Rokuyō : la bonne ou mauvaise fortune prédite par le calendrier lunaire

Ne vous êtes-vous jamais demandé la signification de ces caractères dans votre calendrier ? (Si vous avez un calendrier japonais) Il font partie d’une tradition japonaise appelée rokuyō (六曜, littéralement « six jours ») originaire de Chine. Ils indiquent quels jours sont prétendument chanceux ou non, pour ceux qui y croient. Cependant, à l’inverse de notre horoscope, ces jours de fortune sont déterminés en fonction du calendrier lunaire. Dans cet article, nous verrons d’un peu plus près l’histoire et la signification de ces jours particuliers.

Calendrier avec rokuyō ©Journal du Japon

Qu’est-ce que le rokuyō

En plus de la chance ou non de chaque rokuyō en tant que journée, il y a des moments où le jour est propice, mais où le moment de la journée ne l’est pas… Il est donc bon de connaître le jour et le moment de la journée pour ne pas se tromper ! Quels sont donc ces jours de chance et ceux à éviter pour es événements importants par exemple ?

En règle générale, les jours du calendrier lunaire japonais se répètent dans un cycle de cette manière :

Senshō (先勝) : Le matin est chanceux, pas l’après-midi. Il s’agit donc d’un bon jour pour faire les choses tôt et rapidement.

Tomobiki (友引) : Le matin et le soir portent bonheur mais pas le midi. Tomobiki est un jour à éviter pour les funérailles mais un bon jour pour les mariages.

Senbu (先負) : C’est l’opposé de Senshō : après-midi chanceux mais pas le matin. Il faut éviter les affaires urgentes et agir avec calme.

Butsumetsu (仏滅) : C’est le pire jour parmi les six jours. C’est essentiellement l’opposé polaire de Taian et est donc un mauvais jour pour les célébrations et autres événements importants.

Taian (大安) : C’est le meilleur jour parmi les six. Traduit par « grande paix », Taian est un jour propice aux mariages et autres événements importants.

Shakkō (赤口) : Seule la période autour de midi, de 11 h à 13 h, est de bon augure ce jour-là.

Les six jours écrits avec leur kanji ©AdobeStock

De nombreux mots semblent être liés aux rituels bouddhistes, tels que Butsumetsu (仏滅) et Tomobiki (友引), mais attention cela n’a rien à voir avec le bouddhisme, le shintô ou toute autre religion. Ce préjugé est tellement ancré dans les esprits que le terme Butsumetsu a changé de kanji pour l’écrire au fil du temps. Autrefois écrit avec les caractères 物滅 (littéralement, « [toute] chose est détruite »), il a fini par évoluer vers le nom moderne 仏滅 (« Bouddha est détruit »), bien que ce calendrier n’ait aucun rapport avec le bouddhisme.

À l’exception de Taian (大安) et Shakkō (赤口), les noms des rokuyō actuels ont été remplacés par des prononciations exclusivement japonaises et non plus chinoises. 

 

Un peu d’histoire autour des six jours

À l’origine, le système des six jours de la semaine était utilisé en Chine pour diviser le temps. Mais lorsqu’il a été transmis au Japon, il a évolué comme indicateur des bons et mauvais jours. Bien que le rokuyō se soit apparemment éteint dans son pays d’origine, la Chine, il s’est répandu au Japon. Le terme rokuyō est né pour les distinguer des 7 jours que l’on connaît aujourd’hui. Aucune source ne précise la date exacte de l’introduction du système de ces six jours. On suppose qu’ils seraient apparus à l’époque Kamakura au 14e siècle. Mais c’est au cours de la période d’Edo (1603-1868) que les notes de calendrier sur les six jours se sont popularisées.

Calendrier rokuyo de l'époque Edo (Date inconnue)

Rouleau de calendrier rokuyō datant de la période d’Edo ©tn.calendar-calendar.com

On ignore quand et par qui le style japonais rokuyō a été inventé. Cependant, on pense que cela serait suite à la révision du calendrier à l’ère Meiji (1868-1912). Avec l’adoption du calendrier solaire (grégorien), le rokuyō est devenu exclusivement un indicateur de bonne ou mauvaise fortune, et non plus de jour. C’est également durant cette période que le gouvernement a interdit toute forme de calendrier se basant sur la bonne et mauvaise fortune parce qu’il ne s’agissait que de superstitions. Cependant, cette tradition populaire survivra. Des calendriers privés remplis de notes appelés obake koyomi ont commencé à apparaître sur le marché vers 1882.

Après la Seconde Guerre mondiale, le contrôle gouvernemental des calendriers est aboli. Des calendriers avec des notes (avec les six jours lunaires par exemple) sont désormais vendus au grand public.

 

Comment cela fonctionne ? 

