#MeToo au Japon, 1 an après : un mouvement étouffé par la pression sociale

Alors que le reste du monde a vu le mouvement #MeToo délier les langues et ouvrir la voie au dialogue sur le harcèlement sexuel, le Japon reste muet, presque insensible au cri d’alarme lancé sur les réseaux sociaux suite à l’affaire Weinstein en octobre 2017.

Malgré quelques polémiques qui ont éclaté au grand jour, le pays peine à proposer des mesures pourtant nécessaires pour mieux lutter contre ce fléau et protéger ses victimes. JDJ fait donc le point, au Japon, un an après.

Shiori Ito © Tom reed (BBC)

Shiori Ito © Tom reed (BBC)

Quelques voix se sont élevées timidement

L’affaire Weinstein a été un raz-de-marée médiatique aussi bien aux États-Unis que dans le reste du monde. Plusieurs actrices mondialement connues accusant l’un des gourous du cinéma américain d’agressions sexuelles, de pression et d’abus de pouvoir, n’est pas un événement anodin. Bien que beaucoup de femmes subissent quotidiennement les mêmes sévices, le fait de dénoncer une figure publique, un homme de pouvoir, a donné le courage à beaucoup d’autres d’en faire autant. Le slogan #MeToo a d’ailleurs été décliné dans plusieurs pays : #BalanceTonPorc, #QuellaVoltaChe (« La fois où » en italien), #YoTambien (« moi aussi » en espagnol), #jagockså (« moi aussi » en suédois).

Même si, au Japon, le mouvement n’a pas eu la même ampleur que dans les autres pays, certaines Japonaises victimes de harcèlement ou d’agression sexuelles ont pris la parole pour dénoncer leur bourreau ou le système qui a cautionné ce genre de pratiques.

Shiori ITO, le symbole du mouvement #MeToo au Japon

L’histoire de Shiori ITO a été rendue publique en mai 2017 et a souvent été citée suite à l’affaire Harvey Weinstein. C’est l’une des premières victimes à avoir pris la parole publiquement, pour dénoncer non seulement son violeur, mais aussi tout le système administratif japonais dans la prise en charge des victimes de viols. Elle est ainsi devenue l’une des figures emblématiques du combat contre les agressions sexuelles au Japon.

En mai 2017, lors d’une conférence de presse, Shiori ITO déclare avoir été droguée et violée en 2015 par un journaliste de renom, proche du premier ministre Shinzo ABE, Noriyuki YAMAGUCHI.

Shiori Ito en interview © AP Photo/Mari Yamaguchi

Ils se rencontrent pour un dîner d’affaire dans un restaurant de Tokyo. La jeune femme souhaite effectuer un stage dans sa rédaction. Au cours de ce repas, elle se sent mal et se rend aux toilettes où elle perd connaissance. Elle se serait alors réveillée dans une chambre d’hôtel, toujours confuse et désorientée, avant de prendre conscience que Noriyuki YAMAGUCHI était en train de la violer. Elle s’est alors enfuie. Choquée, elle ne porte plainte que cinq jours plus tard. L’officier la prenant en charge lui conseille alors d’abandonner cette démarche afin de ne pas nuire à sa carrière de journaliste. Elle maintient sa plainte. Alors qu’un mandat d’arrêt est émis à l’encontre du journaliste et que ce dernier doit être appréhendé, la police annule l’arrestation suite à un appel du chef de la brigade criminelle et autre proche du premier ministre. Malgré les nombreux éléments incriminant son agresseur (témoignages, relevés d’empreintes, vidéo-surveillance), ce dernier ne sera pas poursuivi faute de preuves. C’est pour cette raison qu’elle a décidé de rendre publique son histoire. En plus d’avoir vu son agresseur s’en sortir, Shiori ITO a fait l’objet d’un lynchage médiatique sans précédent. Elle a notamment été accusée par le public japonais d’être responsable de son agression, d’avoir des mœurs douteuses et a même été insultée pour avoir osé parler publiquement. Craignant pour sa sécurité et celle de sa famille, elle a dû quitter le pays.

