Kaiju N°8, le shônen qui parle aux trentenaires

Le manga Kaiju N°8 a connu un succès retentissant au Japon avant d’atteindre nos contrées en octobre 2021. Avec ses Kaijû déchaînés plus impressionnants les uns que les autres, son héros trentenaire embrigadé malgré lui dans une histoire alambiquée et une troupe de personnages secondaires au service d’une intrigue qui fleure bon le déjà-vu, on pouvait s’attendre à un énième shônen à ranger avec les autres œuvres du genre. Et pourtant, une fois plongé dans la lecture de Kaiju N°8, c’est bien la volonté de connaître la suite qui se fait ressentir.

A l’occasion de la sortie du 5e tome ce mois-ci, on décortique le phénomène pour tenter de comprendre ce qui offre cette saveur particulière à cette œuvre.

kaiju N°8

kaiju N°8©by MATSUMOTO Naoya / Shûeisha

Le succès retentissant de Kaiju N°8

Kaiju N°8 (怪獣8号) est un shônen écrit et dessiné par Naoya MATSUMOTO, initialement publié dans le magazine en ligne Shōnen Jump + avant d’avoir droit à une édition papier dans la collection Jump Comics de la Shūeisha en décembre 2020. Véritable carton au Japon, où le 6e volume est sorti le 4 mars 2022, le manga a débarqué chez nous en grande pompe le 6 octobre 2021 sous l’édite de l’éditeur Kaze Manga, qui avait publié le travail précédent de Matsumoto (Pochi & Kuro) et qui a certainement repéré ce nouveau titre lors de la 14e édition du Manga Taishô.

kaiju-8, Bnf, @KazeManga sur Twitte

kaiju-8, Bnf, @KazeManga sur Twitter

Pour l’occasion, une affiche géante (de 46 mètres de haut) représentant la couverture du 1er volume a été placardé sur la façade de la Bibliothèque nationale de France et le titre a été éditée à 250 000 exemplaires, preuve que Kaze croit dans les chances de succès de ce Kaiju N°8. Après une semaine, le titre s’emparait d’un record – celui du meilleur lancement de l’histoire du manga en France, avec 22 041 exemplaires écoulés, devançant le tome 1 d’un certain Dragon Ball Super – et on dénombre aujourd’hui plus de 4 millions d’exemplaires en circulation à travers le monde.

Doit-on voir dans ce triomphe en France les résultats d’une campagne marketing bien orchestrée ou est-ce que les qualités de Kaiju N°8 justifient à elles-seules le succès de ce manga ? Sans faire durer le suspense, on peut affirmer sans mal que ce shônen parvient à suffisamment s’écarter des règles classiques pour proposer une aventure qui tient en haleine, malgré un synopsis de base qui semble banal.

Hibino Kafka, de nettoyeur de Kaiju à soldat d’élite

Kafka HIBINO est un Japonais de 32 ans qui rêve d’intégrer les Forces de Défenses anti-Kaiju (JAKDF) après avoir vu sa ville se faire ravager par l’un de ces monstres géants. Ces imposantes créatures, stars du genre désigné au cinéma par les termes Kaiju Eiga (Film de Kaiju) et dont la figure plus connue n’est autre que Godzilla, semblent apparaître régulièrement dans l’univers de ce manga et une équipe de soldats d’élite à été mise en place pour les éradiquer. Avec Mina, son amie d’enfance pour qui il semble avoir le béguin, ils se font une promesse : réussir le concours d’entrée aux JAKDF et éradiquer les Kaijus ensemble.

kaiju n8 chap 1 ©by MATSUMOTO Naoya / Shûeisha

kaiju n8 chap 1 ©by MATSUMOTO Naoya / Shûeisha

Le premier tome du manga s’ouvre sur l’attaque d’un Kaiju, abattu bien vite par la commandante de la 3e unité des forces de défense : la redoutable Mina ASHIRO. L’amie de jeunesse de Kafka a gravi les échelons alors que notre héros contemple l’énorme carcasse qu’il va devoir nettoyer, loin des caméras, dans l’anonymat complet, pour remplir sa tâche de nettoyeur de Kaiju. Un travail titanesque qui consiste à laver, découper, et vider les carcasses de créatures géantes pour pouvoir s’en débarrasser, comme l’a illustré récemment le film Daikaijū no Atoshimatsu (大怪獣のあとしまつ, pour Nettoyage de monstres géants) dédié à cette profession atypique. Pas une partie de plaisir, loin de là – surtout quand on est affecté aux intestins – et une activité qui n’est pas celle qu’imaginait Kafka Hibino pour sa vie. Mais quand une petite créature volante va s’introduire dans l’organisme du trentenaire à la suite d’une nouvelle attaque, tout change : Kafka va obtenir la capacité de se métamorphoser en kaiju humanoïde surpuissant.

