Invité d'honneur « jeu vidéo » de la 11e édition de Japan Expo, le grand compositeur de musique de jeux Noriyuki Iwadare revient dans une interview pour la presse sur ses projets.
« Dès que j'ai toutes les informations sur le jeu, je réunis mes idées et je peux alors visualiser la musique. »Noriyuki Iwadare. Photo C.M
Noriyuki Iwadare s'est illustré au cours de deux concerts, d'une conférence publique et d'au moins six séances de signatures. Son passage restera marquant pour les fans qui ont apprécié son accessibilité. Le compositeur des musiques des jeux Lunar The Silver Star, Grandia et Phœnix Wright n'a en effet pas hésité à se laisser prendre en photo avec qui le demandait et avec le sourire. Il n'est pas non plus reparti sans une photo souvenir de lui avec toutes les personnes qui avaient assisté à sa conférence.
Pour lui, Japan Expo a été l'occasion de rencontrer ses fans français mais aussi de parler de son dernier projet Grandia Online, de présenter sa troupe de musiciens, ou encore de revenir sur ses compositions. Dans une interview pour la presse, il nous parle de sa façon d'aborder la création d'une musique de jeu vidéo, en avouant qu'il n'y joue pas lui-même !
Biographie : Noriyuki Iwadare a commencé par apprendre seul les bases de la composition musicale alors qu'il n'était encore qu'un étudiant. Puis il s'est lancé dans la production de musique de jeux vidéo à raison d'une centaine de titres par an. C'est avec la bande originale des jeux Lunar The Silver Star et Grandia, pour lesquels il a été récompensé à trois reprises au Japanese Game Music Awards entre 1991 et 2000, qu'il se fait véritablement un nom. Depuis, le musicien s'est ouvert à bon nombre d'autres projets puisqu'il a eu l'occasion de composer pour des émissions de télévision et de radio, des chanteurs, des comédies musicales ou des spectacles.
Q : Le dernier épisode de la saga Grandia, Grandia Online, projet sur lequel vous avez travaillé, vient de sortir au Japon, il y en a-t-il d'autres ?
Noriyuki Iwadare : À l'heure actuelle, je ne peux rien dire. Mais les premières annonces seront faîtes au Tokyo Games Show. Vous devriez venir, c'est votre tour maintenant ! (Rires)
Q : Quand vous créez votre musique est-ce que c'est vous qui l'adaptez au jeu vidéo ou est-ce le jeu qui s'adapte à votre musique ?
Noriyuki Iwadare : C'est moi qui m'adapte au thème du jeu. C'est un de mes objectifs de toujours faire ma musique pour qu'elle colle au plus près du jeu. Cela m'oblige à créer à chaque fois de nouvelles musiques.
Q : À quel moment dans la composition savez-vous que c'est LE morceau qui va coller au jeu vidéo ?
Noriyuki Iwadare : En fait dès le début. À partir du moment où je vais avoir les informations à disposition, notamment des illustrations et le scénario, je vais avoir des entretiens éventuellement avec ceux qui ont créé le jeu vidéo. À partir de là je réunis toutes mes idées et je peux alors visualiser la musique.
Q : Vous disiez que vous adaptez votre musique au jeu vidéo. Est-ce que vous pourriez envisager qu'un jeu vidéo soit conçut autour de votre musique ?
Noriyuki Iwadare : Très souvent ce qui ce passe quand je travaille sur un projet de musique de jeu vidéo, les illustrations, les scénarios, même le concept du jeu ne sont pas entièrement finis. Il peut donc arriver que sciemment ou inconsciemment l'un influence l'autre et vice versa.
Q : Sur quelles compositions vous êtes vous le plus amusé ?
Noriyuki Iwadare : Lorsque j'ai fait la version orchestrale de Grandia, cela a été très difficile de remasteriser pour un orchestre. De plus mon équipe était partie en voyage d'affaire donc j'étais tout seul. Lorsque la musique est sortie cela a été une satisfaction unique. C'est mon meilleur souvenir.
« Peace and Love ! » Photo C.MQ : Est-ce que vous avez un message à faire passer dans votre musique, pas pour les Japonais, mais pour le reste du monde ?
Noriyuki Iwadare : Je n'essaie pas de faire passer nécessairement un message dans mes musiques. Par contre, pour les batailles, je compose systématiquement une musique dramatique ou triste car je veux faire comprendre que la guerre c'est triste, c'est mal. « Peace and Love ». Jouer, ne faîtes pas la guerre ! (Rires)
Q : Combien de temps vous faut-il pour composer un morceau ?
Noriyuki Iwadare : Quand ça va vite, à peu près trois heures, sinon jusqu'à un mois.
Q : Est-ce que vous avez une idée de ce qui, dans votre musique, fait votre succès ?