Exemple de tweet sur l’histoire de Shiori Ito

Exemple de tweet sur l’histoire de Shiori Ito

Junichi FUKUDA, le gouvernement dans la tourmente

Junichi Fukuda après sa l'annonce de sa démission

Junichi Fukuda après sa l’annonce de sa démission. © Kyodo/Reuters

Le 18 avril 2018, le vice-ministre administratif des Finances, Junichi FUKUDA démissionne après avoir été accusé de harcèlement sexuel par plusieurs journalistes. Il aurait tenu, lors de différents entretiens, des propos déplacés à connotations sexuelles. La première femme à l’avoir dénoncé avait d’abord parlé sous couvert d’anonymat, mais a finalement révélé travailler pour la chaine TV Asahi, par peur que son témoignage ne soit décrédibilisé. Elle en avait d’ailleurs fait part à son employeur qui lui aurait alors conseillé de se taire afin d’éviter les répercussions négatives que cela pourrait avoir, notamment car son identité devrait être révélée. Ce scandale montre bien à quel point il reste difficile de dénoncer les violences sexuelles au Japon. N’ayant pas le soutien de TV Asahi, elle s’est rapprochée d’un autre média pour révéler l’affaire au grand jour.

Cette histoire aura aussi permis de mettre en lumière une part obscure du journalisme japonais. En effet, ce type d’affaire est courant dans le milieu. D’après une étude sur le harcèlement sexuel réalisée en 2018 par Mayumi TANIGUCHI, professeur de l’Université Internationale d’Osaka, auprès des femmes travaillant pour les médias japonais, sur 156 cas de harcèlement sexuel, 40% ont lieu sur leur lieu de travail, au sein même de la rédaction, et 1/3 des cas impliquent des personnes de pouvoir (force de l’ordre, législateur, membres du gouvernement…). Malheureusement, ce type de comportements étant courant, il est toléré par la direction des différents médias et donc peu dénoncé par les victimes par peur de nuire à leur carrière.

Les Pop Idols, premières victimes

Les Pop Idols sont souvent des cibles de choix pour les agresseurs. Recrutées très jeunes, elles signent des contrats très controversés qui les obligent par exemple à abandonner leurs études pour se consacrer uniquement à leur carrière ou encore leur interdisent d’entretenir toute relation amoureuse afin de préserver leur « pureté ». L’idole  doit se consacrer uniquement à ses fans, pour la plupart masculins. Sa vie est régulée par le contrat qu’elle a signé. Jeunes et influençables, elles sont sous l’emprise des talent managers, maisons de disques et autres personnes influentes ayant la main mise sur leur carrière.

Les niji no conquistador, lors de leur passage à Japan Expo en 2017

Les niji no conquistador, lors de leur passage à Japan Expo en 2017

A-san, ancien membre du groupe Niji no Conquistadors était encore mineure lorsqu’elle a été victime d’agression sexuelle. Elle a raconté son histoire sur buzzfeed Japon en prenant un pseudonyme pour garder l’anonymat. La jeune artiste a porté plainte contre Hiroaki NAGATA, le PDG de Pixiv, le réseau social japonais, et manager du groupe.

Lors d’un voyage à Kyoto qu’elle devait faire seule, Hiroaki NAGATA décide de l’accompagner et loue une seule chambre d’hôtel, obligeant la jeune fille à passer la nuit dans un futon juxtaposant le sien. Bien que gênée, cette dernière ne conteste pas par peur de nuire à sa carrière.

Ce dernier profite aussi des problèmes financiers de sa « protégée » (NB : elle ne gagne que 30 000 JPY par mois grâce à son travail d’Idol, soit environ 230€). La jeune fille souhaite en effet, prendre un second travail pour compléter ses revenus et ainsi soulager ses parents qui l’aident financièrement. Cependant, elle a besoin de l’accord de son manager, qui refuse. Il lui propose de la rémunérer personnellement en contrepartie de massages intégraux. Une fois de plus, la jeune fille n’ose pas refuser par peur de le contrarier et de compromettre sa carrière.

