[Interview] Rencontre avec Doria, illustratrice de yôkai !

Journal du Japon est une équipe de passionnés autour du Japon, de sa culture et de ses loisirs : ça, on vous le dit souvent. Parfois nos membres ont aussi une fibre artistique qui mérite le détour, à la hauteur de leur passion pour l’une ou l’autre des facettes du Japon. Alors, quand une grande amatrice de yôkai nous fait des illustrations vraiment chouettes sur ces monstres du folklore japonais pour notre compte Instagram, on a eu envie d’en faire un article.

Voici donc une sélection de 10 yôkai présentés en images et en mots par notre chère Doria, suivi d’un échange avec elle sur son amour pour la culture japonaise et sur son travail d’illustratrice.

Nekomata

Le Nekomata

Derrière cette apparence de chat se trouve un esprit malin et sauvage.Ce chat qui a une queue séparée en deux méprise les humains et n’hésite pas à semer chaos et terreur. Son principal pouvoir est de réveiller les morts afin de les contrôler.

Oni

Les Oni

Démon de la mythologie japonaise, cet être effrayant est le serviteur du chef des enfers. Il est vêtu d’un pagne en peau de tigre et porte des cornes aussi pointues que ses dents. Il prend un malin plaisir à terrifier et tourmenter les humains qui croisent sa route. Attention, certains Oni peuvent se montrer bienveillants et protecteurs envers les humains : il suffit de tomber sur le bon.

Futakuchi

Futakuchi-Onna

Littéralement la « femme à deux bouches », elle a un physique qui ressemble à n’importe quel être humain… mais sous sa longue chevelure se cache une autre bouche, composée de grandes dents pointues. Grâce à ses mèches de cheveux ressemblant à des tentacules, cette bouche effrayante peut attraper de la nourriture et exprimer sa colère si elle n’a pas assez mangé.

Chochin-Obake

Chochin-Obake

Jusqu’à maintenant nous nous sommes penchés sur les créatures du folklore, mais parmi les yôkai, il y a aussi une catégorie qui regroupe des objets habités par des âmes dont le Chochin-obake, qui est une lanterne en papier. Essentiellement cité pour divertir les enfants, le chochin-obake est inoffensif. Au détour d’une rue, caché entre plusieurs lanternes, il tirera la langue à celui qui croisera le regard de son unique œil.

Kasa-Obake

Kasa-Obake

Après la lanterne vivante, penchons-nous sur une ombrelle avec un œil de cyclope perchée sur une seule jambe. Le Kasa-Obake est un parapluie en papier devenu Tsukumogami, objet transformé en esprit après avoir été délaissé ou abandonné par ses propriétaires. Ce yôkai à l’esprit farceur aime s’amuser avec les passants plutôt que de les effrayer.

tengu

Le Tengu

Cette créature mythique, mi-homme mi-oiseau, se distingue par son long nez et ses ailes. Le tengu a la capacité d’effrayer et de combattre les mauvais esprits. Gare à ne pas l’énerver car il saura se montrer farceur et joueur !

Wanyudo

Wanyūdō

Ce yôkai à l’apparence d’un visage humain sur une roue de charrette enflammée effraie les pauvres qui ont le malheur de croiser sa route. Le visage de l’homme sur la roue est le visage d’un esprit tourmenté car l’apparence qu’il porte est un châtiment pour avoir été cruel et pécheur de son vivant.

Hannya

Hannya

Retour sur les démons, avec cette fois-ci l’esprit vengeur Hannya. Le fantôme de cette jeune femme revient d’entre les morts pour se venger auprès des hommes sous l’apparence d’un masque reflétant la peur et la rage, animé d’une jalousie destructrice. Ce masque à l’apparence effrayante est également très présent dans la culture japonaise à travers le théâtre et le cinéma.

Kawauso

Kawauso

Ce yôkai est la loutre des rivières. Dans le même registre que le Kitsune ou le Tanuki vu un peu plus tôt, la loutre des rivières aime tromper les humains en prenant une autre apparence.

