Débranchez votre cerveau et invitez quelques potes entre 15 et 35 ans ! Yatterman, l'adaptation cinématographique loufoque d'un anime des années 70-80 par le réalisateur culte et controversé : Takashi Miike est disponible en DVD pour la France chez We Prod. depuis le 12 mai dernier.
Si Miike était cuisinier, il pourrait mixer un rôti de boeuf avec des céréales au chocolat et s'amuser de la résistance de votre estomac. Du trash au contemplatif, de la réalisation maitrisée au clip épileptique, il ose tout et...souvent dans le même film ! Dans Yatterman, il prend la tête d'un divertissement très commercial. Les producteurs ont-ils réussi à assagir le démon Miike ?
Bien que la qualité soit rarement au rendez-vous, l'adaptation live d'anime ou de manga est un genre très rentable au box-office japonais. Ajoutez un quatuor d'acteurs principaux constitué d'idoles et d'acteurs de drama, un réalisateur célèbre, des effets spéciaux, des robots tout droits sortis d'une boutique de goodies et vous obtenez un film qui a de bonnes chances de faire tomber les yens et de faire décoller le merchandising !
L'histoire ? Gan (Shō Sakurai) et sa petite amie Aï (Saki Fukuda) forment un duo de justiciers masqués, Yatterman, qui lutte contre le crime dans la ville de Tokyoko (Miike ne s'est pas trop foulé pour les noms : Ogypte etc. mais peut-être est-ce l'impression recherchée). Leur plus grand ennemi est un trio d'arnaqueurs qui extorque de l'argent à la population : les Doronbo. Le roi des voleurs va ordonner - sous peine de divers châtiments - à nos trois bras cassés de retrouver les quatre légendaires pierres-crânes, qui, une fois réunies leur permettront d'exaucer leurs rêves. Bien sûr, les gentils Yatterman vont tout faire pour les en empêcher.
Le classicisme manichéen de l'intrigue saute aux yeux. Il s'impose aussi aux personnages, eux-mêmes, stéréotypés jusqu'à la caricature. La gentille porte du rose, la méchante une tenue en cuir noire. Chaque semaine, le bien affronte en duel le mal. Afin de casser un peu une trame cousue de fil blanc, Miike jette quelques originalités par-ci par-là.
Le rêve de la méchante ? Diriger le monde ? La richesse ? Non ! Se marier avec le gentil et être mère au foyer. Eh oui ! nous vous avions prévenu qu'il y aurait des rebondissements !
Et pourtant, Miike n'est pas devenu romantique pour autant. Le gros robot chien rouge (mélange de Clifford et d'un Transformers) ne contrôle pas toujours sa libido. Un des méchants est gentiment pervers, plus proche du collectionneur de petites culottes que du nécrophile incestueux de Visitor-Q. C'est pourquoi, certaines allusions peuvent justifier d'interdire le film aux plus jeunes. Le sadisme de Miike est, toutefois, sous contrôle et reste dans les limites courantes de l'univers manga.
En voulant caricaturer ce dernier, il est, finalement, assez bien retranscrit avec des décors très colorés et variés, un humour un peu lourd, et même des chansons dignes des meilleurs génériques de sentai. On a parfois l'impression d'assister à un cosplay avec des effets spéciaux.
Ceux-ci passent, la plupart du temps, assez bien à l'écran. Les images de synthèses ont quelques rendues maladroits, notamment les déplacements du chien-robot, dans la ville, vue du dessus, mais sans elles, le film perdrait beaucoup de son intérêt. En effet, le scénario n'avantage pas les acteurs qui, ici, fournissent une prestation qui ne restera pas dans les mémoires.
On pourrait y voir une critique de l'industrie de l'entertainment japonais mais n'est-ce pas une volonté du spectateur, amateur de Miike, de densifier cette adaptation farfelue idéale pour une soirée entre fans de Bioman et de vieux dessins animés japonais ?
Beaucoup de réalisateurs japonais auraient pu tourner Yatterman. La plupart en aurait fait un navet, Takashi Miike en a fait un film moyen. À voir éventuellement pour l'énormité de la farce mais assurément pas comme un classique du cinéaste.
Guillaume Cousin