Dès lors, il va devoir apprendre à maîtriser cette transformation, comme le personnage de La métamorphose de Franz Kafka auquel le prénom du héros fait évidemment référence. Remotivé par son collègue Reno ICHIKAWA, également aspirant à intégrer les Forces de Défenses. Ce dernier lui rappelle que l’âge maximum pour passer les examens d’entrée vient d’être relevé à 32 ans car il se désespère de voir Kafka tirer un trait sur ses ambitions passées. L’intéressé décide de se laisser une nouvelle chance, fort de ses nouveaux pouvoirs qui s’annoncent colossaux. Et, vous l’imaginez, il ne tardera pas à écoper du titre de Kaiju n°8, avec une numération qui permet à l’agence d’éradication des Kaiju de désigner les spécimens les plus coriaces.

kaiju N°8 ©by MATSUMOTO Naoya / Shûeisha

kaiju N°8 ©by MATSUMOTO Naoya / Shûeisha

Comme dans la plupart des shônens, un héros s’apprête à accomplir son destin en affrontant des défis toujours plus difficiles, des ennemis toujours plus coriaces, entouré par un groupe d’amis ou de partenaires qui l’aideront à atteindre ses objectifs et à réaliser une promesse de jeunesse. Un synopsis qui pourrait laisser présager d’une aventure somme toute banale et pourtant, la formule séduit immédiatement. Il est plaisant de suivre Kafka Hibino dans sa quête et plusieurs raisons peuvent expliquer l’intérêt de ce titre qui parvient à s’éloigner des codes classiques.

Les règles du shônen revisitées ?

Ce qui frappe dès les premiers instants dans Kaiju N°8, c’est son héros : ce n’est ni un garçonnet à queue de singe adepte des arts martiaux, ni un enfant ninja, encore moins un apprenti pirate ou un jeune footballeur aspirant à devenir le meilleur joueur au monde. Kafka Hibino est un trentenaire célibataire désabusé, qui a renoncé à ses rêves de jeunesse et qui exerce un métier lui permettant de vivre. On l’imagine aisément se lever le matin et traîner la patte pour se rendre sur son lieu de travail, afin de nettoyer des corps de Kaiju ou de Yoju – des spécimens plus petits qui apparaissent dans le sillon des monstres principaux – jour après jour.

Un quotidien qui aura une résonnance particulière chez les trentenaires et qui leur permettra de s’identifier plus facilement à ce personnage. Kafka est drôle, courageux bien qu’un peu insouciant par instant et le ressort comique sur son âge – il est qualifié de papy et de vieux à plusieurs reprises par d’autres personnages – fait qu’on peut facilement se mettre à sa place, quand on a dépassé les 30 ans.

kaiju n°8 © by MATSUMOTO Naoya / Shûeisha

kaiju n°8 © by MATSUMOTO Naoya / Shûeisha

La loi de l’adolescent qu’on suit dans sa quête initiatique, comme dans la majorité des shônens, est donc brisée et on se retrouve avec un personnage qui voit son quotidien changer drastiquement à une période de sa vie où ce n’est pas si courant. De quoi séduire les lecteurs nés dans les années 80/90, avec un héros qui, pour une fois, leur ressemble.

Dans les shônen, le personnage principal a souvent un sensei, plus âgé et plus expérimenté, qui partage avec lui son savoir-faire et qui veille à sa formation : Piccolo pour Sangohan dans Dragon Ball, Roberto pour Tsubasa dans Captain Tsubasa, l’entraîneur Genji pour Ippo dans Hajime no Ippo ou bien Jiraiya pour Naruto. Mais Kafka Hibino doit se débrouiller seul, ou presque. Son modèle est Mina, son amie d’enfance devenue commandante des troupes de Défenses et elle est plus jeune que lui de 5 ans ; leur relation, assez froide, ne permet pas au héros de bénéficier de ses conseils ou de son expérience et s’il souhaite combattre à ses côtés, il va devoir faire ses preuves par ses propres moyens. Et ceux qui seront ses compagnons lors des épreuves de l’examen d’accès aux Forces de Défense Anti-Kaiju paraissent bien plus doués que lui, malgré les 15 ans qui les séparent de Kafka. On peut y voir une analogie avec le monde du travail et les jeunes diplômés qui poussent aux portes de l’entreprise pour prendre la place des plus anciens, mais aussi un message positif : et si on tentait de tirer parti des enseignements de la jeunesse, pour devenir une meilleure personne ?

