Le combat des héros de 20th Century Boys dans l'adaptation cinématographique du best-seller de Naoki Urasawa prend fin ce jour, mercredi 7 juillet 2010, avec la sortie DVD en France de 20th Century Boys - Chapitre Final, le 3e volet de la trilogie.
En 1969, depuis leur base secrète, Kenji et ses amis décrivent dans leur Cahier des Prophéties un futur apocalyptique dans lequel ils seraient les sauveurs de l'humanité. Trente et un ans plus tard Kenji (Toshiaki Karasawa) est gérant d'une supérette et a la charge de sa nièce Kanna (Airi Taira), dont la mère a disparue peu après sa naissance. Alors qu'il s'interroge sur la disparition d'un professeur de robotique, il découvre que l'un de ses anciens camarades d'école, qui se fait appelé Tomodachi (Ami en français), a conçu un virus mortel et l'utilise pour réaliser les prophéties qu'il avait écrites enfant. Les conséquences sont dramatiques, et se sentant responsable de ces événements, Kenji réunit les autres membres de la Base Secrète et part en croisade contre Tomodachi.
Dans le 3e et dernier volet qui sort en DVD ce mercredi 7 juillet avec Kazé, sans passer par la case cinéma, l'action se déroule en 2017, 17 ans après le Nouvel An Sanglant et deux années seulement après la résurrection de Tomodachi. Otcho (Etsushi Toyokawa), recherché depuis 2015 pour le meurtre de Tomodachi, se rend à Tōkyō avec Kakuta (Mirai Moriyama) et découvre une cité aux allures de Berlin du temps de la RFA et de la RDA. Se séparant de son camarade mangaka, il part à la recherche de ses anciens amis pour livrer la dernière bataille, celle qui décidera de la survie de l'humanité.
Le film commence sur un résumé en images des précédents chapitres, histoire de rafraîchir notre mémoire. Initiative que l'on apprécie vue la complexité de l'intrigue et surtout si on ne vient pas de visionner les deux premiers films. Il nous apparaît ensuite une vision post-apocalyptique de Tōkyō mise en quarantaine derrière une muraille géante et surveillée par des dirigeables diffusant des slogans de propagande et de fin du monde. Le survol de la capitale sous le clair de lune nous en met plein les yeux et l'ambiance créée dans les précédents films nous enveloppe à nouveau.
Plus sombre et plus oppressante, l'ombre de Tomodachi plane sur la ville et sur nos héros, séparés les uns des autres. Kanna, devenue Reine de Glace, s'emploie à une action plus radicale contre leur ennemi. Yoshitsune (Terukuyi Kagawa) doute, de lui-même et de la mission, tandis que les autres, Maruo (Hidehiko Ishizuka) et Otcho continuent sur la voie qu'avait tracée Kenji. Leurs actions, bien que menées séparément, apportent au fur et à mesure les pièces manquantes du puzzle... Mais la réponse nous échappe sans cesse, comme un savon glissant entre des mains mouillées. Frustrant, certes, mais qui fait qu'on reste devant notre écran jusqu'à la toute fin où l'identité de Tomodachi et ses motivations sont enfin révélées.
Le 3e petit monstre de Yukihiko Tsutsumi
Publié entre 1999 et 2007, le manga de Naoki Urasawa est un carton international qui compte plus de 25 millions d'exemplaires vendus. Il fallait donc que l'adaptation cinématographique soit à la hauteur des espérances des fans. Pour cela un budget de plusieurs milliards de yens a été adopté, permettant ainsi la participation de centaines d'acteurs, de milliers de figurants et de tourner dans les villes de New York, Paris, Londres ou encore Beijing.
Adaptation « monstre » donc, comme le réalisateur de la trilogie, Yukihiko Tsutsumi, aime la qualifier. De par les moyens techniques mis en oeuvre, mais aussi pour son angle artistique.
Les fans du manga s'en rendront en effet vite compte : ce 3e volet prend quelques libertés par rapport à la version originale. Contrairement au 1er film qui suit le manga presque au mot près, les 2e et 3e films s'en détachent plus, condensant et modifiant légèrement le scénario initial d'une vingtaine de volumes, pour le faire tenir dans deux films de 2 h 30 chacun. Ainsi, des petits détails tels que Manjōme Inshū (Renji Ishibashi) se confiant à Kenji (dans le film) et non à Otcho et Kanna (dans le manga), et des histoires annexes qui - bien que liées à l'histoire centrale - ont été modifiées ou coupées au montage. « Nous avons littéralement copié, collé et mélangé les scènes, ajouté et retiré des dialogues à l'étape du montage. Il y a eu de nombreux changements, et le processus fut particulièrement excitant. C'était un peu comme trouver un virus dans un bouillon de culture et le voir se transformer soudainement en quelque chose d'énorme et monstrueux », racontait Tsutsumi à propos du chapitre 2. Des prises de liberté qui rendent les films presque vivants aux yeux du cinéaste. « Le résultat est un roller-coaster effréné. Comme si le film possédait un esprit qui lui était propre, il s'est mis à échapper à mon contrôle. Et les acteurs ont suivi le mouvement. 20th Century Boys est une pierre qui roule toute seule ! »
Adapter 24 volumes en trois films n'est pas une mince affaire et certains aspects de l'œuvre originale n'ont donc pas pu être développés. Cependant la présence de Naoki Urasawa comme consultant sur le tournage a permis de garder l'esprit et l'énergie qui se dégage de l'œuvre originale. Le schéma narratif a ainsi été conservé et des scènes du présent s'alternent avec des scènes du passé, répondant enfin aux questions que l'on se posait : Qui est Tomodachi ? Que cherche-t-il ? Et que c'est-il passé pour qu'il devienne comme ça ?
Les moments clés ont été reproduit fidèlement, ce qui permet aux non-initiés d'apprécier le film et de ne pas être lésé par le fait de ne pas avoir lu le manga. Et après visionnage, on ne peut douter qu'à nouveau les grands moyens on été employés : les soucoupes volantes, le robot géant et la scène finale nous font prendre conscience du nombre impressionnant de participants.
Toujours dans cette optique de rester le plus fidèle possible au manga, les personnages ont beaucoup été travaillés, notamment physiquement, puisque l'histoire se déroule sur dix-sept années tandis que les films ont été tournés sur deux ans. Environ deux heures de maquillage par jour étaient donc nécessaires pour transformer chacun des acteurs principaux. « Dans le manga, Otcho commence à perdre ses cheveux, en 2015. Au départ, nous voulions être le plus proche possible du manga, j'ai donc essayé de porter une perruque de chauve. Le résultat fut loin d'être convaincant et nous avons finalement décidé de laisser ce choix de côté », témoigne Etsushi Toyokawa.
20th Century Boys - Chapitre Final conclut en beauté la trilogie cinématographique 20th Century Boys et devrait contenter les fans, bien que le scénario soit épuré par rapport à sa version papier, aussi bien que ceux qui n'ont pas eu l'occasion de lire le manga. La domination de Tomotachi sur le monde dans cette fiction nous pousse à réfléchir sur des thèmes universels tels que le sectarisme, la manipulation, ce qui ponctue notre quotidien avec un parallèle sur ce qui a marquée l'histoire du Japon.
Lauréline Lalau















