ONE PIECE L'Aventure de l'île de l'Horloge :
Fruit du Démon Mécanique

Est-il encore nécessaire de présenter ONE PIECE ? Shōnen de Eiichirō Oda, la série compte aujourd'hui son 58e tome publié en France (64 au Japon), et, d'après les dires de son auteur, n'en serait qu'à la moitié ! Adulée par certains, considérée comme largement surestimée par d'autres, la série jouit d'une notoriété telle qu'une rame de métro de Tōkyō a été intégralement recouverte d'images du manga. Comme nombre d'œuvres à succès, ONE PIECE a été décliné sous de multiples formes, à commencer par une adaptation animée, ainsi que des films. À l'heure actuelle, le manga a été porté pas moins de 11 fois sur grand écran.
Ce 23 novembre, Kazé édite en DVD et Blu-ray le 2e film adapté de la série : L'Aventure de l'île de l'Horloge. Une façon de découvrir, plus de 10 ans après sortie en salles au Japon, ce moyen métrage inédit en France.

Sur une plage abandonnée...

ONE PIECE L'Aventure de l'île de l'Horloge© 2001 Toei Animation Co., Ltd.
© Eiichiro Oda/Shueisha, Toei animation

L'action prend place peu après la fuite de Loguetown, et avant l'entrée sur Grand Line via la Reverse Mountain (soit entre les chapitre 100 et 101). Cela dit, l'histoire n'étant pas considérée comme canonique, les évènements qui y sont décrits n'influent pas sur l'intrigue du manga en soit. Ces considérations permettent juste aux spécialistes de replacer l'histoire dans la narration de ONE PIECE...
Alors qu'ils se prélassaient sur la plage d'une île quelconque, l'équipage du Chapeau de Paille, composé alors de Luffy, Zorro, Nami, Pipo et Sandy, se fait tout bonnement piquer son bateau, le Vogue Merry. Contraints de naviguer en pédalo avant de pouvoir mettre la main sur les auteurs du larcin, ils rencontrent bien vite les frères chapardeurs, Bolodo et Akiss. Ces derniers leurs indiquent avoir vu la caravelle volée entre les mains des Pirates Trump, un équipage semant la terreur sur l'étrange île Horloge. Ça tombe bien, cette île est aussi la destination des deux maraudeurs, qui se sont mis en tête de voler l'horloge faite de diamant qui orne son sommet.
Il faut ajouter à cela que Nami joue les demoiselles en détresse, puisqu'elle se fait rapidement capturer par les hommes de Bear King, capitaine des Pirates Trumps, afin de servir d'épouse à ce dernier. Enfin, Bear King jouit d'une sordide réputation. Ayant asservi la population essentiellement composée d'ingénieurs, il menace de faire s'arrêter le mécanisme qui maintient l'étrange colonne sur laquelle est construite la ville (ce qui conduirait à la destruction pure et simple de l'île) s'ils ne lui construisent pas une arme dévastatrice qui lui permettrait de conquérir le monde. Rien que ça.

L'Île Horloge dans le Ciel

ONE PIECE L'Aventure de l'île de l'Horloge© 2001 Toei Animation Co., Ltd.
© Eiichiro Oda/Shueisha, Toei animation

L'Aventure de l'île de l'Horloge multiplie les références, à la mythologie de ONE PIECE comme à des œuvres connexes. La relation qui lie Bolodo et Akiss, par exemple, est réminiscente de celle qui lie Luffy à Shanks. De même, Pipo reproche à Akiss de préférer se plaindre et se cacher derrière plus fort plutôt que d'affronter les obstacles (renvoyant ainsi à son personnage).
Mais une autre référence, peut-être moins flagrante, est omniprésente : Le Château dans le Ciel, célèbre film de Hayao Miyazaki. Tout d'abord, il y a bien évidemment Mayumi Tanaka, l'actrice qui double Luffy, mais qui était sortie de l'anonymat en prêtant sa voix à Pazu, le héros du film de Ghibli.