Ce qui a finalement poussé A-san à quitter le groupe, ce sont les caméras qu’elle a trouvées dans la salle de bain de Hiroaki NAGATA alors que celle-ci séjournait chez lui. L’invitation semblait pourtant anodine. Il avait invité la jeune idol à séjourner chez lui, avec sa femme et ses enfants, plutôt qu’à l’hôtel car le groupe devait participer à un événement. En compagnie de sa famille, A-san pensait qu’elle n’avait rien à craindre. Elle remarque pourtant plusieurs caméras dans la salle de bain ou d’autres pièces de la maison au cours de son séjour.

Suite à ces accusations, Hiroaki NAGATA avoue la plupart des faits mais dément toujours avoir posé des caméras chez lui. Il a quitté ses fonctions afin de ne pas nuire à l’image de l’entreprise. A-san, quant à elle, a abandonné ses ambitions de chanteuse pour le moment et prévoit de reprendre ses études.

 

Un environnement peu favorable

On ne peut pas dire que les viols et autres agressions sexuelles soient rares au Japon. Comme nous avons pu le voir avec les histoires précédentes, les affaires existent bel et bien. Cependant, en parler reste tabou. 58,9% des victimes de viols n’en ont parlé à personne, même pas à des amis ou de la famille (sondage du gouvernement réalisé en 2017) et seulement 4% des cas de viols font l’objet d’une plainte. Pour comprendre le peu de dénonciations de ces agressions, il est important de mettre en lumière tout le système japonais. À titre comparatif, 11 % des viols font l’objet d’une plainte en France.

« Tais-toi et pleure en silence »

Être une femme au Japon n’est pas chose aisée. Le pays est classé 114 sur 144 concernant l’égalité des sexes par le Forum de l’Économie Mondiale, un comble pour un pays aussi développé. Outre les différences de salaires et la quasi absence de femmes aux postes de managers c’est la place même des femmes dans la société qu’il faut comprendre. Vous pourrez en apprendre plus sur le sujet dans notre dossier Mère, idol, makeinu : choix et périples de la femme japonaise.

La femme japonaise a depuis très longtemps un rôle en retrait de la société. Très peu de femmes atteignent les postes de management dans leur entreprise car on estime que 1) elles doivent se consacrer à leur rôle de mère et quitter la société une fois mariée, 2) elles sont moins compétentes que les hommes pour occuper de telles fonctions. On se rappelle de la phrase du ministre de la santé, de l’emploi et de la protection sociale Hakuo YANAGISAWA, en 2007 : « les femmes sont des machines à faire des gosses ». La femme doit donc se consacrer à ses enfants et son mari. « 40 % des japonaises mariées considèrent comme naturel de sacrifier son individualité et ses habitudes de vie pour sa famille » d’après The New Paradox for Japanese Women de Toshiaki TACHIBANA. La femme japonaise a donc depuis longtemps un rôle soumis, face à son patron, sa famille et de manière plus générale face aux hommes qui occupent toujours une place dominante dans cette société patriarcale.

On ne peut pas non plus nier la tendance japonaise à faire primer le collectivisme face à l’individualité : 出る杭は打たれる, « le clou qui dépasse appelle le marteau ». Un proverbe japonais parmi d’autres mais qui en dit long dans le cas présent…

On comprend donc bien qu’il y a peu de place pour l’expression de l’individualité ou de ce qui s’apparente au désordre social qu’occasionne les dénonciations d’agressions sexuelles. On préférera fermer les yeux sur les dysfonctionnements de la société plutôt que de les avouer. Les victimes des Tchikan, les pervers sexuels sévissant dans les transports en commun le confirment : les autres passagers ne leur viennent pas en aide. Elles n’osent pas confronter leur agresseur non pas par peur de ce dernier, mais par peur du regard des autres.

