Kami no Shizuku : La première gorgée vous perdra-t-elle ?

Récemment, il nous a été donnée l'occasion de vous présenter le manga de Tadashi Agi : Les Gouttes de Dieu. Déjà à ce moment là, nous vous parlions du succès de son adaptation live pour la télévision japonaise. Diffusé sur la chaîne NTV du 13 janvier au 10 mars 2009, le drama Kami no Shizuku mettait en scène, en chair et en os, les aventures de Shizuku Kanzaki avec Kazuya Kamenashi en tête d'affiche.

Kazuya Kamenashi dans la peau du sommelier Shizuku Kanzaki, on en prendrait bien une goutte. Photo © TDR

Shizuku Kanzaki (Kazuya Kamenashi), employé épanoui dans une compagnie de bière, fuit comme la peste tout ce qui se rapporte aux vins, et à travers eux, son père, un très célèbre œnologue. Jusqu'au jour où il apprend que d'un, il est muté au service des vins de sa compagnie, que de deux, son père est décédé lui laissant un frère adoptif Issei Tomine (Seiichi Tanabe), et qu'enfin il doit entrer en compétition contre ce dernier pour faire l'acquisition de son héritage : une collection de vins estimée à 2 milliards de yens. L'objectif de cette compétition : être le premier à retrouver les 7 vins (12 dans le manga), décrits par Kanzaki Yutaka (Ikkô Furuya), considérés comme les 7 apôtres dont le dernier, Les Gouttes de Dieu.

Bien qu'au départ cet héritage ne l'intéresse pas, Shizuku va finalement relever le défi lancé par son père d'outre-tombe, pour se (lui) prouver qu'il en est capable, tout comme son frère, un sommelier à la réputation déjà bien solide. Et ce qu'il prend au départ comme un moyen de sortir de l'ombre de son paternel se transforme en une véritable quête de vérité où Shizuku le découvre sous un autre jour. Il mûrit au fur et à mesure qu'il découvre que chaque apôtre, chaque vin, cache le testament de son père, ses secrets, ce qu'il aurait aimé dire à ceux qui partageaient sa vie et à ceux qui n'en faisaient plus partie, mais auraient dû.

Le monde vinicole en 9 leçons

Du fait du nombre réduit d'épisodes : neuf seulement, le rythme du drama est assez soutenu. Les premiers épisodes se composent de la même façon : un apôtre pour un épisode. Puis à partir du cinquième apôtre le scénario s'étire mais reste à peu près le même : la description du vin à trouver se fait dans le bureau de Kanzaki Yutaka, puis les deux concurrents partent à sa recherche. Tomine à partir de ses connaissances et Shizuku en résolvant une énigme annexe impliquant un proche ou un personnage rencontré au hasard. Pour finir, ils se retrouvent dans le bureau de Kanzaki pour les résultats. Scénario répétitif qui aurait pu devenir lassant si il y avait eu plus d'épisodes, en particulier pour les non amateurs de vins.

Un bon point cela dit, nul besoin de s'y connaître en vin, le héros étant aussi un ignare dans cette matière, tout ce monde, plus ou moins inconnu, nous est expliqué pas à pas mais sans empiéter sur l'intrigue. La description des vins est quant à elle très précise et imagée et nous donnerait presque envie de déboucher une bouteille pour confirmer ce qu'il en disent. On est aussi grandement surpris face à ce que peut contenir un vin : un message, une émotion, un souvenir et c'est ce qui fait la grande force du drama et du manga de Tadashi Agi dont il est issu. On découvre en effet avec plaisir certains codes du monde vinicole, les fragrances des vins et leurs signification, activité découverte qui ne nous viendrait pas spontanément à l'esprit, et qui sont distillés tout au long des épisodes sans que cela ne devienne indigeste.