Mais comment savoir quel jour de l’année correspond à quel rokuyō ? Pas la peine de calculer, c’est bien trop compliqué ! Chaque année, la date de la nouvelle lune est annoncée par l’Observatoire astronomique national du Japon (NAOJ) le 1er février, ainsi que les phases de la lune pour l’année suivante. Vous trouverez les dates sur ce site bien pratique pour vous y retrouver : https://www.seiyaku.com/customs/rokuyo.php

Différentes phases lunaires ©Adobe Stock

Vous avez quand même envie de savoir comment cela fonctionne ? L’élément le plus important à comprendre est que le premier jour de chaque mois lunaire est toujours un jour spécifique. Par exemple, le premier jour du premier mois lunaire est toujours Senshō. Tandis que le premier jour du deuxième mois est Tomobiki. Voici les rokuyō du premier jour selon les mois lunaires : 

1er et 7e mois lunaires :Senshō (先勝)

2e et 8e mois lunaires:Tomobiki (友引)

3e et 9e mois lunaires :Senbu (先負)

4e et 10e mois lunaires :Butsumetsu (仏滅)

5e et 11e mois lunaires : Taian (大安)

6e et 12e mois lunaires : Shakkō (赤口)

Comme le calendrier lunaire est remis à zéro à la nouvelle lune, il y a des chances que certains jours se répètent. Supposons que le 13 février de notre calendrier grégorien correspond au premier jour du calendrier lunaire. Si le rokuyō du 12 février est Senshō, le 13 février devrait être Tomobiki. Cependant, puisque le 13 est le 1er jour du calendrier lunaire, ce jour-là est automatiquement Senshō.

Donc l’ordre est pour le 12/02 : Senshō ; 13/02 : Senshō (encore) ; 14/02 : Tomobiki.

Quels événements pour quel jour ? 

Savoir le jour est une chose. Encore faut-il ensuite savoir quoi faire de cette information… Voici donc une courte liste explicative qui recense les jours qui sont les plus recommandés pour mettre en place (ou éviter) un événement important : 

Conseillé A éviter
Mariage Tomobiki

Taian

Butsumetsu

Shakkō

Funérailles Tomobiki
Inscription au registre des familles ou ouverture d’un magasin Tomobiki

Taian

Butsumetsu

Shakkō

Déménagement Taian Butsumetsu

Shakkō

Événement  Taian Butsumetsu

Shakkō

Signature d’un contrat Taian Butsumetsu

Shakkō

Visiter un malade Senbu

Taian

Tomobiki

Butsumetsu

Shakkō

Source : https://www.hs-honpo.com/calendar/blog/1121835

De manière générale, il est recommandé d’organiser tous les événements de sorte qu’ils tombent sur un jour Taian et éviter les jours Butsumetsu et Shakkō.

Le rokuyō et les Japonais aujourd’hui

Application Calendrier sur son téléphone portable ©Unsplash

Aujourd’hui encore, certaines personnes décident des dates des mariages, des funérailles et des cérémonies en fonction du rokuyō. Dans certains cas, cependant, il n y a pas d’autres choix que de considérer ces six jours de la semaine en raison de l’opinion publique, ou encore de l’opinion des parents et grands-parents ou du personnel de la salle de mariage.

Néanmoins, il y a de plus en plus de calendriers sur le marché qui n’incluent plus le rokuyō. De plus, de moins en moins de jeunes Japonais achètent de calendrier. Puisque tout est en ligne, ils utilisent dorénavant leur téléphone portable pour gérer leur emploi du temps. Il y a même des personnes qui ne connaissent pas ou qui ne sont pas familières avec le calendrier lunaire au Japon.

Cependant, ceux qui y tiennent choisissent le jour de Taian non seulement pour les mariages, les enterrements et les cérémonies, mais aussi pour rendre visite à quelqu’un à l’hôpital, déménager, construire une maison, acheter un billet de loterie, ou tout autre événement important à leurs yeux.

Selon une enquête réalisée par le site Research Panel, 52,5% des personnes interrogées disent avoir déjà prêté attention au rokuyō lors de l’organisation d’un événement et 39,0% n’y ont jamais prêté attention. Par ailleurs, selon une enquête de Nippon Express, 20 % des personnes interrogées se soucient du calendrier lunaire japonais lors d’un déménagement.

 

Que vous vous intéressiez ou non au rokuyō est votre choix, néanmoins pour les événements impliquant de nombreuses personnes, tels que les mariages et les enterrements, il est bon de les connaître. Si vous tenez compte des points ci-dessus et que vous considérez le calendrier lunaire japonais, vous pourrez éviter de causer des désagréments à votre entourage ! Nous vous recommandons d’y réfléchir au cas par cas, car d’autres personnes peuvent être concernées par ces fameux six jours.

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