Rétrospective Nagisa Oshima : Un Conte cruel de la jeunesse

Depuis le 4 mars et jusqu’au 2 mai 2015, la Cinémathèque Française organise une rétrospective dédiée au réalisateur japonais Nagisa OSHIMA. Véritable chef de file de la première nouvelle vague du cinéma japonais dans les années 1960, Nagisa OSHIMA décrit à travers un cinéma résolument érotique, symbolique et politique les désœuvrements de la jeunesse et les profonds déchirements de ces années d’insouciance.

Tour d’horizon rapide de son travail et de ses sujets de prédilection…

Rétrospective Nagisa Oshima

 

Nagisa OSHIMA, le révolté

Reflets de leur époque, les films de Nagisa OSHIMA pointent sévèrement du doigt la politique nippone, donnant la parole à ceux qui se sont élevés contre le traité de sécurité américano-japonais (Contes cruels de la jeunesse / Nuit et brouillard du Japon) et dénonçant de façon acerbe ce Japon d’après-guerre aspirant à une modernité nouvelle.  L’humour caustique du réalisateur passe au vitriol l’absurdité des maux de la société japonaise ; la peine de mort dans La Pendaison ou encore le profond racisme anti-coréen très ancré alors dans Le Retour des trois soûlards.

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L’Empire de la passion

Sous l’œil de la caméra, les personnages s’aiment, se déchirent et se battent contre un monde dépassé qui ne les comprend pas et contre des pulsions qu’ils ne peuvent assouvir.  À l’image des quatre adolescents de L’Approche de l’ombre de la nuit d’Akio JISSOJI, lancés dans un jeu absurde pour défier l’ennui, Nagisa OSHIMA dresse le portrait d’une jeunesse sans repères, révoltée et incomprise.  Dans ces tragédies quasi shakespeariennes, des histoires d’amour interdites, passionnées et destructrices bouleversent ces adolescents devenus adultes trop vite.

Proche de la jeunesse, qui est le berceau des révolutions des années 1960 et 1970, Nagisa OSHIMA n’hésite pas à se fondre dans les mouvements qui animent ces jeunes désœuvrés.  Ainsi, la jeune Keiko SAKURAI, qui est au centre du film Été japonais : Double suicide contraint était une hippie du quartier de Shinjuku avant qu’OSHIMA ne lui offre ce rôle.

Les Plaisirs de la chair

Pourfendeur de tabous fasciné par la mort et la sexualité, le cinéma d’OSHIMA brusque, dérange et interpelle, sans pour autant tomber dans la vulgarité ou la subversion gratuite.  Le scandale de L’Empire des sens en 1976 est le point d’orgue de cette filmographie transgressive.  Inspiré d’un fait divers ayant défrayé la chronique dans les années 1930, cette corrida de l’amour fut sévèrement censurée en raison de son caractère pornographique et de la présence de scènes d’actes sexuels non simulées.  La distribution du film ne doit son salut qu’à une société de production française, qui a coproduit et diffusé le film à l’international, lui offrant notamment une place au Festival de Cannes 1976 et un immense succès.

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Avec son dernier long-métrage, Tabou, Nagisa OSHIMA brise un autre non-dit : le thème de l’homosexualité.  Il situe son intrigue à la fin de l’ère Edo, dans le Shinsen gumi, une brigade de samouraïs, opposant ainsi le fleuron de l’Histoire traditionnelle japonaise et ce qui passait alors pour un comportement hors-la-loi, faisant succomber toute une milice de guerriers au charme d’un jeune androgyne de seize ans.

Cette rétrospective permet de découvrir ou de redécouvrir les quarante ans de cinéma qui composent la carrière de Nagisa OSHIMA, soit plus de quarante long-métrages, court-métrages, téléfilms, documentaires et séries, dont la récente remasterisation permet d’aborder d’un œil neuf l’œuvre du réalisateur.  De ses premiers succès (Contes cruels de la jeunesse, L’Enterrement du soleil) à Tabou, son ultime performance en 1999, la filmographie d’OSHIMA se lit comme une fable d’un modernisme déconcertant n’ayant rien perdu de sa subversion et de sa poésie.

 

De nombreuses séances sont encore proposées.  Les dates et tarifs sont disponibles sur le site officiel de la Cinémathèque française.

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17 réponses

  1. 12 décembre 2015

    […] cinéma contestataire au Japon a-t-il changé depuis l’époque où Nagisa ŌSHIMA dénonçait le traité de sécurité […]

  2. 8 février 2016

    […] trop souvent, le film Furyo de Nagisa ŌSHIMA n’est présenté que comme étant « un film avec David BOWIE » ; et […]

  3. 1 mars 2016

    […] d’œuvres et de réalisateurs lors de nombreuses projections à Paris au Musée Guimet, tel que Nagisa OSHIMA avec l’Empire des Sens (1976) ou encore Furyo (1983) dont nous vous parlions le mois […]

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