La sortie de Sora no Sphere, le prochain album d'Akino Arai est prévue pour le 29 avril. L'artiste est venue présenter quelques morceaux de cet album lors de deux représentations live données à l'Européen de Paris.
Nous retrouvons la virtuose japonaise sur la scène de l'Européen quelques heures avant son concert. Akino Arai est en train de répondre aux questions des journalistes imposant autour d'elle un silence presque sacré. C'est bientôt notre tour. Rien dans son comportement ne laisse à penser que cette grande musicienne timide et discrète est tendue avant d'entrer sur scène. D'une voix posée et calme, et après tant d'années d'expériences, Akino Arai est tout simplement heureuse de pouvoir retrouver son public français. Consciente de l'impact de son travail pour l'animation japonaise en France, elle se lie avec ce public bien spécifique d'un point de vue plus personnel et intimiste afin de lui faire découvrir les titres originaux de Sora no Sphere. On apprécie sa générosité, son humour, sa timidité, mais par dessous tout ses mélodies et le son de sa voix. Rien de tel qu'une représentation live pour mesurer toute l'étendue de son talent.
Biographie : Compositrice, musicienne, parolière ou encore chanteuse, Akino Arai est une artiste complète. Elle a collaboré avec les plus grands noms de la scène japonaise tels que ZABADAK (pour qui elle a écrit les paroles de plusieurs titres) à ses débuts dans les années 80, et Yôko Kanno qui l'a prise sous son aile dans les années 90. Les deux musiciennes ont produit certains des plus beaux titres de l'animation comme Voices pour le film Macross Plus. C'est après ces années de travail dans l'animation qu'elle se lance véritablement dans une carrière solo, de l'album Sora no Niwa, sorti en 1997, à Sora no Sphere, qui sort le 29 avril 2009.
Q : Il y a 3 ans, lors de votre premier concert à Paris, vous appréhendiez le retour du public. Dans quel état d'esprit êtes-vous aujourd'hui ?
Akino Arai : Je reste un peu tendue avant d'entrer sur scène mais c'est dans ma nature. Je réagis de la même façon que ce soit en France ou au Japon. Aujourd'hui je suis dans le même état d'esprit pour donner un concert en France qu'au Japon.
Q : Pouvez-vous nous parler de votre parcours artistique, qu'est-ce qui vous a poussé à faire de la musique ?
Akino Arai : Je compose des mélodies depuis que je suis petite. Mon rapport à la musique n'a pas changé, j'écris toujours avec un cœur d'enfant.
J'ai créé beaucoup de morceaux pour les films d'animation et les dessins animés japonais. J'ai eu de la chance car c'est par ce biais que j'ai pu toucher le public français. Cela dit, j'ai écrit bien d'autres morceaux et je serais vraiment très heureuse si vous les écoutiez aussi.
Q : On vous reconnaît à la fois pour votre parcours musical personnel et pour votre participation au monde de l'animation. Comment gérez-vous ce double profil ?
Akino Arai : Il n'y a pas de démarche parallèle entre ma musique pour les films d'animation ou pour la scène. Évidemment mon travail pour le dessin animé répond à une demande précise, à une commande que je dois décrire et développer à travers ma musique, mais je ne le vis pas comme une contrainte. J'essaie au contraire de m'exprimer dans cet espace défini. On ne peut être que soi-même, en ce sens tout part de moi, tout est le fruit de mon univers.
Q : Votre dernier album Sora no Sphere sort le 29 avril prochain. Quel est le message de cet album ?
Akino Arai : Dans cet album j'ai laissé parler ma propre vie, je n'ai mis aucune barrière à ma créativité. J'ai voulu repousser les limites du conscient, faire remonter à la surface toute l'énergie que j'avais au fond de moi. Si les personnes qui écoutent cet album ressentent cette énergie, ça sera vraiment formidable. C'est un partage inouï.
Q : Quel est la signification du titre « Sora no Sphere » ?
Akino Arai : À la base, le caractère « sora » (空), représente le ciel. Dans une circonstance particulière, il peut faire référence à quelque chose d'imaginaire. « Sora no mori », le premier titre que j'ai écrit avec le terme « sora », pouvait aussi bien vouloir dire « les forêts/jardins du ciel » que « les forêts/jardins imaginaires ». On peut finalement lui donner plusieurs sens. Le ciel représente l'univers et évoque ainsi une notion d'infini, qui n'a pas de limite. Il s'apparente aussi à une divinité omniprésente. On peut être déprimé et lassé, on peut baisser les bras, quoiqu'il arrive, on verra toujours le ciel en relevant la tête. « sora » représente quelque chose qui nous tire vers le haut, qui nous oblige à nous relever. Le ciel est un ami qui protège la vie, qui nous regarde, qui veille sur nous. Enfin, quand on prend de la hauteur, de la distance par rapport aux évènements, on a une approche plus objective. C'est donc aussi une métaphore sur le fait de pouvoir relativiser.
