Un combat contre la persécution en « Life »

Adapté du manga éponyme, le drama Life retrace l'histoire touchante de la jeune Shiiba Ayumu persécutée par toute sa classe.

Persécution, angoisse, agressivité et suicide. Au Japon, l'ijime est encore un tabou. Difficile de dégager des chiffres vraiment concrets sur ce phénomène. Il toucherait pourtant la plupart des japonais.
Le terme « ijime » se traduit en français par « intimidation ». Il désigne une forme de harcèlement moral et physique, propre à la société japonaise, pratiquée par des groupes de personnes sur celles et ceux qui sont considérés comme différents.
Si en France on arrive à mettre le doigt dessus (peut-être encore plus qu'au Japon ?) c'est par l'intermédiaire des school mangas : Peach Girl, GTO, Hana Yori Dango. Tous effleurent le sujet. Même si aucun n'arrive vraiment à trancher. Peach Girl en est un exemple poignant. Miwa Ueda y évoque la manipulation et le viol sans réel jugement moral. L'auteur s'en sert uniquement comme d'un rebondissement scénaristique dans une histoire d'amour censée faire rêver les jeunes filles. (Ou bien le scénario est justement plus sophistiqué et dénonce la banalisation de ces actes, mais c'est une autre histoire, ndlr). Suenobu Keiko, elle-même victime de l'ijime, se distingue des autres auteurs. Avec Vitamine, une œuvre autobiographique, Happy Tomorrow et surtout Life, elle se consacre entièrement au phénomène : humiliations, exclusions, violences physiques et sexuelles. Le manga rentre dans le tas.
Life, c'est l'histoire révoltante de la jeune Shiiba Ayumu, persécutée par ses camarades de classe au lycée. Trop gentille et soucieuse des autres, elle se fera manipuler par sa nouvelle amie, Manami qui n'est en réalité qu'une garce manipulatrice. Elle devient alors le bouc-émissaire de toute sa classe et vit un véritable enfer chaque jour. Elle décide pourtant de ne plus se laisser faire et on suit à travers les épisodes son lourd combat contre l'ijime.

Drama choc

Avec la diffusion du drama, adapté du manga, sur Fuji TV entre le 30 juin et le 15 septembre 2007, les Japonais se montrent là où on ne les attendait pas. En effet, Life est une série live qui détonne des school drama que l'on a l'habitude de voir. Ici, pas de profs attentifs, d'élèves qui s'en sortent brillamment et encore moins qui se lient tous d'amitié et qui se créent de bons souvenirs.
Ce que l'on retient surtout de cette série, c'est son caractère violent, à la limite du supportable. On assiste à des scènes d'une agressivité impressionnante qui sont, et c'est cela le plus alarmant, orchestrées par des adolescents de 15 ans. Leur brutalité et leur manque de scrupules reflète une haine inquiétante.
Les personnages sont travaillés pour qu'on en vienne à les détester. C'est notamment le cas de Katsumi (interprété par Hosoda Yoshihiko), le petit ami de Manami, jeune homme intelligent qui réussit dans tout ce qu'il fait. Mais seulement en surface, car il s'avère être un pervers maniaque et manipulateur qui abuse des filles. Son personnage est si bien joué que même à travers l'écran, il arrive à nous faire frissonner de peur et de dégoût.
Kitano Kii endosse brillamment le rôle de la jeune Ayumu qui se bat contre les rumeurs, les préjugés et l'intimidation. On est alors plongé entre peur et révolte mais on finit par être ému par sa détermination et sa force de caractère.
Cependant, la production japonaise n'échappe pas à la règle de la censure. Sans doute pour ne pas choquer l'audimat qui a tout de même tendance à être jeune. Le manga reste bien entendu plus violent que le drama. Katsumi y est par exemple beaucoup plus intimidant et effrayant. D'autres part, certains aspects ne sont pas traités ou de façon beaucoup plus rapide, comme l'automutilation qui a pourtant une place prépondérante dans le manga. Mais dans ce cas, peut-être n'est-ce qu'un angle scénaristique.

Pour aller plus loin :
Site officiel du drama
Le thème du drama Life est interprété par Mika Nakashima.
Le tome 10 du manga Life est sorti le 14 janvier 2010 aux éditions Kurokawa.
www.kurokawa.fr
Prix : 6,50 €

Céline Maxant et Marie Protet

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