Tsukasa Hōjō, l'auteur des séries Cat's Eye, City Hunter, FAMILY COMPO et Angel Heart, était l'invité d'honneur manga de la 11e édition de Japan Expo. Le mangaka fête cette année ses 30 ans de carrière et le festival proposait, de façon malheureusement encore trop superficielle, une rétrospective de son immense travail. Elle s'est traduite par des séances de dédicaces bien sûr, mais aussi une exposition et une conférence publique le dimanche 4 juillet sur laquelle il était accompagné de Kenji Kodama, le réalisateur des adaptations animées de ses deux plus grandes séries.
« J'ai encore voulu faire compliqué et je me suis raté... il faut le brûler »,raconteTsukasa Hōjō (à droite) à propos de son dessin. Photo C.M
« Aujourd'hui, je suis étonné de voir qu'un public aussi jeune aime encore autant City Hunter et ça me touche énormément. » Voilà comment, en une phrase, Kenji Kodama, le réalisateur des adaptations animées des grandes sagas de Tsukasa Hōjō, a résumé toute l'ampleur de la carrière du célèbre mangaka. Oui, outre dessiner des belles femmes, et on le saura, Hōjō a fait de sa série City Hunter une référence qui traverse les générations.
En 30 ans d'activité, il a imposé son coup de crayon. Que nous avons pu apprécier en direct puisque le petit bonhomme, souriant et fripon qui se cache depuis toujours derrière ses lunettes de soleil, nous a dessiné le portrait de ce grand obsédé sexuel de Ryō Saeba, à l'occasion d'une conférence publique le dimanche 4 juillet.
Ce qu'il a également imposé, c'est son sens du drame sans jamais tomber dans le pessimisme, et de la comédie avec un humour qui pourrait être graveleux mais qui ne l'est jamais, ainsi qu'une certaine sensibilité avec des personnages touchants et passionnants. Hōjō, on ne peut pas le comprendre qu'avec du Nicky Larson, mais en prenant en compte son œuvre toute entière jusqu'à Angel Heart, en cours de parution, qu'il présente, alors que nous avons pu l'interviewer sur le festival, comme « un aboutissement de son travail ».
Tsukasa Hōjō, c'est donc l'auteur des séries : Cat's Eye (1981-1985), City Hunter (1985-1991), FAMILY COMPO (1996-2000) et Angel Heart (2001 - en cours), dont les trames ont brièvement été rappelées par le festival à travers une exposition dédiée au grand maître située dans le coin des éditeurs (cf. photo ci-contre). Mais aussi des recueils d'histoires courtes et des œuvres plus alternatives : Rash!!, Le Cadeau de l'Ange (spin off de City Hunter), Le Temps des Cerisiers, La Mélodie de Jenny (drame d'époque) et Sous un rayon de soleil (fantastique).
Il opère ainsi depuis 30 ans, et City Hunter, Nicky Larson pour nous, est définitivement l'un des animes diffusés dans l'émission de Dorothée qui aura favorisé l'introduction du manga en France. Normal donc, qu'il soit cette année, importante pour lui, l'invité d'honneur manga de Japan Expo.
Et il n'est pas venu tout seul. Il était accompagné de Kenji Kodama, réalisateur sur les adaptations de Cat's Eye (Tokyo Movie Shinsha) et City Hunter (Sunrise). De cette période, Kodama en garde un souvenir très fort.
Il nous confie au cours de la conférence publique avoir eu quelques difficultés à adapter les mangas de Tsukasa Hōjō. Un exemple : « Les dessins de M. Hōjō sont très poussés et Ryō est un personnage au caractère très fort, qui bouge et qui n'est pas capable de garder son sérieux trop longtemps. Nous nous sommes donc demandé si on allait réussir à faire quelques chose de comique avec des dessins aussi réalistes et compliqués. » Qu'on se rassure, c'est sûrement en relevant le défi que le réalisateur a pu faire sa place parmi les grands de l'animation.
Une œuvre transverse
À l'image de son héros Ryō Saeba, qui passe du comique au drame en quelques secondes, Hōjō s'est, au cours de sa carrière, illustré dans plusieurs genres. Nous avons d'un côté les séries d'action longues comme Cat's Eye et City Hunter, à destination d'un public assez large, et d'un autre les histoires courtes et expérimentales comme La Mélodie de Jenny, un drame d'époque et Sous un rayon de soleil qui touche au fantastique, mais surtout FAMILY COMPO, un drame social qui porte sur la transexualité.
Un paradoxe qui n'a rien d'un hasard. « Il y a une différence entre mes histoires longues qui se doivent de rencontrer le succès (du fait de leur longueur), et mes histoires courtes, où je peux me faire plaisir, explique l'auteur que nous avons pu interviewer sur le salon. Les histoires longues sont destinées à un "tout public" et sont donc plus stéréotypées. Les histoires courtes me permettent d'écrire plus librement sur des thèmes qui m'intéressent. » On peut facilement faire le pont avec ces mangaka qui travaillent pour le lecteur avant de devenir des artistes qui se font avant tout plaisir. Quoique dès le départ, Hōjō a su se distinguer par son approche artistique unique.
Tsukasa Hōjō. Photo Thomas HajdukowiczPas fan de manga mais fan de littérature et surtout de cinéma, l'homme a intégrer des schémas narratifs proche de ceux utilisés par le grand écran dans ses ouvrages. « J'imagine souvent mes scènes en mouvement, à la manière de ce qui se fait dans le cinéma, pour les retranscrire ensuite sur le papier. Mes plans sont donc travaillés comme si je cherchais à placer une caméra. » Ce qui a bien sûr encore plus compliqué la tache de Kodama, même s'il ne s'en plaindra pas.
Et pour trancher, il y a Angel Heart, un self-remake qui reprend les aventures des héros de City Hunter pour les ré-inventer dans un contexte social et culturel actuel. « Dans Angel Heart, je m'éloigne de plus en plus du scénario classique du manga d'action. Il y a petit à petit une fusion entre les séries à succès que je devais faire avant et les thèmes des séries courtes qui me plaisent. » Voilà qui pourrait conclure sa carrière en beauté, sachant que, pas de panique, la série Angel Heart est loin d'être terminée.
Si la publication du magazine Comic Bunch, dans lequel elle était publiée, a été arrêtée, la série, qui compte 31 tomes au Japon (30 an France), continuera d'être éditée sous une autre forme (nous n'en saurons pas plus).
Trente ans de carrière et s'il devait la refaire, il referait tout exactement pareil. « Même si j'ai honte de ce que j'ai pu faire au début, s'il y avait un trou j'aimerais m'y cacher (rires), mes œuvres sont ancrées dans un contexte, dans une époque et ça pourrait décevoir les fans si je devais changer ça... » Hōjō, une star, non pas parce qu'il porte ses fameuses lunettes noires, mais parce que son œuvre a profondément marqué l'histoire du manga, tant au niveau graphique que scénaristique. D'ailleurs la rencontre avec le public a été très forte et a largement ému l'auteur qui a quitté la scène principale de Japan Expo, où avait lieu la conférence, les larmes aux yeux, sous les acclamations et les flashs des appareils photos.
En France il reste le créateur d'un héros sans complexe et le dessinateur de femmes courageuses, intelligentes et plantureuses.
Pour aller plus loin :
Conférence publique de Tsukasa Hōjō et Kenji Kodama à Japan Expo 2010
Céline Maxant