« Dans cet album j'ai laissé parler ma propre vie, je n'ai mis aucune barrière à ma créativité. »
Q : Quelle est la spécificité de cet album par rapport aux précédents ?
Akino Arai : Auparavant, j'avais l'habitude de donner une structure à ma musique. Je travaille depuis longtemps avec Hogari Hisaaki, producteur et musicien en ayant cette démarche. Cette fois-ci, sans m'en rendre vraiment compte, j'ai eu une autre approche. Pour moi c'était tout simplement important qu'à travers cet album je puisse me libérer de quelque chose. Le résultat porte cette sensation de liberté intérieure, c'est en tout cas comme ça que je l'ai vécu et ressenti.
Q : Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées lors de la réalisation de cet album ?
Akino Arai : Aucune ! C'est bien la première fois que ça m'arrive !
Q : Vous avez collaboré avec Adeyto, une artiste complète franco-allemande sur le titre Mizu, comment l'avez-vous rencontrée et comment s'est déroulée cette collaboration ?
Akino Arai : Vincent (présent dans la salle, ndlr), un ami français, m'a présenté Adeyto il y a déjà 7 ou 8 ans et le courant est bien passé. Nous n'avions jamais pensé travailler ensemble mais lorsque j'ai écrit la mélodie de Mizu, j'ai pensé que ça serait bien de la chanter en français. Je lui ai donc demandé d'écrire un texte qui correspondait à la musique.
Q : L'aspect visuel de votre univers est travaillé jusqu'à la pochette de votre album, en passant par vos concerts, pouvez-vous nous en dire plus ?
Akino Arai : Sur chaque produit et pour chaque concert, je travaille avec la société VJ dirigée par M. Ogawa, ce qui nous permet de renforcer l'aspect artistique des morceaux. Pendant un live, une série de dessins et d'effets graphiques défilent sur un grand écran. Jusqu'à maintenant, il n'avait jamais pris mes dessins pour illustrer mes albums, on a finalement décidé de se lancer pour la première fois.
Q : Comment définiriez-vous votre style musical aujourd'hui ?
Akino Arai : Je me sens très libre d'exprimer ce que je ressens sans me poser de question. Je n'ai pas de stratégie ou de concept bien défini, je laisse parler mes sentiments.
Q : Dans diverses biographies, on vous prête une admiration pour Kate Bush. Quelles sont vos principales influences artistiques ?
Akino Arai : Kate Bush est une femme de ma génération, créative et vraiment unique en son genre. C'est son originalité que j'admire, en cela elle m'a beaucoup influencée. Je suis également fan du travail d'Andreï Tarkovski, grand réalisateur russe des années 60-80. D'un point de vue plus philosophique, le Dalaï Lama a également une grande influence sur moi.
Q : Vous semblez avoir également déclaré apprécier le travail d'Émilie Simon ? Quel est votre rapport avec les artistes français ?
Akino Arai : C'est vrai oui ! J'adore Air aussi. (Le groupe électro-rock composé de Jean-Benoît Dunckel et de Nicolas Godin connu au Japon, ndlr)
Q : Mise à part la sortie prochaine de l'album, avez-vous d'autres projets en cours ou à venir ?
Akino Arai : J'ai bien un projet personnel que je souhaite réaliser, en tout cas je fais tout pour... Je voudrais créer 5 ou 6 morceaux destinés à être chantés et accompagnés au piano pour un public européen uniquement. Les titres devraient donc être interprétés en français ou en anglais et seraient diffusés par Internet sur l'Europe. Pour l'instant c'est un peu un rêve mais ça serait formidable si ça se réalisait.
Q : Pouvez-vous nous dire un mot en français ?
Akino Arai : Bonjour Français, France, comment allez vous, ça va ? Merci beaucoup ! (en français) (Rires)
Remerciements :
Akino Arai et la journaliste internationale Emiko San Salvadore pour la traduction.
Damien Marronneau de J-Music Live














