Toshihiro Kawamoto, co-fondateur du studio BONES et chara-designer de renom (Cowboy Bebop, Wolf's Rain...) était présent au salon Paris Manga, les 4 et 5 février derniers. Il a eu la gentillesse de bien vouloir répondre à quelques questions : compte-rendu d'une interview fort instructive.
Q : Vous avez co-fondé le Studio BONES. Est-ce que vous pouvez nous dire en quoi consiste exactement votre rôle actuel au sein du studio ?
Toshihiro Kawamoto : Je suis animateur et character-designer de base, et l'un des piliers fondateurs de la société BONES.
Q : Vous avez principalement travaillé sur des séries qui prennent place dans des mondes futuristes, ou avec des robots. Avez-vous consciemment choisi de travailler sur Gosick, qui prend place au début du 20e siècle (en 1924 exactement), pour changer d'époque ?
Toshihiro Kawamoto : Effectivement, j'ai une forte inspiration tournée vers les mondes futuristes, mais j'aime bien mélanger les différentes époques, comme je l'ai fait par exemple dans Tenpō Ibun Ayakashi Ayashi [NDLR : œuvre inédite en France ; l'histoire prend place à Edo, en 1843] ou Cowboy Bebop. Mon inspiration n'est pas basée sur ce qui est futuriste, je choisis des thématiques qui mélangent présent, passé et futur.
Q : Quand vous travaillez sur une série adaptée d'un manga déjà existant, votre travail de création des personnages est-il simplifié ou au contraire complexifié par la nécessité de rester fidèle à l'oeuvre originale ?
Toshihiro Kawamoto : L'approche est différente quand on doit partir d'une œuvre originale ou d'une oeuvre réadaptée. À partir du moment où je démarre quelque chose qui m'est propre, j'ai quartier libre, je peux me « laisser aller ». Mais lorsque je pars d'une réadaptation, je suis régi par une idée directrice qui amène en effet parfois à des difficultés, il ne faut pas se « disperser » et il est parfois difficile de contenir la partie que je veux prononcer dans ce travail.
Q : Y a-t-il une différence notable entre travailler sur un film et travailler sur une série animée ? Dans le cas de Cowboy Bebop, par exemple ?
Toshihiro Kawamoto : Au niveau de la conception des images, il y a effectivement une grosse différence. Mais aussi en fonction de l'ère [de l'époque] qui change : je suis dans le milieu depuis vingt-cinq ans, il y a eu le passage de l'analogique au digital. La différence repose surtout là-dessus, elle nécessite un effort d'adaptation par rapport au changement d'ère, tout en restant puriste, en gardant la conception de base du dessin, ce qui pour moi représente l'essence d'un dessin. Il est difficile pour moi de faire retransparaitre ceci à l'ère d'aujourd'hui.
Q : Donc vous diriez qu'aujourd'hui, avec les nouvelles technologies, il est plus difficile de rester fidèle à votre esprit/idée d'origine qu'il y a vingt ans par exemple ?
[M. Kawamoto commence à répondre puis s'interrompt en riant pour faire remarquer : « C'est bruyant », faisant ainsi référence à un groupe de visiteurs de Paris Manga particulièrement agités, qui crient à intervalles réguliers près de l'espace presse où est réalisée l'interview].
Toshihiro Kawamoto : Au niveau de l'impression, de la durée de vie du contenu, lorsqu'on passe au digital, la qualité et le travail fourni vont être énormes. De ce fait, avec ces changements, au niveau des dates qui me sont imposées, il devient très juste de respecter les délais (dates de sorties...) Les problèmes encourus sont au niveau du timing, suite aux changements qu'a apporté le digital dans le milieu. Mais en définitive c'est une chose positive. C'est une avancée technologique, même si on perd quelque chose en terme d'image, d'illustration. Pour en revenir au côté « puriste » de la chose, je ne pense pas que ça perde de la valeur mais il y a quand même un point négatif. C'est une sorte de bon compromis.
Q : À quel âge avez-vous su que vous aviez vocation à travailler dans l'animation ? Y a-t-il des anime qui vous ont particulièrement marqué pendant votre jeunesse ?
Toshihiro Kawamoto : Nausicaä de la vallée du vent de Hayao Miyazaki, et Urusei Yatsura de Mamoru Oshii. Je baignais dans le monde des anime et des manga dès l'âge de vingt ans. Mais le réalisateur qui m'a le plus marqué reste Hayao Miyazaki.
Q : Quel est le personnage que vous avez vous-même dessiné et créé dont vous êtes le plus fier ?
Toshihiro Kawamoto : Je préfère ne pas avoir à répondre à ce genre de questions parce que j'aime tout ce que j'ai créé (rires). Mais si je devais en citer un, ce serait Ed, de Cowboy Bebop. Et en terme de comportement et de réaction, je citerais Ein de Cowboy Bebop également.
Q : Toujours sur Cowboy Bebop, avez-vous une anecdote ou un souvenir de création particulièrement marquant ?
Toshihiro Kawamoto : Mon souvenir le plus marquant est en fait d'avoir eu l'opportunité d'être le character-designer de la série.
Q : À titre personnel, qu'est-ce qui vous plait le plus dans l'animation en général ?
Toshihiro Kawamoto : Ce que j'apprécie particulièrement, c'est d'avoir une liberté d'expression (qu'il s'agisse d'une œuvre originale ou d'une adaptation), une souplesse, qui me permet de plaire au public. J'espère pouvoir continuer et perdurer ainsi dans le temps, c'est mon désir fondamental.
Pour aller plus loin :
Nos photos de l'interview
Alexis Orsini
