Les collégiennes et lycéennes sont les premières victimes de cette indifférence générale. La promiscuité permet aux agresseurs d’agir en toute discrétion et les victimes n’osent pas protester. Kumi SASAKI n’avait que 12 ans quand un homme l’a touchée contre son gré. Elle a bien tenté d’en parler à son enseignante et même à sa mère. Pourtant, ces dernières n’ont pas réagi. À défaut de pouvoir être écoutée et soutenue, la jeune fille a décidé d’écrire un livre, Tchikan, pour raconter son quotidien et dénoncer l’immobilisme de la société japonaise.

Extrait du livre Tchikan - éditions Marchaisse

Extrait du livre Tchikan

Face à l’indifférence de leur entourage, les victimes portent rarement plainte. Au Japon, on estime que les filles agressées ont été salies et sont donc déshonorées aux yeux de la société.

Très jeunes, on leur répète souvent « Nakineiri », qu’on peut traduire par « pleurer jusqu’à s’endormir », sous-entendu « pleurer pour oublier ». Les adolescentes sont conditionnées dès leur plus jeune âge à ne pas soulever ces problèmes. Bien souvent, comme dans beaucoup d’autres pays ( le Japon n’a pas l’exclusivité du machisme non plus ! ), on demande aux femmes de faire attention, de ne pas traîner le soir et d’avoir un style vestimentaire décent afin de ne pas tenter les éventuels agresseurs. Or, en aucun cas on ne demande aux hommes de ne pas importuner les femmes ou même de ne pas les agresser. On a par exemple reproché à Shiori ITO d’avoir eu une entrevue en tête à tête avec le journaliste. Selon une étude réalisée par la chaîne publique NHK, 27 % des Japonais pensent qu’accepter de boire un verre en tête-à-tête serait déjà un signe de consentement sexuel. L’agression devient donc une conséquence du comportement féminin et non pas un comportement irrespectueux de l’homme.

Parler, c’est passer de victime à responsable aux yeux d’une société en recherche d’harmonie.

Le calvaire continue pendant l’enquête

Même lorsqu’elle porte plainte, la victime rencontre des obstacles. On essaie par exemple de la décourager. Les officiers insistent sur les conséquences de la plainte, notamment le fait de devoir rendre son identité publique. Or l’agression sexuelle est perçue comme un déshonneur et porter plainte, c’est aussi mettre en lumière sa disgrâce aux yeux de la société japonaise. « Est-ce que cela aura des conséquences sur ma carrière ? Est-ce qu’un homme voudra encore de moi ? » Ce sont autant de questions qui, si elles ne viennent pas naturellement à la victime lors de la plainte, peuvent être soulevées par les policiers. Ce fut le cas pour Shiori ITO. “Ils [la police] m’ont dit que je n’aurais pas la vie que je voulais avoir au Japon si je le faisais, si je voulais travailler comme journaliste au Japon, je devais abandonner mon rêve ».

Le livre de Shiori Ito. Photo: Noffar Gat/www.noffargat.com. All rights reserved.

Le livre de Shiori Ito. Photo: Noffar Gat/www.noffargat.com. All rights reserved.

Pour celles qui ont le courage de maintenir leur plainte, le calvaire continue. Elles racontent elles-mêmes que l’enquête est comme un second viol. On demande aux victimes de rejouer l’agression avec une poupée, entourées de policiers qui photographient, prennent des notes ou commentent la scène. Shiori ITO raconte : « J’ai dû m’allonger sur le sol, il y avait trois ou quatre enquêteurs masculins avec des appareils photo, et ils avaient placé une poupée de taille humaine sur moi et la bougeaient et prenaient des photos ». Cette expérience humiliante ne fait qu’augmenter le traumatisme déjà bien présent des victimes et peut être un frein à la dénonciation des agressions.

