Okunoshima : l’île aux lapins

Le Japon possède son lot de sites insolites et surprenants. Ōkunoshima, à présent très connue dans le monde entier en fait partie. Sa particularité : elle est envahie de lapins (plus de 700), tous prêts à vous courir après pour de la nourriture. Très prisée des touristes aujourd’hui, elle possède une histoire particulière, lors de la Seconde Guerre mondiale. Journal du Japon vous emmène à la découverte de cette petite île d’Ōkunoshima, dirigée et habitée par nos amis aux longues oreilles !

C’est par un après-midi pluvieux que les touristes débarquent sur l’île d’Ōkunoshima et malgré le temps, tous sont heureux de découvrir cette petite île atypique. L’accueil est peut-être le meilleur qu’ils n’ont jamais connu : pas de couronnes de fleurs, pas de sourire des locaux, mais une horde de lapins super mignons qui se ruent vers eux en quête de nourriture. Les plus courageux tenteront de leur donner quelques biscuits à ce moment-là, puis continueront leur route en étant poursuivis. D’autres feront l’erreur de vider leurs paquets entiers dès le début, par enthousiasme, regrettant plus tard de ne plus rien avoir à donner aux autres. Ces personnes venues du monde entier sont bel et bien arrivées sur l’île aux lapins.

Ōkunoshima, un endroit étonnant

Située à 20 minutes en ferry de la côte, au large de la préfecture d’Hiroshima dans la mer intérieure de Seto, Ōkunoshima n’est pas grande avec sa superficie de 70 hectares. Elle se visite facilement à pied, même si un bus propose gratuitement aux touristes d’en faire le tour. Il faut compter une demi-journée, voire une journée entière pour vraiment prendre son temps et profiter de ses plages.

Photo de tarakko (Pixabay)

Tout le long du chemin, les lapins accompagnent les touristes et surgissent de nulle part. Cependant, ils se font plus rares au sommet de l’île, car les visiteurs sont moins nombreux à s’y aventurer et les rongeurs se rassemblent plutôt sur le port pour avoir accès à la nourriture en masse. C’est donc au niveau de la passerelle d’embarquement des ferries, que le « bain de lapins » est vraiment possible. Ailleurs, ils seront en bande, mais pas plus d’une dizaine à chaque fois. De plus, les lapins n’ont aucun autre intérêt pour l’homme si celui-ci n’est pas porteur de quelque chose à grignoter. En effet, ils sont semi-sauvages et ils ne recherchent aucunement les caresses.

Ōkunoshima, un passé sombre dans l’histoire du Japon

L’île, malgré sa petite taille, a joué un rôle déterminant durant la Seconde Guerre mondiale. Même si aujourd’hui elle n’est plus habitée, cela n’a pas toujours été le cas. Ici, vivait une communauté de pêcheurs et de cultivateurs. En 1925, le gouvernement japonais décide d’y installer secrètement une usine de munitions chimiques, malgré son adhésion à la convention de Genève qui bannissait l’usage de ce type d’armes. Le lieu était idéal : loin de Tokyo et éloigné des bases militaires japonaises, afin d’éviter tout soupçon.


En 1929, l’usine est opérationnelle et pour taire et cacher ses véritables intentions, les cartes comprenant l’île sont ainsi modifiées. Les habitants sont tenus à l’écart et ignorent donc ce qui se produit au pied de leur maison. Ces derniers pensent que leur usine continue la transformation de poissons. Six kilotonnes de gaz chimique, gaz moutarde et gaz lacrymogène, sortent d’Ōkunoshima. C’est une véritable hécatombe : les ouvriers et les habitants sont contaminés en grand nombre par les gaz alors que les conditions de productions sont harassantes et non sécurisées. Sans le savoir encore, le gouvernement a provoqué des milliers de cancers, à cause de l’ypérite, autre nom du gaz moutarde, hautement cancérigène.

 

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Sans connaissance et sans étude de ce gaz, de nombreuses erreurs ont été commises. En effet, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les forces alliées de l’occupation ont rejeté les gaz dans l’air, dans la mer et dans les sols, contaminant ainsi l’île entière. Ce n’est qu’après guerre, suite aux nombreux décès, que des études prouvent la toxicité des produits, entraînant la fuite des derniers habitants de l’île et un long combat pour reconnaître le statut de victimes à ces derniers, mais aussi aux ouvriers. Des aides pour les soins ont été attribuées plus tard par le gouvernement. L’île est aujourd’hui un exemple flagrant d’une mise en danger délibérée des habitants, par le mensonge du gouvernement et des dangers des gaz chimiques. Rassurez-vous néanmoins car, aujourd’hui, il n’y a plus de danger pour les touristes qui se rendent sur cette île.