kaiju n°8 tome 4@KazeManga

Kaiju n°8 tome 4@KazeManga

Cette inversion des tendances persiste même lorsque le héros se change en Kaiju. Cette créature humanoïde – au design très réussi soit-dit en passant – dispose d’un pouvoir conséquent dont on prend la mesure peu à peu. Mais Kafka ne maîtrise ni ses attaques, ni ses transformations et il court le risque permanent d’être découvert et donc éliminé. Personne n’est là pour lui expliquer les nouvelles règles auxquelles il doit se soumettre, ni les techniques spéciales qu’il serait en mesure de déclencher. Une fois encore, le voici seul dans l’adversité tel un adulte face à une situation nouvelle et inattendue.

On retrouve tout de même des valeurs plus classiques dans Kaiju n°8, qui nous rappelle que nous sommes bel et bien face à un shônen : la force de l’amitié, le dépassement de soi, ou la volonté de croire en ses rêves. De même que les traditionnels combats sont bien présents, violents à souhait, avec une pléthore de Kaiju toujours plus puissants qui se dresseront sur la route de notre héros. Mais tout cela s’insère dans un cadre un brin différent du manga pour jeunes adultes et offre une grille de lecture plus large aux lecteurs un peu plus âgés.

Les personnages qu’on a envie de suivre

L’auteur a pris soin de distiller de nombreuses informations sur les antécédents des personnages, qu’on retrouve entre deux chapitres, et on ne tarde pas à découvrir leurs objectifs, ce qu’ils aiment, leurs habitudes ou leur nourriture favorite. Cela donne l’impression de connaître rapidement les différents acteurs de l’histoire, sans s’égarer longuement sur leur passé à travers des flash-back qui viennent parfois freiner le développement d’un récit dans un shônen classique. On est face à un manga qui avance vite et qui intègre avec brio des personnages qu’on a envie de suivre.

Kafka HIBINO

C’est à lui qu’on s’identifie et c’est lui qu’on veut voir réussir. À la fois maladroit et un peu bêta quand il est humain, il devient redoutable quand il se transforme en Kaiju n°8. Il a pour atout sa connaissance de l’anatomie des Kaijus, due à son expérience de nettoyeur, et sa dévotion envers ceux qu’il apprécie. Son envie d’honorer la promesse qu’il a faite à Mina, d’être toujours à ses côtés pour qu’elle ait moins peur, est son moteur principal.

Kaiju°8 © by MATSUMOTO Naoya / Shûeisha

Kaiju°8 © by MATSUMOTO Naoya / Shûeisha

Reno ICHIKAWA

Reno a 18 ans et c’est un garçon plein de ressources, porté par l’envie de réussir à intégrer les Forces de Défense Anti-Kaiju. Ses interactions avec Kafka sont souvent l’occasion pour l’auteur d’apporter des traits d’humour à son œuvre, mais également de faire de ce jeune homme un vecteur de motivation supplémentaire pour le héros, qui se laisse emporter par l’énergie débordante du garçon. D’un côté, Reno prodigue des conseils précieux à Kafka, comme le ferait un mentor, de l’autre il est celui que Kafka veut protéger comme le ferait un maître avec son élève ou un ami. Il y a donc une dynamique de duo intéressante dont on attend l’évolution avec envie, d’autant plus que Reno est l’un des seuls à connaître le secret de son camarade.

Kikoru SHINOMIYA

Message de remerciement pour les 3M d'exemplaires vendus © by MATSUMOTO Naoya / Shûeisha

Message de remerciement pour les 3M d’exemplaires vendus © by MATSUMOTO Naoya / Shûeisha

Jeune femme pleine d’enthousiasme, qui adore dégommer du Kaiju comme le spécifie sa fiche de présentation, c’est une surdouée, dotée d’aptitudes hors du commun. Elle est considérée comme le futur de la brigade Anti-Kaiju et son avenir s’annonce radieux. Toutefois, sous son apparente force de caractère se cachent des craintes et des incertitudes, qui pourraient l’affaiblir. On comprend rapidement que Kafka la perturbe, ce qui pourrait donner lieu à un triangle amoureux Kafka/Mina/Kikoru amusant. À moins qu’elle ne se mette en tête de détruire le Kaiju n°8, portée par ses idéaux de justice ?