ONE PIECE L'Aventure de l'île de l'Horloge© 2001 Toei Animation Co., Ltd.
© Eiichiro Oda/Shueisha, Toei animation

Ensuite, il y a l'île Horloge elle-même, rappelant fortement Laputa. Parce qu'à l'instar de l'îlot volant, elle est le symbole d'un pouvoir orgueilleux voulant asseoir son pouvoir sur le monde. Parce qu'un mécanisme complexe lui permet de ne pas péricliter. Et parce qu'un élément de diamant est au cœur de son système - il faut rappeler que Le Château dans le Ciel s'inspire largement du 3e Voyage de Gulliver, de Jonathan Swift, où une île peuplée d'êtres orgueilleux vole grâce à un mécanisme de diamant.

Enfin, les chara-design de Bolodo et celui de Skunk One, en particulier leurs costumes, font penser à celui de Pazu, avec leurs éléments proto-steampunk (lunettes d'aviateur, écharpe, sac à bretelles en cuir...)

Comme un goût de pas fini

À l'instar de nombreux films ONE PIECE, L'Aventure de l'île de l'Horloge va à l'essentiel. On commence avec l'équipage qui se retrouve dans une situation gênante, on rencontre bien vite les gentils qui seront les compagnons de Luffy & Co pendant la durée du film, et évidemment les méchants qui sont très méchants. Après, c'est le schéma classique du shōnen action/aventure : première bagarre → échec → solution → victoire → conclusion où on fait en sorte de reléguer les personnages secondaires à usage unique du film pour ne pas qu'ils entravent la continuité de l'histoire initiale et canonique du manga.

ONE PIECE L'Aventure de l'île de l'Horloge© 2001 Toei Animation Co., Ltd.
© Eiichiro Oda/Shueisha, Toei animation

Il faut dire qu'en 55 minutes, le film peut difficilement faire mieux. Et on en a donc pour notre argent : Luffy agit comme d'habitude de manière grotesque et vaguement je-m'en-foutiste avant d'avoir l'étincelle qui lui donnera la force de continuer, Zorro sera désespérément cool, et Nami fait preuve de sa ruse légendaire pour retourner à son avantage ses adversaires. Mais c'est tout. Les sous-intrigues sont expédiées prestement, afin de laisser à nos héros préférés leurs petits instants de gloire. La conclusion même du film relève plus du Deus Ex Machina que du dénouement en bonne et due forme. Tout le côté épique, grandiloquent, drôle à souhait et parfois émouvant aux larmes a ici été amenuisé au strict minimum.

Luffy, l'ami des petits

En définitive, L'Aventure de l'île de l'Horloge n'est pas destiné à tous les publics. Il plaira à n'en pas douter aux plus jeunes, a fortiori s'ils connaissent un peu l'œuvre originale. Là, ils découvriront une histoire originale avec leurs héros préférés, un peu d'action, et un peu d'humour. Même, ils apprécieront le petit bonus de 5 minutes intitulé Le Carnaval dansant de Jango, sorte de clip épileptique et rigolo dans son non-sens.
Mais globalement, les plus de 12 ans qui apprécient le manga se sentiront vaguement déçu. L'humour est présent, certes, mais pas de quoi se taper les cuisses. L'animation est passable. Et surtout, le scénario n'atteint pas la complétion d'un Strong World (seul film ONE PIECE écrit à ce jour par Eiichirō Oda lui-même), ou la noirceur mature de Baron Omatsuri et l'île aux secrets (prévu chez Kazé pour mars 2013), plus propices à plaire à un public adulte.
Un film à offrir à votre petit frère, donc, plutôt qu'à un fan inconditionnel du manga, qui préférera passer son chemin et relire les 58 volumes publiés en français à ce jour.

Thomas Hajdukowicz