Le manga et la BD se mélangent mais ne se ressemblent pas

BD franco-belge et manga : deux cultures se rencontrent, se mélangent tout en gardant leur individualité.

Aurore est en train de dessiner Siam, personnage d'Elinor Jones. Photo C.M

Aurore dédicace les premiers albums d'Elinor Jones, sorti en avant-première à la Fnac de Nantes ce mercredi 20 janvier. Dans la file d'attente, certains sont des adeptes de mangas, d'autres sont plutôt des amateurs de BD franco-belge. Mais ils sont avant tout des lecteurs qui aiment suivre les aventures de leurs héros en dessins et en bulles.
Avec leur BD Elinor Jones, qui sortira le 27 janvier aux éditions Soleil, Algésiras (scénariste) et Aurore (dessinatrice) vont satisfaire ces deux publics.
Nous sommes au rendez-vous mensuel Bulles de Mangas organisé par l'association nantaise Univers Partagés. Cet évènement a pour but de promouvoir les auteurs de bande dessinée qui subissent à la fois leur héritage de la BD franco-belge et celui de la culture manga à travers une conférence et une séance de signatures.

Imposer un style manga dans l'univers de la BD, et imposer la BD dans la communauté manga. C'est un peu le défi de ces auteurs, plus nombreux qu'on ne le croit.
Aurore, qui fait partie de ces artistes, ne le voit pourtant pas comme un défi. Elle a simplement trouvé son style en s'inspirant de ce qu'elle aimait : dessins animés japonais, BD européennes pour adulte (Loisel, Vatine ...), mangas (AKIRA) ou encore jeux vidéo (beaucoup de jeux vidéo ;)). Et elle se ballade sans problème entre différents univers. Sciences-fiction, fantasy, magie, mode, Angleterre du 19e siècle... « C'est vraiment ça qui est intéressant pour moi : pouvoir changer d'univers, de style et de personnage », confie la jeune dessinatrice à l'auditoire.

Avant d'en arriver là, Aurore a commencé avec le fanzine (publication amateur). Un peu comme les Japonais qui commencent avec le dôjinshi (manga amateur). Elle se fait notamment remarquer avec le fanzine My City sur lequel elle a collaboré. Finalement, sa patte artistique japonisante, qui aurait pu surprendre les éditeurs de BD, ne l'a pas gênée pour intégrer le milieu professionnel en France. « Je n'ai pas eu l'impression que mon style ait été un obstacle, raconte Aurore. Peut-être parce que Barbucci et Canepa étaient passés avant. » Sky-Doll, la BD au style graphique inspirée du manga, signée par ce duo, pourrait être en effet l'une des premières BD à avoir ouvert la voie en rencontrant le succès. La renommée de Sky-Doll est par ailleurs arrivée jusqu'au Japon.

Différences culturelles

Quand on demande à Aurore si un jour elle aimerait « tenter une aventure éditoriale au Japon », elle répond : « Non ! » spontanément. Si elle aime s'essayer à plusieurs univers, elle garde une affection toute particulière pour le format qui a fait la célébrité de notre BD franco-belge, et pour son institution. Il faut dire que le rythme et les méthodes de travail des mangakas sont très différentes. « J'ai eu l'occasion de discuter avec un mangaka lors de Chibi Japan Expo Sud. Nous avons échangé sur nos expériences et ça ne me tente vraiment pas d'avoir mon éditeur qui s'installe chez moi pour superviser mon travail ! »

Le traitement de la bande dessinée du Japon à la France n'est pas le même, le marché non plus. Au Japon, le manga est un objet jetable, populaire, en noir et blanc donc pas cher, là où la BD franco-belge est considérée en Europe comme un 9e art.
Si les styles narratifs et graphiques de ces deux pays peuvent manifestement se mélanger et donner des résultats, le bénéficiaire c'est nous, lecteurs. Alors autant en profiter !

Pour aller plus loin :
auroreblackcat.blogspot.com (blog Aurore)
www.univers-partages.org

Céline Maxant