Noriyuki Iwadare : Je n'ai jamais vraiment réfléchi à la question, mais c'est probablement que la mélodie est agréable et parce que, j'espère aussi, qu'elle colle bien à l'esprit des jeux vidéos.
Q : Qui sont les compositeurs que vous aimez ? Vos influences ?
Noriyuki Iwadare : En musique classique j'aime Maurice Ravel. En pop j'aime Prince, Michael Jackson, Madonna etc. C'est un peu difficile car il n'y a pas de genre que je n'aime pas. J'aime la richesse, plus j'écoute de choses, plus je peux composer. Par exemple en venant à Japan Expo j'ai écouté beaucoup de musiques mexicaines. J'écoute de tout.
Q : Même de la musique traditionnelle française ?
Noriyuki Iwadare : Oui des chansonniers, la musique celtique.
Q : Qu'est-ce que cela vous fait de rencontrer vos fans français ?
Noriyuki Iwadare : J'ai été ravi de voir qu'il y a autant de gens qui aime ma musique en France ! Je me rends compte qu'il y en a partout dans le monde. Comme c'est en plus la première fois en France, j'emporterai ce souvenir avec moi précieusement.
Q : Est-ce que vous reviendrez ?
Noriyuki Iwadare : Si vous m'invitez. (Rires)
Q : On vous fera visiter Paris si vous voulez : l'Arc de Triomphe, etc.
Noriyuki Iwadare : Oh ! Merci. (Rires)
Q : Est-ce vous jouez aux jeux vidéo ? Est-ce que vous avez un souvenir particulier d'un jeu vidéo ?
Noriyuki Iwadare : Je ne joue pas beaucoup. Je ne connais pas bien les jeux vidéo. À la maison nous avons à peu près toutes les consoles, mais ce sont mes enfants qui s'y connaissent. Et puis je n'ai pas beaucoup le temps d'y jouer.
Q : Et est ce que vos enfants jouent aux jeux pour lesquels vous avez créé la musique ?
Noriyuki Iwadare : Juste un petit peu (rires). Smash brothers X par exemple.
Q : Sont-ils fiers de ce que vous faîtes ?
Noriyuki Iwadare : Oui très fiers !
Q : Comment en êtes-vous venu à composer pour des jeux vidéo ?
Noriyuki Iwadare : Dans les jeux vidéo la mélodie est mise en avant à contrario des musiques de fond dans les films où cela reste discret. J'aime l'importance de la mélodie dans les jeux vidéo. Je préfère que la musique soit mise en avant plutôt que de la musique de fond, d'ambiance.
Et même si je n'étais pas un joueur invétéré je jouais tout de même.
Q : Est-ce que vous avez déjà composé pour autre chose que des jeux vidéo ?
Noriyuki Iwadare : Oui j'ai déjà composé pour des émissions de télévision, de radio et pour des chanteurs aussi.
Q : Dans la bande originale de Grandia II, est-ce que les "vocals" vous ont été imposés ou ça venait de vous ? Dans ce cas comment avez-vous fait votre choix ? Les grandes envolées lyriques mixées avec des sons tribaux ça donnait quelque chose de vraiment grandiose !
Noriyuki Iwadare : Merci beaucoup. « Merci » (en français). Pour Grandia II, l'un des personnages chante, j'avais donc comme information de base la présence de vocals. Par contre sur le choix du type de vocal j'ai été complètement libre.
Q : Vous avez donc choisi ce type de chant. Mais il y a eu plusieurs mélanges de chant. Il y a un moment par exemple où vous avez mélangé le chant sacré avec une partie plus tribale qui a repris le chant.
Noriyuki Iwadare : L'idée de fond était d'utiliser des sons rythmés. Donc quand j'ai pu le faire j'ai fait un mélange.
Q : Il y a-t-il des compositeurs de jeux vidéo que vous appréciez ? Il y en a-t-il avec lesquels vous aimeriez travailler ?
Noriyuki Iwadare : Vous connaissez le compositeur de Uchū Senkan Yamato (Space Battleship Yamato) ? M. Miyagawa, qui est décédé, est mon compositeur préféré. En général un compositeur est attribué à un projet. Il n'y a personne avec qui je voudrais travailler car cela ne se fait pas vraiment car nous avons chacun nos personnalités musicales.
Q : Il y a-t-il un projet que vous auriez aimez faire à la place d'un autre compositeur ?
Noriyuki Iwadare : Final Fantasy !
Donc si M. Nobuo Uematsu a un accident, on sera d'où ça vient ! (Rires)
Q : Avez-vous un message pour les fans français ?
Noriyuki Iwadare : Paris est une très belle ville, l'architecture, tout ça. Les Français m'ont accueilli chaleureusement et j'en suis très ému. J'espère pouvoir revenir vous voir.
Thomas Hajdukowicz et Lauréline Lalau














