[Interview] Yuuki Obata : son travail mais surtout sa mélancolie

[Interview.] Yuuki Obata, l'auteur du manga C'était Nous, a fait un petit tour dans le sud de la France à l'occasion du 4e Mang'Azur qui s'est déroulé les 18 et 19 avril 2009.


Les mains de Yuuki Obata sont aussi fines que son trait. Photo Julien Tartarin

La voix off du festival se fait entendre, nous rendant presque dans l'impossibilité de réaliser l'interview. Notre sang ne fait qu'un tour à la première intervention, et finit par nous faire rire en cœur, voilà un langage qui n'a pas besoin de traducteur. Tout au long de l'entretien, Yuuki Obata manifeste son envie de travailler sur une série qui lui permettrait de se faire plaisir et surtout d'y transcrire ce qu'elle ressent. On espère la retrouver prochainement lorsqu'elle aura réussi à réaliser les projets qui lui tiennent tant à cœur.

Biographie : Yuuki Obata est l'auteur des deux séries C'était Nous (Bokura ga Ita en japonais) et La Mélancolie de Sumiré, publiées par la revue Betsucomi depuis 2002 au Japon et par les éditions Soleil en France. Elle est lauréate du 42e concours de débutantes de l'éditeur Shogakukan. Elle a commencé sa carrière avec le manga Rain Drops en 1998. Forte de son succès avec C'était Nous, son 5e manga, elle est également récompensée par le prix du meilleur shôjo en 2005. C'était Nous a depuis été adapté en dessin animé par le réalisateur Akitaro Daichi pour le studio ArtLand.

Pouvez-vous nous présenter l'histoire de C'était Nous ?

Yuuki Obata : Deux lycéens vont se rencontrer et vont affronter ensemble les épreuves de la vie. Nanami Takahashi est un peu naïve, Yano Motoharu est plutôt mystérieux. Au début, elle se sent désœuvrée face à lui, puis découvre qu'il a perdu sa copine par la mort et va l'aider à surmonter cette peine.

Comment est née la série C'était Nous ?

Yuuki Obata : J'avais déjà créé trois séries sur le thème du lycée... L'équipe de la revue Betsucomi m'a demandé d'en dessiner une autre, mais de l'aborder sous un angle différent.
Quand j'ai commencé à travailler sur cette série, j'avais du mal à saisir la personnalité des écoliers et j'avais peur que mon histoire, qui parle d'un jeune garçon dont la copine est décédée, soit banale. J'ai quand même voulu continuer et elle a finalement été bien reçue, donc je suis contente.

Après 12 tomes, vos personnages ont-ils mûri ?

Yuuki Obata : Je ne tiens pas à les faire mûrir trop vite, j'aime que ça reste progressif. Bien sûr, ils deviennent tous adultes mais il leur arrive de régresser, puis d'avancer à nouveau. J'ai souvent l'impression qu'ils ne font que régresser, je me demande s'ils progressent vraiment ou non ? (rires)
Les héros sont encore très jeunes, les épreuves sont donc d'autant plus difficiles pour eux. Je me demande finalement si ce n'est pas un peu trop dur et si ça reste crédible...

En France, on vient tout juste d'annoncer la publication du 12e tome, quelle en sera sa spécificité ?

Yuuki Obata : Les lecteurs attendaient la rencontre de deux personnages, elle arrive enfin... (rires)

Quelles difficultés avez-vous rencontré lors de la réalisation de votre série ?

Yuuki Obata : Le rythme de publication était difficile à tenir pour moi. J'avais du mal à visualiser ma série dans son ensemble, à imaginer tout ce qui allait pouvoir ce passer. Au début, je devais publier un chapitre par semaine, et pour chaque chapitre, je devais trouver un tournant intéressant pour l'histoire.


C'était Nous - Yuuki Obata

Qu'est-ce qui vous a conduit à devenir mangaka ?

Yuuki Obata : Plus jeune, je lisais beaucoup de mangas, une habitude que j'ai perdu en entrant au lycée. Quand j'ai repris mes lectures après le lycée, j'ai ressenti des émotions qui m'ont rappelé mon enfance. J'ai eu envie de traduire ces sentiments par le dessin. Plus généralement après mes études, il a fallu que je réfléchisse à ce que je voulais faire comme métier, celui de mangaka s'est imposé à moi.

Qu'avez-vous gardé de vos expériences professionnelles précédentes (Rain Drops...) ?

Yuuki Obata : Ma première expérience marquante reste le premier titre que j'ai écrit mais qui n'est pas sorti en France. Pendant cette période, j'ai pu dessiner tout ce que j'avais envie d'exprimer. J'ai dû arrêter lorsque j'ai changé de revue.

Comment se passe une journée de travail ?

Yuuki Obata : On commence par faire le "proto", un synopsis du chapitre. Même si l'équipe avec laquelle je travaille me pousse à écrire un scénario, je ne trouve pas facilement l'inspiration, je n'ai pas beaucoup d'idées. Ensuite, on passe à l'étape du "name", qui consiste à faire un premier dessin. Etant donné que je peine pour le "proto", je prend beaucoup plus de temps sur le "name", j'en discute avec les membres du staff, et on avance comme ça jusqu'à la publication.

C'est la première fois que vous venez en France pour présenter une de vos séries ?

Yuuki Obata : J'ai visité Aix-en-Provence et Nice il y a trois ans et j'étais déjà venue à Paris deux fois mais c'était pour des raisons personnelles.

Quel est votre rapport avec votre public français ?

Yuuki Obata : Je ne savais pas du tout qu'il y avait autant de lecteurs ! Je découvre ! (rires)

Pouvez-vous nous parler de vos envies et de vos projets futurs ?

Yuuki Obata : Je tiens tout d'abord à finir C'était Nous, ensuite j'espère pouvoir travailler sur un titre plus personnel, où je peux vraiment y mettre un peu de moi-même, sans prendre en compte l'opinion publique. J'accumule les expériences personnelles, cinéma, musique etc.

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Pressés par le temps, notre entrevue fut de courte durée. Nous repartons cependant avec une magnifique dédicace, que l'auteur s'est appliquée à nous dessiner.

Remerciements : Yuuki Obata, ses accompagnateurs Yasuko Yamauchi et Takuya Yui et les éditions Soleil Manga.

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