Always Sanchōme no Yūhi : Ginza, un quartier où il fait bon vivre

Always Sanchōme no Yūhi, que l'on peut littéralement traduire par « toujours le crépuscule du quartier numéro 3 », est un film de Takashi Yamazaki réalisé en 2005 et tiré du manga Sanchōme no Yūhi de Ryōhei Saigan. Gros succès dans les salles obscures nippones, il a aussi gagné le cœur des critiques. Le Nippon Akademī-shō l'a sacré meilleur film de l'année en 2006.

Dans le quartier n°3 de Ginza à Tōkyō, tout le monde se connaît. Comment ne pas remarquer M. Suzuki et son caractère explosif, comment ne pas connaître M. Chagawa écrivain raté et gérant de l'échoppe du coin ou encore Mme Ishizaki la barmaid qui vous console avec un verre de sake après une rude journée.

Le film s'ouvre donc sur ce petit quartier pauvre, treize ans après la Deuxième Guerre Mondiale. Tandis qu'une jeune fille de la banlieue, Mutsuko Hoshino (Maki Horikita, vue dans Hanazakari no Kimitachi e et Kurosagi et Nobuta wo produce) y débarque pour travailler dans la petite entreprise de réparation de voiture de M. Suzuki, un enfant, du nom de Junnosuke Furuyuki (Kenta Suga) est abandonné à Hiromi Ishizaki (Koyuki vue dans Kimi wa Petto, Blood The Last Vampire) car ses parents ne voulaient plus de lui. Ces deux nouveaux arrivants, tout à fait ordinaires, vont bouleverser le train-train de leurs familles adoptives respectives.

Et où les voisins sont très sympas

Bien que le fantôme de la guerre, symbolisé ici par le médecin, hante encore les habitants du quartier, et bien que les personnages vivent tous avec des blessures déchirantes, l'atmosphère qui se dégage de Always Sanchōme no Yūhi reste légère, Takashi Yamazaki ayant su distiller tout au long de son film des touches d'humour et de bonheur. À Ginza, on rit du malheur de son voisin écrivain, de la colère du mécanicien ou de cette vieille femme qui ne sait pas arrêter son vélo. On partage la joie de la venue d'un nouvel outil high tech avec tout le quartier. Mais surtout, on rêve tous d'un noël à la Always Sanchōme no Yūhi, d'un Noël magique.

Chaque personnage, avec ses défauts et ses bons côtés, qu'il soit central ou secondaire, saura toucher le spectateur de façon unique dès ses premières apparitions, comme la vieille tenancière de comptoir à tabac, ou bien plus tardivement, comme Chigawa. Ce dernier est d'ailleurs le seul personnage à vraiment évoluer au cours du film. Au début aigri par son échec en tant qu'écrivain, frustration qu'il reporte sur les tickets de loto qu'il fabrique, il est tout autre à la fin. Enfin épanoui dans son quartier. Hidetaka Yoshioka qui le joue, comme tous les autres acteurs y compris les enfants, est troublant de réalisme, participant pour beaucoup au succès de ce long-métrage.

Un film d'aujourd'hui sur le Tōkyō de 1958

L'action se déroulant en 1958, il a fallu recréer le Tōkyō de l'époque. C'est-à-dire sans réfrigérateur, sans télévision, mais surtout sans la Tour de Tōkyō. Le film est ainsi ponctué d'images de cette tour en construction, grandissant à mesure que l'action progresse et se clôturant de façon très poétique. Rien ne vaut un coucher de soleil derrière la Tour de Tōkyō enfin terminée, se dressant au dessus du quartier n°3 de Ginza.

Si la construction de la Tour se fait de façon progressive, prenant peu à peu sa place auprès des habitants, l'introduction des différents appareils électroménagers s'apparente plutôt à une grande agitation dans le quartier. En particulier la télévision, qui suscite avant même son arrivée chez les Suzuki un vive émoi chez le petit garçon de la famille qui rentre de l'école en quatrième vitesse en répétant à tue-tête « télévision, télévision, télévision... » Et lorsque enfin elle arrive, tout le quartier se réunit dans le minuscule salon des Suzuki pour regarder la première émission de leur vie. Le réalisateur créé alors une scène des plus chaleureuse de son film, partageant avec le spectateur la joie de ses personnages qui s'extasient avec nous de la venue de la fameuse télévision.

Always Sanchōme no Yūhi est une fiction, qui raconte la vie d'un quartier de Tōkyō après la Guerre et qui s'inscrit dans la réalité sociale de l'époque. Loin de s'appesantir sur ce sombre passé, Takashi Yamazaki y développe l'espoir d'un avenir meilleur à travers des personnages très attachants que l'on peine à laisser partir. Pour preuve, un deuxième opus, suite directe de ce film, est sorti dans la foulée en 2007 (Always II).

Pour aller plus loin :
Le générique, Always, est interprété par D-51
www.always3.jp

Lauréline Lalau

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