Komainu

Komainu

Ces chiens lions, souvent représentés sous forme de statues, ont le rôle de gardien à l’entrée des sanctuaires. Leurs apparences s’inspirent des lions gardiens chinois. Leur présence à l’entrée des sanctuaires est destinée à faire fuir les mauvais esprits.

 

Et voici pour ce petit tour d’horizon, que vous pouvez compléter en nous suivant sur Instagram où, chaque semaine, Doria publie un nouveau #yokaioftheweek ! . Il est d’ailleurs temps d’en savoir plus sur notre fan de yôkai !

Rencontre avec Doria et sa famille de yokai

Journal du Japon : Bonjour Doria, et merci pour temps et tes jolies créations… Pour commencer, peux-tu nous dire quelle a été ta première rencontre avec le Japon ? 

Doria : Bonjour ! Alors je dirais que, comme beaucoup de personnes, mon attrait pour le Japon à commencer en passant par l’animation et les mangas durant mon enfance. Puis petit à petit, je me suis intéressée à la culture du pays, ses traditions. Et enfin, c’est après mon premier voyage au Japon en 2016 que j’ai pris pleinement conscience de ma passion pour ce pays et mon envie à vouloir combiner mon travail avec la culture japonaise . 

Et les yôkai, comment les as-tu découvert et qu’est-ce qui te plaît chez eux ?

Le folklore et tout ce qui touche aux mythes des différents pays m’ont toujours fascinés. Je suis tombée sur un dessin de Shigeru MIZUKI, un pilier dans la représentation des yôkai. Ces créatures m’ont directement fait penser aux Alebrijes, ces créatures du folklore mexicain. Les yôkai sont très présents dans la culture populaire japonaise et il y a un telle étendue de monstres différents que cela englobe aussi des objets, des fantômes ou même des animaux que je me suis mise à faire plein de recherches sur eux. Moi qui aime dessiner des êtres fantastiques, j’ai l’embarras du choix avec toutes ces créatures.

Alebrijes

Un alebrije, musée des arts africains, océaniens et amérindiens à la Vieille Charité de Marseille.

 

Quel est ton yôkai préféré ? 

C’est un choix difficile mais le premier qui me vient en tête est le Tengu… Je  pense avoir plusieurs versions de lui dans mes dossiers depuis quelques années, à force de le dessiner. J’aime lui donner un côté mi-humain mi corbeau. Retranscrire ce côté farceur est une chose qui me plaît chez lui quand je le dessine. 

Tengu

Représentation du démon Tengu par Antonio J. Manzanedo (à gauche) et Ai Tatebayashi (à droite)

Comment fais-tu pour les sélectionner ? il y en a tellement ! 

C’est vrai qu’il y en a tellement que ça deviendrait presque impossible de tous les nommer. Personnellement, je divise ma liste en deux : avec d’un côté, les yôkai les plus connus que j’essaye d’alterner avec des esprits qui le sont un peu moins. Après, c’est aussi une question d’inspiration. Pour certaines illustrations, je peux avoir l’idée du design que je souhaite faire directement. Tandis que pour d’autres, ça va être une question de recherche avant de sélectionner celui qui m’inspire le plus.

Graphiquement, comment construis-tu tes illustrations ? Quelles sont tes sources d’inspiration ? 

Pour le dessin, je fonctionne avec le même style de composition sur toute la série pour que celle-ci soit cohérente. Tout d’abord, je vais sélectionner le yôkai et ensuite, je vais faire plusieurs croquis au crayonné. Le plus important, c’est de ne pas se limiter à une seule idée. J’en fais minimum trois et ce, jusqu’à ce que je trouve le bon. Ensuite, quand mon dessin est prêt, je passe à la couleur qui, je pense, me prend le plus de temps pendant toute la durée du travail. 

