Interview avec LAZYgunsBRISKY : Tout pour le rock

Les LAZYgunsBRISKY étaient en concert au bar de La Féline à Paris le 25 mai à l’occasion d’une tournée en France qui vient de commencer. Les quatre jeunes musiciennes nous ont joué les morceaux de leur nouvel album major 26 times, représentatif d’une attitude mature mais pas sage pour autant.

LAZYgunsBRISKY en concert au bar de La Féline à Paris © Photo Céline Maxant

Les LAZYgunsBRISKY, des musiciennes généreuses, accessibles et explosives, n’ont qu’une vingtaine d’années mais proposent déjà un rock abouti, plus que beaucoup de groupes de cette génération, véhiculant un message de liberté et de créativité. Pendant une bonne heure, les artistes ont fait de la pièce exiguë qui les a accueilli une grande scène de rock. « Une performance live, c’est exprimer mes propres sentiments à ce moment là. Et en voyant ça, que le public puisse ressentir librement de la joie ou de la tristesse », raconte Izumi, la guitariste du groupe. On ne saura pas comment chacun a intimement vécu ce concert, mais une chose est sure, on a tous et toutes fini en sueur, vidés de notre énergie et ravis ! Et le concert n’a fait que nous donner envie d’en savoir plus. Après un show si dynamique, difficile de quitter les lieux. Nous voilà finalement tous à prendre un verre avec les musiciennes, profitant de l’ambiance du bar et de la douceur d’une soirée de mai. Pendant que la trentaine de personnes ayant fait le déplacement est encore en effervescence, nous avons pu poser quelques questions à cette charmante formation rock.

Biographie : Lucy (chant), Izumi (guitare), Azu (basse), et Moe (batterie), se sont rencontrées au lycée, période pendant laquelle elles ont monté leur groupe, les LAZYgunsBRISKY. Adepte du grand rock (Nirvana, LedZepplin, Rolling Stones…), elles ont sorti un premier album indie quixotic (July Records) en avril 2008. En décembre de la même année, Kenichi Asai (ex. BLANKEY JET CITY) devient leur producteur. Elles signeront alors leur premier mini-album major Catching! chez Babestar Lebel. En juillet 2009, elles sortent leur 2e mini-album major 26 times chez Flyingstar Records, toujours sous la coupe de Kenichi Asai. Elles sont représentées par le label Spark & Shine sur le territoire européen.

Les artistes du groupe LAZYgunsBRISKY © Photo Céline Maxant

Journal du Japon : C’est la première fois que vous vous produisez en France, pouvez-vous nous présenter le groupe et ses origines ?

Azu : Nous sommes un « girls rock band », un groupe de rock composé de 4 filles et né au Japon, il y a maintenant 3 ans.
Moe : Nous nous sommes rencontrées dans un club de musique (groupe de « easy listening ») au lycée. Avec Azu, Izumi et une chanteuse, remplacée par Lucy en cours de route, nous avons formé le groupe.
Azu : C’était lors de l’hiver de notre deuxième année de lycée que le groupe a trouvé son line-up actuel. Ensuite, nous nous sommes séparées une fois, pour divergences d’aspiration, avant de se reformer l’été de notre troisième année de lycée.

JDJ : Votre nom de scène est composé de plusieurs mots qui n’ont pas de rapport les uns avec les autres, quelle est, pour vous, sa signification ?

Lucy : Nous avons choisi d’utiliser le terme « guns » (arme à feu) en référence au groupe Guns N’Roses, dont nous sommes fans. Nous voulions également utiliser le mot « LAZY » (feignant), qui exprime une idée de « lassitude ». Nous avons relié les deux avec le mot « BRISKY », créé à partir de « brisk » (vif), l’antonyme de « LAZY ». Nous avons en fait mélanger des mots que nous aimions bien, mais ça n’a pas de sens particulier.

« Le rock’n roll n’est pas mort ! »

JDJ : Dans vos compositions comme sur scène on vous sent particulièrement libre, quel est le message que vous souhaitez transmettre à travers votre musique ?

Moe : Qu’on ne doit pas laisser tomber les autres. (Que les gens doivent se soutenir les uns les autres ? Ne pas se laisser tomber, ndlr).
Izumi : Je suis heureuse quand les gens ressentent quelque chose en écoutant la musique de LAZY. Il suffit que chacun se sente libre à sa manière.
Azu : Que le rock’n roll n’est pas mort ! Et plus on prendra de l’importance, plus on va le renforcer !
Lucy : La musique change les gens, elle change la vie. Ça serait bien que notre musique encourage les autres.

JDJ : Comment définiriez-vous votre univers musical ?

