[Interview.] Masako Sakano se remémore son travail pour le studio Ghibli aux côtés de Hayao Miyazaki.
Le sourire et la joie de vivre, voilà ce que nous inspire Masako Sakano. Espiègle, elle repense à ses années de travail au studio Ghibli avec humour et sérénité. Elle nous livre quelques petites anecdotes sur le personnage si mystérieux de Miyazaki, et nous étonne par sa franchise. La 5e Fête de l'Animation de Lille, qui s'est déroulée du 16 au 19 avril 2009, nous a permis de la rencontrer, après sa participation à la conférence sur le thème de l'exposition, dédiée au réalisateur japonais, « Vivre en harmonie avec la Nature ».
Biographie : La carrière de Masako Sakano a été marquée par son poste d'assistante animatrice pour le studio Ghibli, pendant 20 ans. Elle a fait partie de l'équipe du grand réalisateur Japonais Hayao Miyazaki dès Nausicaä, de la vallée du vent. Elle s'est par la suite installée en France et travaille comme animatrice 2D sur la série Wakfu pour la société française Ankama. Entre-temps elle aura aussi participé à de nombreux projets, notamment Mia et le Migou pour Folimage et Mulan pour Disney.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?
Masako Sakano : J'ai commencé ma carrière comme assistante animatrice sur une série de Toei Animation pour la télévision. Depuis, j'ai travaillé sur trop de projets pour pouvoir tous les évoquer. (rires)
Je n'ai pas connu le travail de Miyazaki-san avec Sherlock Holmes (1982). En revanche, j'ai découvert Le château de Cagliostro (1979) plus tard, qui m'a impressionné, notamment pour le style novateur qu'il apportait au monde de l'animation, un monde très conservateur. Beaucoup de réalisateurs avaient déjà tenté de faire bouger les choses, en proposant différentes techniques d'animation, sur l'animation des mouvements des personnages par exemple. C'est finalement Miyazaki-san qui à réussi à bouleverser les habitudes du dessin animé.
Il n'aimait pas la façon dont les autres réalisateurs travaillaient, c'est ce qui l'a poussé à devenir lui-même réalisateur.
En voyant son film, j'ai eu un déclic, je l'ai trouvé génial ! (rires)
Comment avez-vous été amenée à travailler pour Miyazaki ?
Masako Sakano : Après Le château de Cagliostro, il a commencé à dessiner la bande dessinée Nausicaä, de la vallée du vent. Un jour, j'ai vu dans une petite annnonce qu'on recherchait des professionnels pour travailler sur un long métrage... C'était Nausicaä, de la vallée du vent.
Quel a été votre rôle dans l'équipe de Miyazaki ?
Masako Sakano : J'étais assistante animatrice. Les statuts sont assez différents au Japon et en France. Au Japon, l'assistant animateur fait ce que l'on appel le « clean up », un travail intermédiaire avec l'animateur, comme le nettoyage des couleurs etc. Dès qu'il avait vérifié le travail des animateurs, mon rôle était de le mettre au propre et de le transmettre au service peinture.
Comment avez-vous vécu cette expérience, comment était-ce de travailler pour lui ?
Masako Sakano : Une période vraiment intéressante, j'avais la sensation que nous faisions quelque chose de grandiose, un travail énorme. Pour moi, c'est une expérience très importante car j'ai pu voir son travail, c'était vraiment très formateur de le voir à l'œuvre. J'ai beaucoup appris sur le métier dans son studio.
Quels sont les procédés techniques utilisés par le studio Ghibli pour réaliser un dessin animé ?
Masako Sakano : C'est de l'animation traditionnelle avec un crayon et du papier (rires) ! On utilise aussi un peu l'ordinateur, parce qu'on ne peut plus s'en passer aujourd'hui. Au contraire, tout le monde pense que Pixar ne fait que de l'animation par ordinateur, mais les techniciens ont forcément recours au papier et au crayon. La différence entre ces deux studios, est que pour le premier on utilise beaucoup plus le dessin.
À quoi pouvait ressembler une journée de travail au studio Ghibli ?
Masako Sakano : Je passais ma journée à dessiner au crayon et sur papier. (rires) Maintenant, je travaille pour Ankama, une société d'animation française, et c'est pareil, j'utilise toujours ces outils.
Miyazaki cherche à faire passer un message sur la quête de la spiritualité à travers ses oeuvres, pouvez-vous nous en dire plus ?
Masako Sakano : Il ne va jamais exprimer ses sentiments, il n'exprime rien par des mots, tout passe par ses dessins.
« Je pense que Miyazaki est trop timide pour tout dévoiler par des mots, il a un peu honte. »
Pensez-vous que c'est sa façon de s'exprimer ?
Masako Sakano : Je n'en sais rien, je ne peux pas vraiment me mettre à sa place. (rires) Je pense que Miyazaki est trop timide pour tout dévoiler par des mots, il a un peu honte. On retrouve parfois son côté romantique dans les dialogues de Lupin, dans son premier film Le château de Cagliostro. Il ne dira jamais qu'il faut sauver la planète, que le monde est magnifique et qu'il faut le préserver. Il ne tient pas un discours écologiste explicite. C'est difficile de retrouver son opinion à travers ses œuvres.
Quelles sont ses principales sources d'inspiration ?
Masako Sakano : La vie quotidienne ! Lorsqu'il voyage, il va par exemple retranscrire ses impressions plutôt que la réalité elle-même.
C'était le cas pour son voyage en Alsace ? (ndlr : évoqué lors de la conférence sur le thème de l'exposition en compagnie de différents experts)
Masako Sakano : Je ne suis pas sure qu'il soit allé en Alsace, contrairement à ce qui a été dit lors de la conférence. Généralement c'est après l'un de ses voyages qu'il a des idées qui émergent et qu'il va par la suite rendre les paysages qu'il a vu dans un projet.
Dans le cas de Kiki, la petite sorcière, tout le monde pense que le paysage vient de Tasmanie alors qu'il n'y est jamais allé. (rires)
Je voulais aller en Tasmanie, j'ai recherché la boulangerie qu'on voit dans le film sur Internet, mais sachant que Miyazaki-san n'y était jamais allé, ça me semblait impossible de la trouver. (rires) Quand je lui en ai parlé, il a réfléchit et m'a dit que ce n'était pas forcément faux finalement. L'Australie est un pays d'immigrants européens, Melbourne par exemple est une ville qui rassemble différentes cultures et qui peut faire penser à la ville de Kiki, la petite sorcière, également très riche culturellement.
Que pensez-vous de l'exposition « Vivre en harmonie avec la Nature » ?
Masako Sakano : Présenter l'animation au public est une très bonne initiative ! J'ai bien aimé l'exposition, pour sa simplicité, mais comme je ne parle pas français, je n'ai pas pu tout comprendre. (rires) J'ai par exemple bien aimé le stand de concours de dessin.
Avez-vous des projets en cours ou dans le futur ?
Masako Sakano : Je suis animatrice 2D chez Ankama, mais je n'ai pas vraiment de projet... J'ai bien une idée qui pourrait convenir pour un long métrage mais je ne pourrai jamais faire un film comme Miyazaki. Il faut une équipe, de l'argent, du talent, et je n'ai pas tout ça (rires) !
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Après une longue carrière au studio Ghibli, Masako Sakano a choisi de s'installer en France et de nous faire profiter de tout son talent, bien qu'elle dise ne pas en avoir, sur la série Wakfu.
Remerciements : Masako Sakano, Pauline Ramillon et Nolwen pour la traduction.