On l'aura compris Kami no Shisuku fait honneur au vin et aux vins français en particulier : qui parle de vins, parle français... On ne s'étonnera donc pas lorsque Shizuku se met à danser en chantant à tue-tête « goûtons voir si le vin est bon » après sa première gorgée de vin. Mais le vin, ça ne se boit pas tout seul ! D'où la notion de mariage. Le vin doit s'accorder au plat qui est dans notre assiette et certaines scènes nous donnent envie de se mettre à table.

À noter que Kami no Shizuku n'est pas le premier drama culinaire à succès. Bambino!, diffusé en 2007 sur NTV, narrait l'épopée d'un jeune homme Shogo Ban, aussi joué par un Johnny's : Jun Matsumoto, rêvant de devenir un grand chef cuisinier, et tout deux mettent à l'honneur la cuisine européenne. Tout comme son prédécesseur Kami no Shizuku a d'ailleurs été récompensé par plusieurs prix aux Nikan Sports Drama Grand Prix, notamment celui du meilleur acteur et du meilleur drama.

L'accomplissement d'un jeune homme à travers le vin

Dans la première partie de la série, les apôtres s'enchaînent rapidement, jusqu'à ce que l'intrigue familiale prennent de l'ampleur et équilibre la recherche des vins qui n'était jusqu'à présent qu'une sorte de rallye : celui qui trouve le bon vin à gagné. La quête devient donc plus personnelle pour chacun des deux concurrents, il ne s'agit plus vraiment de gagner l'héritage mais de comprendre ce que le vieil homme voulait leur transmettre.

Kami no Shizuku c'est donc aussi l'accomplissement de Shizuku Kanzaki en tant qu'homme. En marchant sur les traces de son père, il se remet en question et change. Chaque apôtre lui apporte matière à réfléchir par le message qu'il délivre. Et durant son périple Shizuku peut compter sur des « compagnons de route ». Le jeune homme prend en effet finalement goût au vin grâce à l'enthousiasme de Miyabi Shinohara (Riisa Naka), une apprentie sommelière fan de Kanzaki père, qu'il a rencontré lors d'un rendez-vous professionnel. La demoiselle, à la curiosité presque envahissante, devient la conseillère du jeune homme en vins et sa confidente, l'accompagnant sur la voie des sept apôtres.

Avec son aide et celle de Shiro Fujieda (Takurô Tatsumi), auxquels s'ajouteront ses collègues de bureau, il va pouvoir avancer sur la voie du vin. Chacun donnera à notre héros une leçon sur le vin ou une leçon de vie, lui permettant de grandir et de trouver l'apôtre. Mais aussi avec celle de Robert (Naoto Takenaka), arbitre dans son face à face avec son frère Tomine, qui est pour lui ce que Jiraya est à Naruto : un sensei qui lui montre la voie à coup d'indices farfelus et qui le met à l'épreuve. Et tout comme son équivalent ninja, Robert est un sage qui bien qu'excentrique, rappelons que c'est un mendiant enterrant ses vins pour les conserver à bonne température, est reconnu dans son milieu et possède un lien particulier avec le père du héros.

C'est là qu'on constate que certains traits caractéristiques du shonen manga ont été conservés notamment l'invocation du pouvoir. Ainsi le « Réveille toi Bacchus » de Shizuku ou le grognement de Tomine font office de « Kamehameha » aux deux rivaux, réveillant leurs facultés de goûteur et de décrire parfaitement le vin qu'ils présentent. Ne vous attendez cependant pas à voir les cheveux de Kamenashi se dresser sur sa tête en changeant de couleur !

Kami no Shizuku est un drama qui a su respecter l'équilibre entre intrigue familiale et découverte du vin, maintenant ainsi l'attention du spectateur, et qui a le mérite de nous cultiver en plus de nous divertir durant quelques heures.

Pour aller plus loin :
Notre critique de l'œuvre originale
Le thème original One Drop est interprété par le groupe KAT-TUN
www.ntv.co.jp/shizuku

Lauréline Lalau