Concernant mes inspirations, j’aime le travail de Sempé en matière de  composition, les aquarelles de Mateusz Urbanowicz en terme de couleurs, le mangaka Shigeru MIZUKI et l’illustratrice Zao Dao qui fait un travail  incroyable à l’encre de Chine… Il y a aussi une grande partie des réalisateurs japonais comme MIYAZAKI, OSODA et OKIURA pour leurs univers poétiques et surnaturels. 

yokai Mizuki

Yokai par Shigeru MIZUKI, dans Yokai, aux éditions Cornélius

Comment en es-tu venue à l’illustration d’ailleurs ? Quel est ton parcours ? 

Alors le dessin a toujours été une passion depuis que je suis petite : je griffonnais à peu près partout où je pouvais. Après mon bac, j’ai fait une école de mode pour devenir costumière mais à force de dessiner, je me suis rendue compte que la conception de vêtements ne m’intéressait plus tellement et que je souhaitais juste faire du dessin. J’ai ensuite intégré une école d’art graphique où j’ai pu acquérir des bases dans la bande dessinée, le concept art et l’illustration, une filière où j’ai souhaité me spécialiser et enfin être diplômée en 2019. Ce qui me plaît dans l’illustration, c’est avoir la possibilité d’être dans différents secteurs même si celui qui me tient le plus à cœur est le secteur des livres jeunesse.

Tu le disais plus haut : tu travailles beaucoup la couleur et on voit certaines associations dans tes travaux. Comment les choisis-tu ? 

La couleur a une place très importante dans le rendu final de mes illustrations, en effet. C’est quelque chose qui se ressent énormément dans mon travail. Quand je fais une série de plusieurs dessins sur un même thème, il faut qu’il y ai une certaine homogénéité. Pour les yôkai, je suis partie sur une base de deux couleurs par illustration et à partir de ces couleurs, je vais mélanger les teintes afin d’avoir un résultat qui capte l’attention dès le premier regard. C’est pourquoi j’aime jouer avec la saturation des couleurs tout en apportant de la douceur. 

Si jamais, via tes illustrations, certains de nos lecteurs auraient envie d’en savoir plus sur les yôkai, aurais-tu un ou des livres à recommander ? 

Après l’avoir cité deux fois, je suis obligée de parler de Shigeru MIZUKI et de son livre Dictionnaire des Yokai qui est une véritable pépite si les lecteurs souhaitent en savoir plus sur ce sujet. Du côté des artistes français, je  conseille Un monde flottant : Yôkai et Haikus de Nicolas de Crécy et Histoires de fantômes du Japon de Benjamin Lacombe, deux artistes avec un style unique et qui ont tous les deux sublimés les yôkai. 

C’est noté. Encore une fois merci pour ton temps et tes illustrations !

Merci à toi de pouvoir me faire partager ma passion des mythes et légendes auprès des lecteurs.

Retrouvez chaque semaine les créations de Doria sur notre compte Instagram et retrouvez-là elle aussi directement sur son compte !

Paul OZOUF

Rédacteur en chef de Journal du Japon depuis fin 2012 et fondateur de Paoru.fr, je m'intéresse au Japon depuis toujours et en plus de deux décennies je suis très loin d'en avoir fait le tour, bien au contraire. Avec la passion pour ce pays, sa culture mais aussi pour l'exercice journalistique en bandoulière, je continue mon chemin... Qui est aussi une aventure humaine avec la plus chouette des équipes !

2 réponses

  1. Philippe ALLEAUME dit :

    J’aime bien le contenu,,,MAIS QUE FAUTES! participe passé, accord du participe passé, vocabulaire (« étendard »), marque du pluriel, etc. J’arrête-là ma lecture [à peine le deuxième paragraphe entamé]
    Je me moque de passer pour psychorigide, quand on cause Culture, c’est du Respect envers l’Autre et pour soi-même qu’il est question.
    Engagez un prote, ne vous reposez pas sur les robots correcteurs!
    À la prochaine!

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