Vous saurez tout sur Beat Takeshi Kitano, le comique et le philosophe avec l'exposition Beat Takeshi Kitano, Gosse de peintre, que l'artiste a montée pour la Fondation Cartier de Paris et qu'il a présentée à la presse puis au public les 9 et 10 mars 2010.
En entrant dans la salle principale de l'exposition Beat Takeshi Kitano, Gosse de peintre, on tombe nez-à-nez devant un mannequin qui représente Beat Takeshi regardant son propre cerveau et s'interrogeant : « qui es-tu, toi qui me regardes ?! » Cet auto-portrait fait référence à l'accident de moto survenu en 1994 et à la suite duquel Kitano avait refusé une craniotomie. « C'est sûr, en découvrant mes tableaux, mon chirurgien va penser qu'il aurait dû m'opérer ! » s'exclame-t-il. Le ton est donné !
Destinée dans un premier temps aux enfants, l'exposition que Beat Takeshi a lui-même pensée pour la Fondation Cartier pour l'art contemporain à Paris, présente au rez-de-chaussée des activités ludiques telles que « La tour de Hanoi ». Il s'agit d'un jeu inventé au XIXe siècle par un mathématicien francais et pratiqué, selon Kitano, par « des moines bouddhistes pour les aider dans leur méditation ». « Écoutez les sons et dessinez ce qu'ils vous évoquent ». Écouteurs, feuilles aimantées et marqueurs colorés sont mis à la disposition du public. Une fois l'inspiration venue, les feuilles sont collées sur une parois blanche et deviennent partie intégrante de l'exposition.
Juste à côté, une introduction ludique à la culture japonaise, le théâtre de marionnette Ô-Edo s'anime sous l'œil du spectateur. Dans la même salle, un criminel récalcitrant échappe à la pendaison. Kitano met ici en avant la peine de mort toujours d'actualité au Japon. Puis, au sous-sol, un tourbillon de couleurs sautent aux yeux. Notre côté enfantin est titillé. C'est la partie « peintures 2008-2009 ». On y retrouve 24 tableaux, dont certains spécialement créés pour l'exposition, ainsi que quelques classiques que nous avions déjà pu découvrir, notamment dans les films du réalisateur comme le célèbre Hana-bi (1997), film qui a reçu le Lion d'Or à Venise en 1997.
L'exposition est à l'image du personnage : elle nous fait passer d'un univers à l'autre. C'est une véritable explosion d'idées, d'extraits de l'imaginaire de Beat Takeshi. Il met à disposition du spectateur sa vie, son parcours, ses interrogations, mais aussi son pays, qu'il caricature tel que les occidentaux l'imaginent. Il invite également le spectateur à interagir, à partager avec lui et lui faire part de ses impressions.
Takeshi Kitano, qui se fait également appeler Beat Takeshi Kitano, est un réalisateur, acteur, animateur de télévision, peintre, poète, chanteur et comique japonais. Il est reconnu au niveau international pour son travail cinématographique singulier. À la fois dramatique et comique, on lui doit les films Hana-Bi et Zatoichi, mais aussi le jeu TV insolite : Takeshi's Castle. (Repris dans l'émission Menu W9 présentée par Benjamin Morgaine et Vincent Desagnat sur la chaîne W9.)
Comique avant tout
Beat Takeshi, grand cinéaste japonais qui sait se montrer dramatique, se joue de lui-même. « J'ai commencé comme comique sur scène, nous explique-t-il. Au Japon, je suis principalement connu pour mes activités à la télévision, pour mon sens de l'auto-dérision. » C'est ainsi qu'il nous révèle "Le vrai métier de Takeshi Kitano".
Il nous accompagne dans une salle sombre, noire, vide jusqu'à ce que le fond révèle une multitude de représentations de Kitano en tant qu'animateur. Trois écrans diffusent en boucle des extraits de World great tv et Owarai ultraquiz, émissions de divertissement japonaises où l'on voit un Kitano déjanté et déguisé des manières les plus improbables possibles. « C'est toujours difficile de faire entrer l'humour dans la création contemporaine, souligne Hervé Chandès, Directeur Général de la Fondation Cartier. Et nous avions donc une attente très forte auprès de M. Kitano dans ce registre. » Pari réussi pour le gosse japonais.
Réalisateur ou animateur, Takeshi Kitano est un artiste complet et talentueux. Pourtant, lorsque nous l'interrogeons sur ses activités de peintre, il s'offusque : « je ne suis pas peintre ! » Il faut dire que Beat Takeshi a utilisé la peinture comme exutoire suite à son accident. Sa convalescence de 6 mois ne lui permettant aucune apparition télévisée, il en a fait son passe-temps. Ce touche-à-tout est assoiffé de savoir, de diversité, avec une caractéristique : l'enfance.
À la recherche de son enfance...
Le monde de l'enfance a un pouvoir magnétique qui se reflète sur tout ce qu'il entreprend. La sienne n'a vraiment pas été rose : un père violent qui rentrait à la maison le soir complètement ivre et qui battait femme et enfants. Pourtant, c'est à ce père qu'il a voulu rendre hommage : « C'est un hommage que j'ai voulu lui faire car il avait surmonté les difficultés professionnelles pour tous nous élever. » Laqueur à l'origine, le métier a disparu après la guerre. Son père devient ainsi peintre en bâtiment, ce qui est une grande humiliation qu'il ne surmonte pas. En cela, le titre de l'exposition est ambigu, voire erroné. Il nous explique. « En japonais, le mot "peintre" pour "l'artiste" et pour "l'artisan" sont deux mots différents. ». Ainsi, il faut comprendre : « Gosse de peintre en bâtiment »... curieux ? Tout comme lui !
Vous avez rendez-vous à la fondation Cartier du 11 mars au 12 septembre 2010 pour découvrir toutes les animations et tableaux de Beat Takeshi Kitano. Parallèlement à cette exposition, Takeshi Kitano inaugure également la sortie de son dernier film Achille et la Tortue sorti le 10 mars dans les salles françaises, et la publication de deux ouvrages : Gosse de peintre (10 mars), catalogue de l'exposition à la Fondation Cartier pour l'art contemporain et Kitano par Kitano (24 février).
Le cinéaste est par ailleurs à l'honneur au Centre Pompidou, Beaubourg à Paris. L'espace culturel lui consacre une rétrospective audiovisuelle en 40 films, téléfilms et documents, pour moitié inédits, entre le 11 mars et le 26 juin 2010.
Pour aller plus loin :
Exposition Beat Takeshi Kitano, Gosse de peintre
Du 11 mars au 12 septembre 2010
Fondation Cartier pour l'art contemporain
261, boulevard Raspail, 75014 Paris
Métro : Raspail
Tarifs : 6,50 €, réduits 4,50 € (étudiants, -25 ans, carte senior, Amis des musées, demandeurs d'emploi, Maison des artistes)
Cristina Thaïs