Mina ASHIRO

C’est le modèle de Kafka et celle à qui il a promis d’intégrer les forces de défense. Elle semble froide, telle une véritable tueuse de kaijus, mais on comprend en la voyant découvrir le CV de Kafka parmi les candidats qu’elle éprouve de la tendresse, voire plus, pour le héros. Bien loin du rôle de simple femme à conquérir pour le personnage principal qui est souvent réservé aux femmes dans les shônens, c’est une guerrière extrêmement habile qui n’a pas encore révélé l’ensemble de ses capacités. On a hâte de la voir déchaîner sa puissance supposée quand le scénario s’y prêtera.

Sôshirô HOSHINA

Il est vice-commandant, sous les ordres de Mina, et sa détermination à éliminer les kaijus en fait un atout puissant pour les Forces de Défense. Toujours souriant sauf en plein combat, il se bat aux sabres et développe des techniques spéciales pour taillader les Kaijus en morceaux. Sa vitesse démentielle pour donner du fil à retordre au héros, si son identité venait à être découverte par Hoshina car ce dernier semble avoir des doutes au sujet de Kafka, comme le laisse présager certaines de ses réflexions. Doté d’un fin sens de l’observation, Sôshirô pourrait être un antagoniste redoutable pour le Kaiju n°8.

Les candidats à l’examen de la JAKDF

Lors de la phase de recrutement, plusieurs personnages secondaires sont introduits. Parmi eux, on peut retenir Iharu FURUHASHI, le beau gosse de service, mauvais perdant et compétiteur, Haruichi IZUMO, major de promo à l’Université Tokyo Kaiju Eradication, considéré comme l’élément le plus prometteur (après la prodige Kikoru Shinomiya), et Aoi KAGURAGI, dont les compétences athlétiques pourraient avoir un rôle à jouer lors des affrontements.

Pour l’instant, ces personnages secondaires sont assez effacés, ils servent les ressorts comiques de l’histoire mais on ne serait pas surpris de voir leurs rôles s’étoffer au fur et à mesure que l’histoire avance.

Kaiju n°8©by MATSUMOTO Naoya/Shûeisha

Kaiju n°8©by MATSUMOTO Naoya/Shûeisha

Les kaijus numérotées

Les Forces de Défense attribuent un numéro aux spécimens de Kaijus les plus puissants qu’ils ont eu à affronter. On ne sait pas grand-chose de cette numérotation, si ce n’est qu’Hibino Kafka est considéré comme le Kaiju N°8 et qu’il pourrait s’agir d’un Mega-Kaiju. Avant l’arrivée du Kaiju n°9, c’est le seul qui soit parvenu à échapper aux soldats de la JAKDF et sa traque constituera bien évidemment le fil rouge du manga.

Les kaijus sont séparés en plusieurs catégories : Mega-Kaiju, Kaiju et Yoju, qui dépendent d’un Honju (un kaiju principal). Ils semblent arborer des formes et des tailles diverses et leur point faible se trouve dans un noyau que les soldats doivent localiser. Leur puissance est évaluée par les Forces de Défenses et semble s’étaler sur une échelle de 1 à 10, comme l’échelle de Richter qui mesure les séismes. Doit-on y voir un équivalent de puissance, pour des Kaijus aussi dévastateurs qu’un tsunami ou un tremblement de terre ?

Qu’attendre de Kaiju N°8 ?

Après la lecture des premiers volumes de Kaiju n°8, on peut dire que la recette fonctionne pour le moment. L’intrigue nous donne envie d’en poursuivre la découverte et les combats, portés par des graphismes soignés et un design de personnages inspiré, se suivent sans déplaisir. Voyons ce qu’on peut en attendre pour la suite, alors que le tome 5 se profile chez Kaze Manga.

