[Interview] Murata Range : créateur du collectif Robot

[Interview.] Murata Range a profité du Festival International de la BD d'Angoulême pour présenter le premier tome du collectif Robot dont la sortie officielle française est prévue pour le 11 février 2009.


Murata Range, initiateur du collectif Robot. Photo Julien Tartarin

L'hôtel Mercure est le théâtre de nombreuses rencontres entre éditeurs, journalistes et auteurs. Murata Range est déjà en train de se prêter au jeu de l'interview alors que nous nous installons dans le salon VIP Glénat et attendons notre tour. Notre rencontre avec Murata Range ne s'est pas déroulée sans interruptions. Ce maître de l'illustration a tout de même fait preuve de beaucoup de patience, et a tenu de façon méticuleuse à répondre à nos questions. Il a par ailleurs souligné sa surprise face à l'engouement des français pour ses œuvres que l'on peut classer dans le genre décalé.

Biographie : Murata Range est un artiste japonais, connu pour ses collaborations avec les studios Gonzo sur les animations Blue Submarine n°6 et Last Exile. Sa carrière repose essentiellement sur ses travaux comme illustrateur de nombreux doujinshi (fanzines) et chara-designer pour jeux videos. Le collectif Robot, qu'il a initié, est une sorte d'artbook qui rassemble les histoires courtes de plusieurs mangakas. Murata Range est un personnage qui s'intéresse aussi à la mode puisqu'il participe à la création de vêtements et accessoires distribués via le réseau GoFa (Gallery of Fantastic Art) à Tokyo.

Pouvez-vous vous présentez et nous parler de votre parcours professionnel ?

Murata Range : Ma principale occupation consiste à faire des illustrations pour les magazines. J'ai également pu sortir des ouvrages comme le collectif Robot, un livre d'illustrations qui réunit plusieurs artistes. Il m'arrive également de travailler pour l'animation et le jeu vidéo comme chara-designer.

Pouvez-vous nous expliquer le concept de Robot ?

Murata Range : Au Japon, la plupart des mangas sont en noir et blanc, or je m'intéresse particulièrement au travail sur la couleur. J'ai donc eu l'idée de sortir un recueil basé sur des illustrations couleurs.

Comment est né le projet d'un point de vue technique ?

Murata Range : Il n'y a pas beaucoup de livres qui réunissent des illustrations de différents auteurs au Japon. J'ai trouvé l'idée intéressante de rassembler divers artistes autour d'un ouvrage commun, notamment la réalisation d'une série d'illustrations couleurs.


Robot #1 © Glénat

Est-ce que ça a été difficile ?

Murata Range : C'était beaucoup plus difficile que je l'imaginais. La plupart des auteurs avaient du mal à rendre leurs illustrations à la date prévu, moi y compris ! Quand on est entré dans la phase de réalisation, je me suis rendu compte que c'était plus difficile que je le pensais.

Quel a donc été votre rôle dans ce projet ?

Murata Range : J'étais en charge de la production générale de l'œuvre. J'ai tenu le poste d'éditeur en chef pendant toute sa réalisation et donné ses orientations.

Les univers de ce collectif sont étranges, surtout du point de vue d'un français. Pourquoi avoir choisi cette thématique ?

Murata Range : Je me suis reposé sur l'imagination des artistes à qui j'avais demandé de travailler sur le projet. Ça a donné un recueil avec des univers qui se ressemblent mais ce n'était pas quelque chose qu'on avait décidé au départ.

Comment s'est déroulé votre rencontre avec le studio Gonzo ?

Murata Range : Je les ai rencontré il y a environ 10 ans alors qu'ils travaillaient sur le projet _Blue Submarine n°6_. Ils ont pensé à me contacter alors qu'ils commençaient à monter le projet, ce qu'ils ont fait et j'ai pu les rejoindre.

Votre biographie vous décrit comme un touche à tout, à la fois illustrateur, chara designer et même styliste, quel est le métier que vous préférez exercer ?

Murata Range : Tout m'intéresse parce que tout est différent et j'aime bien faire des choses très diverses.

Quel est le métier que vous n'avez pas encore fait et que vous aimeriez faire ?

Murata Range : Pour l'instant je n'ai pas de désir particulier mais je suis ouvert à tout. Je fais un choix en fonction de l'intérêt que je porte aux projets que l'on me propose, où selon mes propres envies. Cela dit, j'aimerais bien travailler sur un film, je n'en ai jamais encore eu l'occasion.

Que retenez-vous de vos précédentes expériences artistiques ?

Murata Range : Il m'arrive parfois de mettre les choses en perspective mais ce n'est pas dans ma nature de tout remettre en question. J'ai traversé des moments difficiles, tout comme je me suis fait plaisir. Je ne réfléchis pas trop à tout ça !

« J'essaie d'avoir une approche naturelle par rapport aux choses. Par contre, on dit souvent de moi que j'ai un style rétro. »

Comment définiriez vous votre style graphique ?

Murata Range : Je n'ai pas de style spécifique, je dessine avant tout ce qui me passe par l'esprit. J'essaie d'avoir une approche naturelle par rapport aux choses. Par contre, on dit souvent de moi que j'ai un style rétro. Il y a bien un style « Murata », mais ça vient plus de la vision que les autres ont de mon style en comparaison avec d'autres artistes.

Quelles sont vos principales sources d'inspiration ?

Murata Range : C'est difficile d'évaluer à partir de quelles influences en particulier mon style s'est développé. D'autant plus que mes inspirations remontent à ma prime jeunesse. Mon style est un mélange logique de mon environnement.

Robot est un collectif sur lequel vous avez pu travailler avec de nombreux artistes, n'avez-vous jamais pensé à travailler seul ?

Murata Range : Le fait de pouvoir collaborer avec d'autres artistes est une expérience plus enrichissante que lorsque je travaille seul. Ce qui me plaît c'est de pouvoir construire quelque chose avec eux. Je prends beaucoup de plaisir à œuvrer avec plusieurs personnes pour la création d'un livre.

Quel est votre rapport avec le public français ?

Murata Range : C'est très surprenant de voir que des gens qui vivent de l'autre côté de la Terre aiment mon travail. C'est tellement incroyable de pouvoir dédicacer des doujinshi qu'ils ont réussi à se procurer ici bien qu'on en trouve qu'au Japon. Ca me fait énormément plaisir même si j'ai du mal à réaliser.
La réalisation du collectif Robot était surtout destinée à un public japonais, c'est donc une bonne surprise de voir que des français l'apprécient autant.

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Les éditions Glénat ont choisi de publier d'abord le second tome de la série Robot en mars 2008, avant de publier le premier tome en ce début d'année afin de créer l'événement.

Remerciements : Range Muarata et les éditions Glénat Manga.

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