Je veux manger ton pancréas : une rencontre comme un rêve de printemps

Indubitable succès dans le monde de la Japan culture, Kimi no Suizo wo tabetai a été l’un des films d’animation les plus populaires de la fin de saison 2018 au Japon. L’adaptation du light novel de Yoru SUMINO et IOUNDRAW ayant su trouver son public, il a pu bénéficier de nombreuses avant-premières en France durant la saison Hanabi 2019 et le DVD/BluRay vient de sortir chez All the Anime.

Abordant un thème fort et difficile tout en délicatesse, Je veux manger ton pancréas a su se hisser au top des animes dramatiques de l’année 2018/2019.

Figure 1 ©2018 Sumino Yoru/Futubasha/Kimisui Project

©2018 Sumino Yoru/Futubasha/Kimisui Project

Sous un ciel de printemps…

L’histoire de Je veux manger ton pancréas (Kimi no suizo wo tabetai  pour le titre original japonais) commence avec une publication en format oneshot du light novel en juin 2015. En février 2017, une adaptation manga en deux tomes est publiée chez le même éditeur avec Izumi KIRIHARA au dessin.
En automne 2018, Je veux manger ton pancréas a eu droit à une adaptation animée par le studio VOLN. La diffusion dans les salles obscures japonaises a lieu à partir de septembre 2018 tandis qu’en France, l’avant-première est organisée en mai 2019 par Art House un peu partout dans l’Hexagone. Enfin, le 6 novembre 2019, le light novel et le manga sont publiés en France chez Pika Edition.

Avec son titre énigmatique, Je veux manger ton pancréas aborde le terrible sujet de la maladie durant l’adolescence. Haruki SHIGA est un rat de bibliothèque qui est profondément détaché du monde auquel il appartient. Il n’a aucun intérêt pour les autres et est fermement convaincu que personne n’a d’intérêt pour lui non plus. Sa vie bascule le jour où, en se rendant à l’hôpital, il découvre dans la salle d’attente le journal intime d’une de ses camarades de classe, Sakura YAMAUCHI. Cette dernière lui révèle alors qu’elle est atteinte d’une rare déficience du pancréas et qu’il lui reste peu de temps à vivre, sa maladie étant en phase terminale. Seule sa famille est au courant et personne d’autre, pas même ses meilleures amies, ne savent ce qu’elle vit. En dépit de cette révélation choquante, Haruki ne montre aucune empathie mais, pris dans le flot de la vivacité et la perspicacité de Sakura qui ne le lâche pas, il finit par accepter de l’accompagner pour ses derniers jours sur Terre.

… autour de Sakura

©2018 Sumino Yoru/Futubasha/Kimisui Project

©2018 Sumino Yoru/Futubasha/Kimisui Project

Dans la lignée de A Silent Voice, le thème de la maladie apparaît dès le début du film, recouvert ici d’un léger nuage d’insouciance caractéristique de l’adolescence. Cependant plus que le film A Silent Voice, Je veux manger ton Pancréas se rapproche davantage de Your Lie in April à travers la protagoniste féminine, malade, certes, mais aussi moteur de l’histoire et qui fait évoluer le protagoniste masculin. Les héroïnes des deux films se positionnent en accompagnatrices d’un retour à la vie pour Your Lie in April et d’une éclosion à la vie pour Je veux manger ton pancréas, interrogeant ainsi d’un côté les difficiles questions sur les derniers moments ou actes à accomplir avant de partir, et peut-être de l’héritage que l’on laisse une fois parti, et déclarant de l’autre un amour beau et sincère à la vie. Yoru SUMINO, l’auteur de Je veux manger ton pancréas passe par le biais de la combinaison maladie/insouciance qui caractérise Sakura pour à la fois nous faire avaler cette pilule amère d’une mort annoncée mais aussi nous entraîner, aux côtés d’Haruki, portés par la joie de vivre de la jeune fille. Mais c’est surtout le récit d’une générosité incroyable que nous raconte ce film.

Yamauchi Sakura ©2018 Sumino Yoru/Futubasha/Kimisui Project

Sakura YAMAUCHI ©2018 Sumino Yoru/Futubasha/Kimisui Project

Effectivement Sakura Yamauchi, est une lycéenne très sociable, entourée d’amis et populaire auprès des garçons ce qui lui permet de cacher sa maladie aux yeux des autres. En nommant son personnage Sakura (桜), Yoru Sumino lui donne une certaine profondeur. En effet, au Japon les fleurs de cerisier symbolisent la vie belle et éphémère, mais aussi le renouveau et l’évolution. L’auteur joue sur ces trois caractéristiques du Sakura pour construire son personnage, en lui donnant un caractère jovial malgré sa maladie et une véritable pugnacité à vouloir voir Haruki évoluer. L’introduction de la jeune fille dans les premières scènes permet d’amener le côté dramatique de l’histoire de manière assez frontale, puisque dès le début elle annonce à Haruki sa maladie, pour le dégoupiller, ou dédramatiser, aussi rapidement. A l’opposé de Kaori Miyazono dans Your Lie in April qui, sans parler de sa maladie, va créer un lien très fort avec Kôsei Arima et l’aider à renouer avec la musique, c’est le partage de ce secret qui va lier nos deux protagonistes dans Je veux manger ton pancréas et permettre à Haruki, grâce aux moments d’amitié partagés àavec Sakura, de sortir de sa coquille, tandis que cette dernière trouve dans le jeune homme quelqu’un sur qui elle peut se reposer lors de ses séjours à l’hôpital et pendant ses moments de doute.