Bien souvent les enquêtes ne mènent nulle part et les agresseurs ne sont pas poursuivis. Il faut savoir qu’au Japon, le viol n’est reconnu comme tel que s’il y a eu violence ou intimidation. Le consentement n’est pas un critère qui permet de définir le viol. Dans le cas de Shiori ITO, on parlera de quasi-viol, correspondant aux relations sexuelles eues avec une personne inconsciente ou qui n’était pas en capacité de protester. Au Japon, les crimes sexuels sont minimisés et les peines sont souvent dérisoires : à peine 5 ans (elles étaient de 3 ans avant la révision de la loi en 2017). Les condamnations sont tellement rares que la plupart des victimes sont désabusées et ne voient pas l’intérêt d’une plainte qui n’aboutira pas.En France, l’auteur d’un viol risque jusqu’à 15 ans de prison et celui d’une agression ou tentative d’agression sexuelle 5 ans de prison et 75 000€ d’amende. Tout comme le Japon, peu de plaintes aboutissent à une condamnation (seulement 1% des plaintes pour viol).

La prise en charge des victimes est donc insuffisante de la part de l’administration japonaise et a même un impact négatif sur ces dernières ce qui peut expliquer que peu d’entre elles fassent la démarche de porter plainte. Un soutien psychologique et un meilleur accompagnement des victimes conduiraient probablement à une dénonciation plus accrue des agressions sexuelles.

 

Des progrès constatés

Même si le mouvement #MeToo a été beaucoup moins important que dans le reste du monde, le Japon ne l’a pas entièrement ignoré. Certaines femmes ont pris publiquement la parole comme Shiori ITO ou la journaliste de TV Asahi, des affaires sont en cours, des hommes accusés d’agression ont été contraints à la démission… Cette libération de la parole, même si relative, a permis une plus grande prise de conscience de la société japonaise et certaines initiatives de prévention ou de soutien ont vu le jour.

En 2017, les lois relatives aux crimes sexuels ont été révisées pour la première fois en 110 ans. La définition du viol a été étendue au sexe oral et anal et les peines minimum pour viol sont passées de 3 à 5 ans. Cette augmentation a beaucoup été critiquée car jugée insuffisante.

Dorénavant, les autorités pourront aussi poursuivre un individu en cas de viol même si la victime décide de ne pas porter plainte. Enfin, les hommes pourront eux aussi être reconnus victimes de viol. Il reste maintenant au gouvernement à prouver que ces nouvelles mesures seront effectivement mises en place et que plus de considération sera faite aux victimes d’agressions sexuelles.

Le gouvernement est actuellement en train de créer des centres d’accueil où les victimes pourront plus facilement obtenir de l’aide. Ces centres auront aussi pour vocation de sensibiliser les Japonais sur le sujet. L’apparition de ces centres est un peu tardive et des associations de victimes sont déjà à l’initiative de tels lieux.

Une lycéenne est à l’initiative d’un badge contre les Tchikan. Elle-même victime d’agression dans le métro, elle décide de réagir. Elle créé donc un badge qu’elle accroche sur son sac. On peut y lire en Japonais “Groping is a crime. I refuse to cry myself to sleep” (qu’on peut traduire par « L’attouchement est un crime. Je refuse de pleurer pour oublier »).

Badges de prévention contre les Tchikan

Badges de prévention contre les Tchikan

La jeune fille dit avoir retrouvé sa tranquillité dans le train depuis. Le Centre de Prévention des Attouchements (Chikan Yokushi Katsudō Sentā) entend parler de son histoire et lance un crowdfunding pour financer la production de ces badges. Ils sont désormais vendus dans les stations de train de la Odakyu Line et dans certaines boutiques de Harajuku à Tokyo.

Dans les trains et métros, on peut y voir des affiches de prévention contre les Tchikan. Les victimes sont invitées à signaler ces comportements et à porter plainte.

L’une des avancées la plus symbolique est surtout la prise de conscience. Après #MeToo, les dénonciations publiques ont pris une nouvelle ampleur. Les médias qui étaient restés assez frileux pour traiter ces problèmes commencent à parler de ces affaires. Les victimes s’étant exprimées publiquement donnent le courage aux autres de parler à leur tour. Les féministes ne sont plus les seules à mener le combat. Des manifestations commencent à avoir lieu essentiellement à Tokyo. Et le mouvement #MeToo a été décliné en #WeToo en signe de solidarité aux victimes.