Le mystère des autres Kaijus

On aimerait en savoir plus sur les Kaijus vaincus par le passé, pour évaluer la puissance des créatures que rencontrent nos héros. De plus, l’apparition de Maga-Kaiju semble mettre en péril une harmonie à laquelle s’étaient habituées les Forces de Défense Anti-Kaiju et la capacité à se changer en humain, que possède notamment le Kaiju n°8, semble dérouter les soldats d’élite. L’auteur a sans doute une vision globale de son univers qu’il étendra par petite touche et on espère simplement ne pas être confronté uniquement à un enchainement de monstres plus puissants les uns que les autres.

En revanche, les brèves évocations des kaijus les plus impressionnants devraient ravir les amateurs du genre et on ne peut qu’espérer pouvoir assister à ces chocs de titans, à même de ravager une ville entière. Le n°2, apparu en 1972, a failli raser Sapporo de la carte et la menace d’en voir apparaître d’autres de cet acabit justifie les craintes des troupes d’élites. D’autant plus qu’on apprend que des recherches visant à transplanter des cellules de Kaijus dans des êtres humains sont en cours à l’étranger, ce qui pourrait expliquer le sort de Kafka et anticiper la présence d’autres spécimens de son genre.

Un pouvoir incontrôlé et un mystère autour de la transformation

L’intrigue est focalisée sur Kafka Hibino pour l’instant et la non-maîtrise de sa transformation en Kaiju devrait être un élément clé du scénario. Le héros est en danger permanent, en tant que Kaiju chez les tueurs de Kaijus, ce qui amène à des scènes assez tendues pour lui. De plus, on ne connaît pas véritablement le pourquoi de cette transformation, même si la bestiole qui l’infeste par la bouche prononce un Trouvé ! avant d’en faire un Kaiju, qui laisse présager que tout cela n’est pas dû au hasard. La suite pourrait donc être surprenante, si Naoya MATSUMOTO sait où il veut nous mener.

Quelques craintes légitimes

Gen Naru© by MATSUMOTO Naoya / Shûeisha

Gen Naru© by MATSUMOTO Naoya / Shûeisha

Si Kaiju N°8 peut séduire les trentenaires avec son héros qui leur ressemble, ou les plus jeunes avec une action endiablée et un peu d’humour, il flirte parfois avec la facilité. Il y a peu d’intrigues secondaires, ce qui n’est pas gênant jusqu’à présent, mais cela pourrait, à long terme, conduire à l’essoufflement de la série. Toutefois, un retournement de situation vient rebattre les cartes dès le tome 4 et ajoute un suspens bienvenu à l’histoire, et le tome 5, épique, fait dans la démesure et donne plus d’envergure à l’ensemble avec l’entrée en scène de personnages surpuissants. On y croise un certain Gen NARU, considéré comme le plus grand combattant des forces anti-kaiju… !

Notons aussi que l’esprit léger du début, avec l’activité atypique de nettoyage de carcasses de Kaijus, disparaît un peu vite pour céder sa place à des enchaînements de combats, dans la veine des shônens classiques. On adorerait en savoir plus sur cette profession trop souvent occultée dans les histoires de Kaijus.

Des points qui pourraient laisser une impression de déjà-vu aux lecteurs de mangas aguerris, mais qui ne sont en rien rédhibitoires.

Vers une adaptation en Animé ?

Rien d’officiel à l’heure actuelle, mais l’ensemble des éléments de Kaiju N°8 se prêteraient à merveille à une adaptation en animé et si la série continue à rencontrer le même succès, il serait surprenant de ne pas la retrouver à l’écran. Certaines planches du manga sont sublimes, particulièrement celles ou le Kaiju N°8 est présent, et le résultat avec une animation au niveau pourrait être grandiose.

Kaiju N°8 peut réveiller l’amateur de manga qui sommeille en vous, notamment si vous êtes de la génération du personnage principal. Sans totalement bouleverser les codes du shōnen, le titre nous embarque aux côtés d’un héros trentenaire atypique, qu’on a envie de soutenir dans la réalisation de ses rêves et d’épauler face aux changements qu’il rencontre dans sa vie. Original sur certains aspects, plus classique sur d’autres, Kaiju N°8 est une très bonne surprise dans un paysage shōnen parfois assez terne.

 

Mickael Lesage

J’ai découvert le Japon par le biais d’un tome de Dragon Ball il y a fort longtemps et depuis, ce pays n’a jamais quitté mon cœur…ni mon estomac ! Aussi changeant qu’un Tanuki, je m’intéresse au passé, au présent et au futur du Japon et j’essaie, à travers mes articles, de distiller un peu de cette culture admirable.

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