Interview avec Kunio Katō : La maison en petits cubes,
de l'animation au livre

Récompensé aux Oscars et au Festival d'Annecy, La maison en petits cubes a bien voyagé depuis sa sortie des studios de la compagnie ROBOT. Succès d'estime mondial, ce court-métrage de Kenya Hirata (scénario) et Kunio Katō (dessin/animation) a depuis été porté sur papier, sous la forme d'un livre pour enfants. À l'occasion du Salon du Livre de Paris 2012, nous avons pu rencontrer Kunio Katō.

Kunio Katō au salon du livre 2012Kunio Katō Photo T.H

Q : Comment est né le projet La maison en petits cubes ?

Kunio Katō : À la base, on nous avait proposé un projet de courts-métrages de jeunes réalisateurs. Bien avant, j'avais dessiné des illustrations de maisons à étages composées de petits cubes. Quand j'ai présenté ça à monsieur Hirata, le scénariste, il a eu l'idée de faire de ces maisons le symbole de l'histoire d'une famille, de ses souvenirs.

Kunio Katō au salon du livre 2012Kunio Katō Photo T.H

Q : Pourquoi avoir dessiné des petits cubes, avant même le lancement du projet ?

Kunio Katō : L'animation de La maison en petits cubes était une commande. ROBOT a demandé un film original, en fait. Comme je suis un créatif, j'ai toujours plein d'idées, de projets en cours. Je n'ai pas forcément de but dans ce que je dessine. Du coup j'ai montré plein d'idées, de croquis, et ce sont les petits cubes qui sont sortis du lot.
En fait, cet assemblage de petits cubes en tant qu'images est longtemps resté ancré en moi. Je voulais en faire un livre d'illustrations. J'ai voulu faire évoluer ce monde de ville submergé où aurait évolué un personnage de petite fille que j'avais dessiné. Cette petite fille n'a rien à voir avec celle qu'on voit dans le film et le livre. Ce projet-là a été abandonné. Seul a subsisté l'histoire avec le grand-père.

La maison en petits cubes, animationAnimation La maison en petits cubes
© ROBOT 2008

Q : L'idée de départ par donc de vos dessins. Quand monsieur Hirata a écrit l'histoire, avez-vous eu votre mot à dire sur l'avancée du récit ?

Kunio Katō : Quand je lui ai montré les premières illustrations, Kenya Hirata a commencé la rédaction de l'histoire. Pendant ce processus d'écriture, nous avons beaucoup discuté : il écrivait, je dessinais, mais nous continuions à beaucoup discuter. Petit à petit, on a en fait composé ensemble. Cela ne s'est pas fait d'un seul coup, mais vraiment à base de discussions et de confrontations de points de vue. Nous sommes arrivés à ce résultat en travaillant vraiment ensemble.

Q : Justement, comment avez-vous échangé ? Comment travailliez-vous ensemble ?

Kunio Katō : À la base, monsieur Hirata est scénariste chez ROBOT. Je suis moi-même animateur et illustrateur dans cette entreprise. Du coup, il n'y a pas eu besoin d'échanges de mails ou quoi que ce soit. Nous nous voyions dans le même bureau pour pouvoir échanger les documents. C'est comme ça que nous avancions, au quotidien.

La maison en petits cubesLa maison en petits cubes, le livre
© ROBOT 2008

Q : Vous avez dit avoir d'abord voulu en faire un livre. C'est pourtant un film qui a d'abord été produit. Qu'est-ce qui a poussé le studio à édité un livre ?

Kunio Katō : D'habitude, c'est vrai qu'on adapte en film un livre. Ce qu'il s'est passé, c'est qu'après avoir vu l'animation, un producteur m'a proposé de l'adapter en album illustré. J'ai eu beaucoup d'hésitations. J'avais passé un an sur la production du film, et ce producteur ne voulait pas travailler sur le même sujet, ni avec les mêmes illustrations.
Mais monsieur Hirata était très intéressé par le support livre, parce que c'est quelqu'un qui lit lui-même beaucoup d'histoires à ses enfants. Aussi, il m'a poussé à essayer de m'adapter au support papier. Du coup, le livre d'adresse plus aux enfants que l'animation. Et comme il s'agit de deux modes d'expression bien distincts, l'animation et le papier, je me suis dit qu'approcher la même histoire différemment constituerait un bon challenge. Ca m'a vraiment motivé.

Q : Vous considérez donc que La maison en petits cubes est un livre pour enfants ?

Kunio Katō : Pour moi, c'en est un, oui. Le sujet des souvenirs, d'explorer le passé, est un thème compliqué pour les enfants. Je voulais les toucher sans forcément qu'ils comprennent tout de suite le message. C'est pour ça qu'il y a eu un gros travail sur les couleurs. C'est nostalgique mais pas triste. Il fallait être à la portée d'un public plus jeune. Au Japon, de toute façon, les albums illustrés sont forcément à destination des enfants. On ne voit pas forcément les dessins de ces ouvrages comme de l'art. Comme je ne voulais pas faire la même chose que le film, je me suis adapté au public pour faire autre chose.

Extrait du livre La maison en petits cubesExtrait du livre La maison en petits cubes
© ROBOT 2008

Q : Quelles ont été les contraintes techniques ou artistiques du portage sur papier ?

Kunio Katō : Refléter le temps qui s'écoule ou les mouvements saccadés du héros, qui est assez vieux, par une illustration figée, ça a été difficile. Il a fallu réfléchir à comment lui donner vie à travers de simples dessins, tout en faisant avancer l'histoire. On a donc altéré un peu le scénario original. Dans le film, le grand-père perd sa pipe ; pour le livre, on a choisi des outils, parce que ça semblait plus naturel.
Dans un film, tout est expliqué de manière linéaire, et le rythme est imposé directement. Avec un livre, le lecteur avançant dans l'histoire comme il l'entend, il fallait vraiment qu'il comprenne pourquoi le héros plongeait.

Kunio Katō au salon du livre 2012Kunio Katō Photo T.H

Q : Vous avez rencontré votre public français. Qui sont les gens qui sont venus vous voir, et quels ont été leurs messages ?

Kunio Katō : Le public français est vraiment différent du public japonais en cela qu'il a acheté beaucoup de livres. Au Japon, La maison en petits cubes est connu pour être un film avant tout... J'ai été très heureux de rencontrer ces lecteurs, et de constater qu'il y avait des gens très différents. C'était une bonne surprise !

Q : Quels sont vos projets actuels ? Y'a-t-il d'autres livres de prévus ?

Kunio Katō : Je reste très intéressé par le thème de la mémoire, ayant 35 ans. Là, il s'agissait des souvenirs d'un vieillard. Maintenant, j'aimerais travailler sur ce que j'ai ressenti plus jeune. On part donc sur quelque chose de plus personnel. Il y a plusieurs projets en cours, comme un recueil de petites historiettes paraissant tous les mois dans MOE, un magazine culturel mensuel publié par Hakusensha.
Je mène aussi une exposition itinérante sur La maison en petits cubes. Elle va du Nord au Sud du Japon. Pour cette exposition, j'ai spécialement créé 5 petits films qui représentent le quotidien, les relations humaines.

Remerciements à Aya Fukuzumi qui a assuré la traduction.

Thomas Hajdukowicz