Moe : C’est du rock’n roll !
Izumi : Une musique qui déborde d’amour et de sentiments libres.
Azu : Une musique à travers laquelle s’expriment des émotions, des sentiments.
Lucy : Mais est-ce qu’on peut vraiment le définir ? Je ne préfère pas. La meilleure façon de la définir c’est nous, les personnes qui font cette musique.

BLANKEY JET CITY

JDJ : Vous parler de rock’n roll, qui/quelles sont vos principales influences musicales ?

Moe : Les Beatles, Blankey Jet City (Kenichi Asai, devenu leur producteur, ndlr)
Izumi : Les Beattles, les Rolling Stones, Led Zeppelin, la musique des années 60 et 70. La première fois que j’ai entendu LedZep, j’ai trouvé ça tellement classe que ça m’a fait un choc.
Azu : Le grand rock des années 60 à 90, le punk. On pourrait dire que ça correspond au garage, mais pour moi, le terme colle plus à l’héritage Nirvana (le grunge, ndlr). En ce qui me concerne, j’aime tout particulièrement tout ce qui touche au métal de la côte Ouest des États-Unis (L.A).
Lucy : Principalement de la culture des 60. La musique, les hippies, le rock. Même le hip-hop. Au niveau de la voix, Deborah Harry de Blondie.

JDJ : Qu’est-ce qui vous a poussé à faire de la musique ?

Moe : Il n’y a pas de raison particulière qui nous ait poussées à le faire. Par contre, le plaisir qu’on retire de notre rapport à la musique était une raison de ne pas arrêter. On voulait en faire notre moyen de subsistance (on voulait vivre de ça).
Izumi : Depuis toute petite, il y avait constamment de la musique autour de moi. J’adorais le son des guitares, des basses, de la batterie, c’était agréable.
Azu : Je n’aimais pas du tout mon environnement. Et il n’y avait qu’avec le groupe que je me sentais libre.
Lucy : Il n’y a pas de raison qui m’ait donnée envie de faire de la musique au départ. Cependant maintenant, je veux faire de la musique car je veux transmettre ce que je pense et ressent. Une envie constante de monter sur la prochaine scène.

JDJ : Depuis la formation du groupe, qu’avez-vous appris les unes des autres ?

Moe : La façon d’écouter la musique, de la faire écouter. Ce qu’il y a de terrifiant et de merveilleux chez les gens.
Izumi : J’ai pu découvrir tout un tas de super groupes, et surtout, elles m’ont fait sentir l’importance des rapports humains.
Azu : Oui, les bons comme les mauvais côtés des relations humaines. Au départ, je pensais qu’on avait juste à faire de la bonne musique mais je me trompais. Tant mieux d’ailleurs, parce que ça renforce le groupe. Par contre, ça peut aussi le détruire.
Lucy : Le fait de se confronter sérieusement au son, et apprendre toutes ensemble. L’amour de la musique.

Lucy est déchaînée © Photo Céline Maxant

JDJ : Votre tournée ne fait que commencer, avec quel état d’esprit abordez-vous les concerts en France et en Suisse ?

Moe : On espère qu’on aura la chance de toucher ces gens qu’on ne connaît pas avec notre musique. Et aussi, qu’on arrivera à faire passer ce que nous sommes.
Izumi : Comme c’est notre première fois en France et en Suisse, il y a un peu d’inquiétude, mais en fait je suis surtout excitée ! J’ai totalement confiance en moi et je veux donner 100% de mes capacités.
Azu : Je pourrais mourir sans regret ! (Rires) L’important c’est d’abord d’en retirer quelque chose pour moi. J’ai aussi hâte de rencontrer le public français.
Lucy : On veut en faire une tournée excitante. Nous ressentons nous même de l’excitation par ce qu’on voit, les rencontres… c’est excitant !

JDJ : Sur scène vous êtes déchaînés, on vous sent dans votre élément, quel est votre conception de la performance live ?

Moe : Que ça rende bien, quelque soit la manière ou l’endroit d’où on y assiste.
Izumi : Pour moi, une performance live, c’est exprimer mes propres sentiments à ce moment là. Et en voyant ça, que le public puisse ressentir librement de la joie ou de la tristesse.
Lucy : Créer une réalité qui sort de l’ordinaire, quelque chose d’extraordinaire. De réel. (contradictoire ?, ndlr)

JDJ : Est-ce que vous pouvez nous parler de votre album 26 times ?

