Sukiyaki Western Django : Le western spaghetti sauce japonaise

Le saloon est rempli de cowboys, les regards mauvais fusent et la danseuse est là, prête à les divertir. Mais lorsque ces ours mal léchés sont japonais et parlent anglais avec un accent à couper au katana, on se dit que ce western aura un gout particulier.

© Takashi Miike

Un western Takashi Miike reste un Takashi Miike

Dans un petit village, aujourd'hui déserté, deux gangs, Heike et Genji, se livrent bataille pour récupérer l'or qui y fut autrefois caché par les anciens. Un jour, un mystérieux pistolero débarque en ville et précipite l'affrontement entre les deux clans après avoir déclaré qu'il rejoindrait celui qui lui ferait la meilleure offre. Takashi Miike, le réalisateur loufoque de Dead or Alive, Zebraman, CROWS ZERO ou encore 13 Assassins, nous entraîne cette fois dans un western à la sauce japonaise (et à la sienne). Dans une ville qui semble se résumer à la rue principale, le mercenaire devient défenseur de la veuve et de l'orphelin envers et contre tous et deux chefs de clan bourrins, et chacun complètement fous à leur manière voire un peu arriérés, s'affrontent dans un combat à mort. Au milieu de tout ça, il y a deux légendes urbaines : une montagne d'or qui attend d'être retrouvée et une guerrière dont le maniement du pistolet n'a aucun égal.

Chacun des protagonistes de cette histoire, aussi tordue que son réalisateur, bien que stéréotypés n'en restent pas moins fascinants, en particulier Kaori Momoi qui endosse à merveille un rôle aussi charismatique que la Black Mamba de Quentin Tarantino. Le réalisateur de la trilogie Kill Bill, invité spécial et surprise de ce long-métrage, y joue d'ailleurs un personnage au service de la loufoquerie sans limite de son équivalent nippon.

Quentin Tarantino © Takashi Miike

De l'introduction, faite avec un fond bidon sur lequel gicle le sang de cowboys japonais, à l'anglais calamiteux (et John Wayne inventa les sous-titres). De la fameuse réplique « au fond, je suis un fan d'anime » qui tombe comme un cheveu sur la soupe, au plan serré sur le trou plus gros qu'un poing fait par une arme dans le corps d'un Heike, en passant par la schizophrénie grandissante du shérif, Takashi Miike fait à nouveau montre de son talent à créer des œuvres insolites et sanglantes à souhait.

La tradition japonaise se fond dans la tradition western

Pour savoir de quoi il retourne, il suffit de décortiquer le titre du film : Sukiyaki Western Django. « Suyikaki » est un plat japonais, une sorte de tambouille dans laquelle on fait cuire en même temps la viande et les légumes dans une marmite remplie d'une sauce appelée warishita. Le terme peut à la fois être interprété comme un clin d'œil au Japon mais aussi à la diversité et au mélange des références qui ponctuent le film. « Western » renvoie bien sûr au genre cinématographique américain. Ce genre qui met en scène grossièrement des justiciers et des brigands, armés jusqu'au dents, foulards noués autour du coup et regards bleus azur, qui vous assurent que cette ville est trop grande pour deux et que c'est l'autre qui va y rester. Des hommes des cavernes qui vagabondent à cheval dans un désert peuplé d'Indiens. Enfin, « Django » est un film de 1966, un western italien, dit "spaghetti", ultra violent et réalisé par Sergio Corbucci. Sukiyaki Western Django est donc un hommage au western made in Italy dans un esprit purement japonais.

© Takashi Miike

Multipliant les références, Takashi Miike transforme la guerre civile de Genpei qui a eu lieu au Japon entre 1180 et 1185 en une bataille rangée dans une petite ville paumée au milieu des montagnes et à laquelle il associe la Guerre des Deux Roses qui a elle eu lieu en Angleterre et a opposé deux maisons royales entre 1455 et 1485. En effet, les noms Heike et Genji sont les lectures chinoises des deux clans Taira et Minamoto qui se sont affrontés au Japon, tandis que les couleurs associées aux clans dans le film, le rouge et le blanc, étaient celles des roses symbolisant les deux maisons royales anglaises. Le chef des Heike, les rouges, ira même jusqu'à prendre le nom de Henri en mémoire de Henri VII qui a prit le trône à la fin de la Guerre des Deux Roses, après qu'il ait lu la pièce de théâtre de Shakespeare relatant l'évènement.

Outre le symbolisme historique, on retrouve aussi tous les codes du western, de la trame jusque dans l'architecture du film. Manteaux de cuir, flingues, ceinturons, chapeaux et bottes, la panoplie du parfait petit cowboy est complète et seul Yoshizune (Yusuke Iseya), chef des Genji, se démarque en portant constamment un katana à sa taille. Certains éléments de Django sont également présents dans le long-métrage de Miike, comme le cercueil contenant la gatling et l'apparence des deux héros, tous deux habillés de noir. De façon générale, Sukiyaki Western Django a été tourné à la manière des vieux westerns, autrement dit, l'image a été travaillée pour faire ressortir les couleurs jaune et orange. Quant au scénario, la tension est intensifiée progressivement jusqu'au duel final qui est agrémenté d'explosions et de tirs dans tous les sens, comme la tradition l'exige, laissant la ville à feu et à sang.

Film d'action, drôle et décalé, Sukiyaki Western Django est un ovni comme seul Takashi Miike sait les faire. Et au-delà de la simple accumulation de clins d'œil, le cinéaste japonais les combines puis les arranges à sa sauce... sukiyaki.

Pour aller plus loin : Le coffret DVD du film sorti en 2007 au Japon (en métal et contenant deux dvds : version longue et courte) est disponible chez We Productions.

Lauréline Lalau