Shokojo Seira, une princesse hors du temps

Les japonais (re)donnent vie à Princesse Sarah dans le drama Shokojo Seira, diffusé durant le dernier trimestre 2009 sur la chaîne TBS.

Shida Mirai endosse le rôle de Kuroda Seira, la Sara Crewe japonaise. Photo TBS

Avec Princesse Sarah, il est bien question de temps et d'époques. Plus d'un siècle après sa naissance en Angleterre, le drame de la jeune fille, qui a connu une succession d'adaptations au-delà des frontières, continue d'être raconté. A Little Princess, le roman de Frances Hodgson Burnett, écrit en 1905, ne cesse d'inspirer les auteurs, en particulier les japonais. Après le dessin animé Shokojo Seira de Ryūzō Nakanishi (Princesse Sarah en VF) en 1985, c'est au tour de TBS de s'intéresser à cette histoire qui traverse les générations. Entre le 17 octobre et le 19 décembre 2009, la chaîne diffuse les dix épisodes du drama, du même nom que la série animée, Shokojo Seira (小公女セイラ), produit par Isoyama Aki, réalisé par Kaneko Fuminori (Kimi wa pet) et Yoshida Akio et écrit par Okada Yoshikazu (Ai no Uta, Maison Ikkoku).
On retrouve alors une Seira bien en chair et en os sur le petit écran. Shida Mirai, vue dans 14 sai no Haha reprend le rôle de la princesse, plus âgée que dans le roman, puisqu'elle a désormais 16 ans.

Pour ça, et c'est un peu la surprise de cette série live, elle est épaulée par Hayashi Kento. Cet acteur vu dans Battery, joue le rôle de Miura Kaito, le personnage masculin qui remplace Becky. Un glissement de scénario qui permet d'ajouter la touche de romance si populaire dans les dramas. Le couple de comédiens fait d'ailleurs sensation. Il est unanimement qualifié d'« adorable » (pour ne pas dire kawai) par les fans japonais.

Moins de social...

Si cette nouvelle approche du roman est plutôt agréable à première vue, elle reste cependant très anachronique. TBS a fait le pari de transformer l'histoire dramatique de Sara en conte de fées japonais contemporain. C'est bien, mais l'équipe de production est passée à côté de l'essentiel. Les décors sont au point, les robes de princesse (un peu lolita, bonne idée) aussi, mais le contexte historique et social tombe à l'eau. Quitte à prendre un risque autant aller jusqu'au bout. Ça ne sera pas le cas pour cette série qui reprend bien les ingrédients du livre, sans pour autant les adapter à notre époque.
L'ouvrage de Burnett raconte l'histoire de Sara Crewe, une fillette de 7 ans, d'origine anglaise, élevée en Inde, où son père a fait fortune dans le diamant, et envoyée à Londres pour étudier dans un pensionnat de jeunes filles. Miss Minchin, directrice du pensionnat, cède tout à Sara, malgré son aversion pour elle, craignant de faire fuir son père. Elle garde son amertume pour elle jusqu'au jour où le père de Sara meurt. La jeune fille est finalement réduite à faire les taches les plus ingrates au service de l'école pour rembourser ses dettes. Elle en voit de toute les couleurs, maltraitée par la directrice de l'école et par les autres élèves.

À l'époque, le roman dénonce (peut-être sans le vouloir ?) la misère des enfants d'origine modestes, notamment des orphelins. Le drame de Sara est encré dans l'histoire de l'Angleterre (L'Inde étant une ancienne colonie britannique où les industriels ont construit leur richesse). C'est ce contexte social qui justifie le caractère des personnages d'une façon générale. Or, dans le drama, les mines de diamants, le système social qui encadre les orphelins, le côté vieille Angleterre, ne tiennent plus debout. Même si le clivage entre fortunés et pauvres existe toujours, il ne peut plus être traité de la même façon. Tout devient atemporel. Un décalage qui se remarque d'autant plus que la psychologie des personnages, est elle, en revanche, respectée à la lettre.

... Mais plus de psychologie

Comme dans le roman, les réalisateurs semblent avoir accordé un soin particulier au caractère de leurs personnages. En tout cas, plus que dans le dessin animé où ils étaient extrêmement simplifiés. Audrey Alwett, scénariste de la BD Princesse Sara, une adaptation également tirée du roman (sortie aux éditions Soleil en septembre 2009, ndlr) souligne d'ailleurs que « le dessin animé était destiné à un public plus jeune. Le parti pris était donc différent de celui du roman, il était plus manichéen. »

À défaut de s'attarder sur le contexte social, la série live s'attarde donc un peu plus sur l'aspect psychologique des protagonistes. On le voit à travers Seira, et quelques répliques cultes « Tu as tort », pour claquer le bec à Mimura, « Toutes les filles sont des princesses » ou encore à sa façon de défier le sort. Si on se fie au dessin animé, cette confiance, souvent considérée comme de l'arrogance, pouvait en énerver plus d'un, mais dans le drama, on y voit plus une forme de dignité et d'espoir. « Dans le roman, Sara Crewe est en fait une jeune fille que rien ne peut faire plier, qui garde sa grandeur et sa dignité coûte que coûte. » Dans ce sens, le drama a donc choisi d'exploiter un angle plus proche du livre original. Pour le reste, la société japonaise ne manquait pas de travers, ni de tabous à briser qui auraient pu servir la cause d'une série basée sur les aventures de Sara Crewe.

Pour aller plus loin :
www.tbs.co.jp/seira2009
Le thème du drama Kanashimi wa Kitto est interprété par UVERworld

Céline Maxant

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