Manifestation contre le harcèlement sexuel à Tokyo en avril 2018 © BLOOMBERG

Manifestation contre le harcèlement sexuel à Tokyo en avril 2018 © BLOOMBERG

Même si le mouvement est moins conséquent que dans le reste du monde, on ne peut qu’encourager les évolutions et les initiatives mises en place. Les victimes ne doivent pas être les seules à mener le combat. C’est la société entière qui doit prendre conscience de ce problème pour que le système puisse changer. L’affaire de Shiori ITO montre bien que le chemin sera long et comblé d’obstacles. Cependant, c’est un combat nécessaire pour toutes les victimes d’agressions sexuelles et les nouvelles générations.

 

Sources :

https://www.lesinrocks.com/2017/11/25/actualite/au-japon-les-agressions-sexuelles-quotidiennes-se-multiplient-dans-les-trains-bondes-111011764/

https://www.opendemocracy.net/5050/aya-takeuchi/i-was-told-not-to-bring-shame-on-japan

https://www.japantimes.co.jp/news/2018/04/22/national/social-issues/sexual-harassment-scandal-highlights-a-larger-problem-in-japans-media/#.WzoECC_pMWo

https://www.japantimes.co.jp/news/2017/11/02/national/social-issues/japan-drops-114th-gender-equality-rankings-world-economic-forum/#.W1CAmC-EgWo

http://www.gender.go.jp/english_contents/pr_act/pub/pamphlet/women-and-men18/index.html

http://www.justice.gouv.fr/publication/fp_agressions_sexuelles.pdf

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1 réponse

  1. Xian dit :

    Ce que vous decrivez est vrai dans une large mesure, mais merite quelques precisions:
    – ma fille a ete agressee dans le hall de notre immeuble a Tokyo. Elle a porte plainte. Cela a pris des heures, et effectivement, cela peut etre traumatisant pour une victime. En l’occurrence, la police a pris soin de prendre note de tout detail. Des heures pour une agression qui a pris quelques secondes. Apres 2-3 semaines, la police nous a avertis qu’une personne avait ete identifiee, il avait agresse une dizaine d’autres personnes. D’autres personnes avaient porte plaintes, ce n’est pas lui qui a avoue spontanement toutes les agressions qu’il a commises.
    Conclusion: la police japonaise prend serieusement en compte les plaintes des victimes, certaines en tout cas osent porter plainte, certains responsables sont trouves.
    – dans le metro de Tokyo, quelqu’un qui serait denonce par une femme a la police est en garde a vue et a de bonnes chances de rester au moins plusieurs jours en prison, voire « indéfinitivement » jusqu’a ce qu’il avoue. A tel point qu’il est conseille (par des personnes de tout sexe, ma femme par exemple) de fuir aussi vite que possible, et de ne pas rester meme si on n’a rien a se reprocher. Sous peine donc de rester
    en prison, ce qui est un desagement substantiel certes, mais aussi de perdre son emploi.
    Ce type de choses est discute, notamment dans le video de Zoey.
    https://www.youtube.com/watch?v=Oe5gAuMlkNA
    Bref, il est important de poursuivre tous les actes delictueux/criminels, tout en ne negligeant pas de respecter la presomption d’innocence.
    C’est clairement la difficulte: les preuves materielles sont difficiles a obtenir, et elles doivent l’etre rapidement, avant que les souvenirs s’effilochent dans les memoires de la victime et de l’agresseur presume. Les obtenir est douloureusement ressenti par les victimes, dans la mesure ou cela veut dire revivre de multiples fois cette experience traumatisante. Les resultats peuvent etre d’autant plus traumatisants si les victimes ont le sentiment que cela ne sert a rien, que les agresseurs courront toujours. Neanmoins, on peut penser que si ca n’enlevera pas ou peu le trauma des victimes, il est important de les reporter, que les agresseurs ne se disent pas que les victimes ne porteront pas plainte de toute facon, et donc qu’ils peuvent continuer. On doit esperer qu’en temoignant, (1) on evitera plus de victimes, (2) les recidivistes seront denonces de multiples fois, et donc que cela ne peut pas etre mis sur un geste momentanement inconsidere.

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