L’origine des lapins

Personne ne connaît aujourd’hui les origines exactes des lapins sur l’île, mais deux hypothèses ressortent. La première serait que les lapins, cobayes des usines à gaz auraient été relâchés dans la nature à la fermeture de cette dernière. D’autres personnes pensent que des écoliers auraient relâché des lapins sur l’île en 1970. D’année en année, les lapins se sont reproduits et ne connaissant pas de prédateurs naturels sur l’île, leur nombre aurait augmenté. Des lapins domestiques ont aussi été rajoutés à cette population, ce qui donne aujourd’hui des pelages peu communs à des lapins d’élevages ou sauvages. On parle aujourd’hui d’une véritable invasion de lapins.

Ils sont nourris grâce à des bénévoles du Parc Naturel de Setonaikai, dont l’île fait partie, mais aussi – et surtout ! – par les nombreux touristes. Une seule nourriture est autorisée, en vente sur les ferries, dans les boutiques de l’île ou sur le port d’embarcation. La baisse du tourisme au Japon lors de la crise du Covid-19 a failli être fatale pour les faux rongeurs. Heureusement, les bénévoles ont pris le relais afin de maintenir la population en vie, grâce en partie à des dons provenant des campagnes de financement en ligne.

Une petite île aux points d’intérêts variés

Le musée du gaz toxique

Ouvert en 1988, ce petit musée a pour objectif de sensibiliser le public au danger des gaz toxiques. Ces derniers sont expliqués, ainsi que le passé de l’île. Des instruments des anciennes usines, des journaux et des photos sont également exposés. Certes, le musée est petit, mais il est incontournable pour comprendre les lieux dans lequel le touriste se trouve. Attention, la visite est en anglais ou japonais uniquement. Prix : 100 yens.

Les ruines

Dispersées un peu partout sur l’île, les ruines des sites de production de gaz composent la balade. Des panneaux explicatifs informent les passants sur les différents lieux :

  • la centrale électrique qui fournissait l’usine en électricité
  • la réserve d’eau de mer
  • le puit
  • les sites de stockage
  • le laboratoire de recherche
  • les batteries de canons (nord et sud)
  • l’abri antiaérien
  • l’infirmerie
  • le cimetière
  • le temple

 

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Le centre d’accueil d’Ōkunoshima

Tourné vers la faune et la flore de l’île ce centre propose de découvrir ces différents aspects présents sur l’île. Le site est intéressant pour les activités proposées aux enfants.

La plage

Située au sud de l’île, au bout du sentier, la petite plage d’Ōkunoshima saura ravir les touristes en quête de farniente. L’eau bleue invite à la baignade l’été. La plupart des touristes ne se rendent pas à cette plage, le lieu est donc tranquille et silencieux. Au bout de la plage, un phare blanc marque la pointe de l’île.

Colline du coucher de soleil

Accessible par un sentier dans les bois, la colline offre une vue magnifique sur la baie, surtout lors du coucher de soleil. C’est un endroit apprécié des personnes qui choisissent de séjourner une ou plusieurs nuits sur l’île.

La plate forme d’observation

Autre point de vue, la plate-forme d’observation est située au sommet de l’île et offre une vue époustouflante sur la baie. Le tout, accompagné par les lapins.

Dormir et manger à Okunoshima

KYUKAMURA OHKUNOSHIMA

L’unique hôtel de l’île propose un séjour haut de gamme aux touristes de passage, avec bain public, une piscine extérieure et des vélos en location. C’est aussi le seul lieu où se trouve deux restaurants : le Usanchu café et le Usanchu restaurant qui proposent des plateaux au bon rapport qualité-prix. Les chambres de style japonais sont très confortables et surtout très calmes. Prix moyen : 136 euros la nuit.

 

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Le camping d’Okunoshima

Pour les amateurs de camping, l’île possède un petit terrain où planter sa tante, avec une vue mer et des sanitaires. Il faut se renseigner auprès de l’hôtel pour les tarifs et les emplacements. Les lapins, eux, vont adorer vous faire don de leur présence lors de votre séjour !

 

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Se rendre sur l’île

Depuis la gare d’Hiroshima, prendre le bus en direction de la gare de Tadanoumi. Il est direct et plus rapide que le train régional. Ensuite, il faut marcher depuis la gare jusqu’au port de Tadanoumi, puis prendre le ferry en direction d’Ōkunoshima. Billet du ferry, aller et retour : 310 yens.

Bon à savoir

Il y a quelques règles à respecter lors du séjour sur l’île :

  • Ne pas poursuivre ou essayer d’attraper les lapins car ils sont fragiles et facilement stressés.
  • Ne pas leur donner autre chose que la nourriture vendue dans les échoppes (au port d’embarcation ou dans la boutique de l’hôtel) pour éviter les maladies.
  • Ne pas s’approcher trop des lapins lors du nourrissage et bien faire attention à ses doigts. Le lapin a les dents acérées et une mauvaise vue de près.

Enfin pour compléter votre périple, profitez-en, en prenant le train, pour aller dans la sublime ville d’Onomichi, dont nous vous parlions ci-dessous. Bon voyage !

Carnet de voyage: Onomichi, le repère des amoureux

Madeline Chollet

@mad_ctravel

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