que vous voulez !

Tensai Okamura : Justement, ça me fait penser que cette année, mes accompagnateurs m'ont perdu à l'aéroport Paris-Charles de Gaulle ! (rires)

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Après cet entretien, Tensai Okamura est allé présenter sa nouvelle série Darker Than Black qui sortira en DVD chez TLM/Panini au cours du premier semestre 2009.

Remerciements : Morgan Magnin, responsable du pôle asiatique aux Utopiales de Nantes.

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