Vous avez reçu l'« Ikigami », le préavis de mort

« Ikigami », le thriller de Motorô Mase, vous donnera bien du fil à retordre si vous essayez de lire entre les lignes.


Fujimoto,le messager de la mort, délivre l'Ikigami. TDR

Que feriez-vous si vous appreniez qu'il vous restait que 24h à vivre ? Dans son manga « Ikigami : préavis de mort », Motorô Mase met en scène une série de personnages qui, tour à tour, vivent leurs dernières heures. Afin de maintenir l'équilibre de la société japonaise, tous les enfants du pays sont vaccinés dès leur rentrée scolaire. Tous les vaccins sont des placebos, excepté un sur mille, administré de façon totalement arbitraire. Ce dernier causera la mort de son hôte lorsqu'il aura entre 18 et 24 ans. Les condamnés reçoivent alors un préavis 24h avant leur mort. Et c'est à travers les yeux de Fujimoto, fonctionnaire qui délivre l'Ikigami (sans grand enthousiasme), que nous suivons leurs derniers instants. Des gens tout à fait ordinaires, ni mauvais, ni bons, qui se comportent parfois en meurtrier, parfois en héros.
Au fil des tomes, dont le cinquième sort en France le 28 janvier, on entre dans l'intimité d'un individu, puis d'un autre. On vit leurs derniers jours en se demandant ce que nous, nous aurions fait à leur place.

Mais ce n'est pourtant pas la question fondamentale de ce thriller. Est-ce que ce système fonctionne ? Est-il vraiment la solution à tous les maux de la société ? Il semble que pour l'instant la réponse soit « oui ». En tout cas, nous sommes projetés dans un monde où la population le valide, vit avec. Peut-être que Motorô Mase dénonce là une forme d'individualisme. Personne n'est responsable de ce qui arrive, et/ou considère que ça n'arrive qu'aux autres, donc oublie. Est-ce que ça en fait pour autant un système acceptable ?
Quand vous apprenez dans les premières pages que les familles des martyrs sont dédomagés à vie, vous voilà soulagé : « Ah quand même, c'est au moins ça » ou « C'est bien normal ». En réalité, vous savez que rien ne justifie des morts arbitraires, pour quelques raisons que ce soit, et votre conscience ne le tolérerait sûrement pas (si vous avez été bien élevé). L'auteur vous amène à vous poser des questions qui vous paraissent logiques mais qui sont en fait révoltantes. Il vous pousse à accepter l'inacceptable. Après tout, si ça marche, si c'est la solution pour veiller à la prospérité nationale, maintenir l'ordre, pourquoi ne pas l'appliquer tout de suite !

Reflet de la réalité

Cette notion de prospérité n'a pas vraiment de sens dans un pays qui a la réputation d'enregistrer le taux de criminalité le plus bas du monde. (La criminalité pouvant être considéré comme une manifestation du malaise d'une population.) Et là, on se demande si ce monde n'est pas simplement un reflet de la réalité. « Ikigami » ne montre pas un monde idéal, mais plutôt une métaphore palpable de la société japonaise d'aujourd'hui. Une société où le suicide peut être encore ou a pu être perçu comme un acte héroïque (contrairement à la société occidentale et plus particulièrement à la religion chrétienne où cet acte est considéré comme un pêché). Individualisme, lâcheté, abandon, mal-être, violence. Motorô Mase attaque un peu tous les travers du Japon et de l'Humain en général. Mais aussi ses qualités, comme l'amitié, l'amour, le sacrifice.

Le manga est couronné de succès en France, et salué par la critique. Il a reçu le prix spécial de la BD à la 10e édition du Festival International de la Sciences-Fiction à Nantes le 1er novembre 2009. Il est également en lice pour la sélection officielle du 37e Festival International de la BD d'Angoulême. Par ailleurs le film sera diffusé sur KZTV les dimanche 17 et mercredi 20 janvier à 19h à l'occasion de sa sortie en DVD.


« Ikigami » - Motorô Mase

Pour aller plus loin :
www.ikigami.fr
Parution du 5e volume : 28 janvier 2010 chez Asuka.
Sortie du DVD du film : 20 janvier 2020 chez Kazé
« Ikigami » sur Amazon.fr

Céline Maxant

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