Moe : Le concept de 26 times, c’est « le rythme et le beat ». On veut que les gens qui écoutent l’album se mettent à danser devant leur lecteur CD.
Azu : Déjà, on voulait élargir notre palette musicale. Par exemple, voilà ce que ça donne si nous, nous faisons du dance rock. Ou encore du blues, etc. Mais pour l’instant, je pense que c’est pas vraiment au point. À ce niveau là, il s’agissait plus pour nous d’un essai. C’était l’occasion !

JDJ : En quoi est-il différent de votre album précédent ?

Moe : Les chansons sont plus variées. À mon sens, les différentes chansons de 26 times peuvent être classées dans tout un tas de genres différents. Il y a bien un message cohérent tout au long de l’album, cependant, on peut écouter plusieurs fois n’importe quelle chanson sans se lasser.
Izumi : Chacune des 8 chansons apporte une ambiance différente et chacune s’exprime fortement. Nous y avons mis nos sentiments du moment minutes après minutes, secondes après secondes.
Lucy : Les paroles évoquent ce sentiment d’observer la lumière depuis les ténèbres. Ce scintillement quand on entrevoit l’espoir. Et il y a plus de rythme et de beat. L’album est imprégné de notre propre rythme.
Izumi : La différence avec le précédent album est qu’on a vite pu tenter de nouvelles choses, comme ajouter des percussions et du clavier.
Azu : Oui, nous avons essayer d’y mettre de nouvelles choses. Mais bon, peut-être que certains s’attendent à retrouver le style de Catching! et penseront que le style de ce dernier était plus cohérent et plus abordable ?!

JDJ : Quel est le message que vous cherchez à faire passer avec les morceaux Navy Star et Liar, titres phares de votre album ?
Lucy :
Navy Star parle d’une étoile qui s’est arrêtée de briller. En fait, elle voudrait briller mais ne sait pas comment faire. En réalité, tout le monde a peur. C’est ce que pensent vraiment les gens, leurs véritables sentiments. Liar, vient de mon écœurement à l’égard de tout ceux qui appellent rock n’roll ce rock artificiel qui n’en a que le nom (elle utilise le terme « kuso », pour « pourriture », « merde », ndlr). Dire que c’est du rock alors qu’on a rien de rock dans le cœur, est-ce que ce n’est pas mentir ?

JDJ : Avez-vous rencontré des difficultés sur la réalisation de cet album ?

Moe : Faire comprendre au producteur notre vision du monde, l’univers qu’on voulait créer à travers la chanson Sneaky par exemple (une invitation à sortir des conventions et à se lâcher, créer, sentir la musique, ndlr), et aussi créer cet univers. Ça a été très difficile !
Izumi : Sur Liar, quasiment aucune guitare n’est doublée, il n’y a pas non plus de refrain et chaque partie correspond à une personne et c’était difficile de créer une musique simplement, classe, avec une structure aussi simple. On s’y est aussi repris à plusieurs fois pour le solo de guitare. C’est donc devenue une chanson sur laquelle on a beaucoup médité.
Azu : Les arrangements. On était aussi un peu ric rac au niveau du temps… Et puis ajouter la dernière touche au riff de guitare.
Lucy : L’enregistrement a pris du temps. Pour Now, où le débit de parole est très rapide, il a fallu s’y reprendre à plusieurs fois, et une fois que le mixage était fini, la chanson ne sonnait pas bien et il a fallu la ré-enregistrer.

Lucy monte sur la batterie de Moe © Photo Céline Maxant

JDJ : Pour finir, auriez-vous un message à l’attention du public français ?

Moe : On vient pour faire un live du tonnerre, alors j’espère que le courant passera entre nous.
Izumi : Ne vous contentez pas d’écouter notre musique, venez aussi aux concerts ! Il y a des choses que vous ne pourrez ressentir qu’en live.
Azu : Merci pour votre soutien ! Nous sommes heureux de pouvoir enfin aller à l’étranger. On va vraiment s’arracher pour vous faire un super show et on espère que vous vous éclaterez ! (Littéralement, c’est plus : « Comme on va vraiment faire un super show, amusez-vous bien, prenez votre pied ! », ndlr)
Lucy : J’ai entendu dire que la France était un pays où beaucoup de gens aimait la musique. Éclatez-vous !

Pour aller plus loin :
lazygunsbrisky.com
myspace.com/lazygunsbrisky

Propos recueillis par Céline Maxant avec David Amelin et Pascal Voglimacci (traduction)

Céline Maxant

En créant le magazine Journal du Japon en 2008, je cherchais à valoriser la culture populaire japonaise auprès du grand public. Je souhaitais aussi mettre en avant les pratiques artistiques amateurs autour du manga et de l'animation comme le cosplay, et à faire vivre les événements aux passionné.es via des articles de presse et des reportages photos.

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