Shiga Haruki ©2018 Sumino Yoru/Futubasha/Kimisui Project

Haruki SHIGA ©2018 Sumino Yoru/Futubasha/Kimisui Project

Si c’est Sakura qui déclenche les actions et réactions dans l’histoire, Yoru Sumino nous la partage à travers Haruki Shiga dont le côté introverti et renfermé contrebalance le côté extravertie et populaire de Sakura, offrant ainsi une peinture des deux facettes de la vie d’adolescent. Comme pour son personnage féminin, l’auteur s’inspire une nouvelle fois de la belle saison pour nommer son personnage masculin : en effet, on retrouve dans le prénom d’Haruki, Haru (春) qui signifie printemps en japonais, saison qui symbolise dans de nombreuses cultures le renouveau, une expansion, l’ouverture voire même l’échange et la communication. Haruki et Sakura, vont ainsi s’ouvrir l’un à l’autre, Haruki étant le seul à qui Sakura se confie tandis qu’à travers elle, le jeune garçon prend goût à la vie, apprend à rire et commence à aller vers les autres… Et tous les deux se dirigent vers une nouvelle étape de leur vie dans de fabuleux décors de cerisiers en fleurs qui offrent au printemps le plus bel écrin à la place qu’il occupe dans l’œuvre.

Une si douce animation

©2018 Sumino Yoru/Futubasha/Kimisui Project

©2018 Sumino Yoru/Futubasha/Kimisui Project

Le studio VOLN réunit un staff assez prestigieux pour l’adaptation de Je veux manger ton pancréas. A la réalisation et aux storyboards Shinichiro USHIJIMA (Highschool of the Dead, One Punch Man, Death Parade) utilise son expérience pour mettre en avant la dimension dramatique présente dans l’histoire en décrivant par touches aussi douces et discrètes que tristes et réalistes la gestion du cancer du pancréas. Mais ce qui fait la force de Je veux manger ton pancréas est la coexistence de ce côté dramatique à d’un côté slice of life (tranche de vie) rendue possible grâce au travail de direction de l’animation de Yuichi OKA (d’après le travail original de IOUNDRAW). Le résultat est un mélange équilibré des deux côtés pour que chacun d’eux soit mis en avant le moment voulu. Pour preuve, la séquence d’escapade d’Haruki et Sakura, légère et joyeuse, durant laquelle, et grâce à une bonne transition, Yuichi OKA remet en perspective la difficile réalité de la situation que le duo vit avec la maladie de Sakura qui refait surface. Cela  fait penser à Eromanga-sensei, anime sur lequel il occupait le même poste et où se retrouve ce travail de transition en plus d’un travail particulier sur les couleurs visible aussi sur Je veux manger ton pancréas avec des tons clairs ou acidulés pour les séquences douces et des tons plus sombres ou ternes sur les séquences tristes. Ajoutons à cela, le soin apporté à la profondeur de champ marquée par des éléments qui non seulement structurent le cadre mais renforcent la position des éléments dans ce dernier.

 ©2018 Sumino Yoru/Futubasha/Kimisui Project

©2018 Sumino Yoru/Futubasha/Kimisui Project

Sur le plan musical Je veux manger ton pancréas se distingue en alliant ancien et nouveau puisqu’il associe l’expérience de Shoji HATA au jeune groupe Sumika. Le premier arrive à parfaitement combiner une musique à chaque thème du film, en particulier durant les moments forts qui nous rappellent l’accompagnement musical de The Ancient Magus Bride. En parallèle, on trouve une certaine fraîcheur avec les nombreuses interprétations du nouveau groupe Sumika qui arrive à retranscrire la mélancolie et la douleur présentes dans l’histoire, le tout avec un certain ton aux différents moments forts du film.

 

C’est en traitant de sujets forts et de moments clés qu’un individu croise durant son existence comme la maladie, l’amitié, la mort ou l’adolescence, et avec une excellente animation, accompagnée de magnifiques musiques, que Je veux manger ton pancréas s’inscrit dans la lignée de A Silent Voice et Your Lie in April, en célébrant la vie, le moment présent et la connexion aux autres dans tout ce qu’ils ont de joyeux comme de tristes. Pour cela, le film mérite toute notre attention.

1 réponse

  1. Chellik fadila dit :

    Ça a l’air sincère et sans aucun intérêt comme amitié dans cette histoire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *