Interview avec le cinéaste Ryô Nakajima

Le jeune réalisateur japonais Ryô Nakajima s’est lancé dans l’adaptation cinématographique du roman Switch wo osu toki de Yûsuke Yamada. Le long-métrage When I Kill Myself raconte l’histoire de six jeunes enfermés depuis quinze ans pour les besoins d’une recherche gouvernementale sur le suicide dont le quotidien va être encore plus bouleversé avec l’arrivée d’un nouveau surveillant. Présenté en compétition au Festival Kinotayo 2011, nous avons pu rencontrer le cinéaste par le biais de cet évènement.

Ryô Nakajima au Festival Kinotayo © Photo Lauréline Lalau

Journal du Japon : Bonjour. Le public français vous connait peu, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Ryô Nakajima : Bonjour, je m’appelle Ryô Nakajima et j’ai 28 ans. J’ai commencé à faire des films à 20 ans tout d’abord dans le cinéma indépendant avec des acteurs, des producteurs et des équipes techniques indépendantes. Mes films ont été projetés dans des festivals au Japon comme le Festival Pia où ils ont bien marché (This World of Ours a été récompensé par 3 prix en 2007, ndlr).

C’est grâce à ça que je me suis fait remarquer et que j’ai pu tourner des films commerciaux dès l’âge de 24 ans. When I Kill Myself est mon troisième film de ce genre. Je n’ai cependant jamais étudié le cinéma à l’université, ni été assistant de réalisateur, car ce sont des cursus très spécifiques. J’ai dû apprendre sur le tas.

Erena Mizusawa (Masami Takamiya) dans le film When Kill Myself

Connaissiez-vous le Festival Kinotayo avant que votre film y soit projeté ?

Pas du tout.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez appris que When I Kill Myself avait été retenu par le jury ?

C’est le festival qui m’a contacté et j’ai été ravi en apprenant que mon film avait été sélectionné. Mais j’étais surtout curieux de voir la réaction du public français car When I Kill Myself est un film qui décrit les jeunes japonais et leur propre sensibilité.

Vous avez assisté à la projection de votre film hier (le 25 novembre à la MCJP) et vous avez pu parler avec le public. Comment s’est passé cette rencontre ?

Cette rencontre m’a encouragé. J’ai pu rencontrer des spectateurs et des journalistes qui m’ont dit qu’ils avaient été émus par mon film. Je me suis rendu compte que les publics français et japonais partageaient la même sensibilité bien que les spectateurs japonais soient plus concernés par la logique du film. Au début j’avais un préjugé vis-à-vis du public français, alors quand j’ai assisté à la projection de Someday (réalisé par Junji Sakamoto, ndlr) et que j’étais au milieu du public, j’ai vu comment il réagissait, riait en regardant le film et comment il était ému par ce qu’il voyait. Ça a complètement brisé mon préjugé de départ.

Yohei Minami (Keisuke Koide) dans le film When I Kill Myself

Qu’est-ce qui vous a poussé à réaliser le film When I Kill Myself ?

À la base c’est une productrice qui a eu l’idée de cette adaptation et l’acteur principal Keisuke Koide a ensuite été choisi pour interpréter un rôle (le surveillant Yohei Minami, ndlr). Comme tous les deux connaissaient et appréciaient mes films, ce sont eux qui sont venus me demander de réaliser ce film.

Comment s’est déroulé le travail d’adaptation ? Avez-vous travaillé avec Yûsuke Yamada l’auteur de l’œuvre originale ? Était-il sur le plateau de tournage avec vous ?

L’auteur n’a pas pu venir, tout d’abord car il habite loin de Tôkyô, à Kyûshû. Ensuite, comme beaucoup de ses livres ont déjà été adaptés au cinéma, il se montre très flexible. Il est connu pour accepter qu’il y ait des modifications dans les scénarii se basant sur ses récits.

« Ce qui est représentée dans le film c’est la souffrance psychologique. »

Votre film explique que c’est lorsque l’on perd espoir que l’on se suicide. Pensez-vous que c’est la seule raison à un tel acte ?

Je pense qu’il y a beaucoup de raisons au suicide et que les plus fréquentes sont la pauvreté et les problèmes de santé. Je pense que le film ne reflète pas cette réalité. Il y a un décalage entre le film et la réalité qui empêche un peu la compréhension du film.

Dans le film les enfants sont coupés de leur famille et de la société. Comment peut-on recréer le contexte du suicide sans ses éléments ?

Ce qui est représentée dans le film c’est la souffrance psychologique. Comme c’est un film commercial j’avais des contraintes vis-à-vis de l’œuvre originale et je n’ai donc pas pu faire le lien avec la réalité comme je l’aurais souhaité.

Vous avez aussi réalisé des films indépendants avec des scénarii originaux. La réalisation est-elle plus facile ? Avez-vous une préférence ?

C’est une question difficile. Je pense que de manière générale il y a un problème avec l’adaptation dans le cinéma japonais. En ce qui me concerne, et en ce qui concerne ce film, j’ai travaillé avec le scénariste et cela m’a permis d’inclure un peu mes idées dans le scénario malgré les contraintes.

Quels sont vos projets futurs ?

Je ne fais pas du cinéma pour l’argent mais pour faire passer un message aux spectateurs, leur donner une direction. Au Japon, When I Kill Myself est sorti en septembre 2011 et peu après les premières projections j’ai reçu une lettre d’un spectateur qui vit à Fukushima. Il m’expliquait que là-bas les enfants devaient toujours porter sur eux un instrument de mesure de radioactivité et qu’ils devaient surveiller le taux de radiation qu’ils recevaient. Il m’a aussi expliqué que malgré l’atmosphère sombre du film, il avait retrouvé un peu d’espoir à la fin. Ça m’a beaucoup touché.
Pour la suite de ma carrière j’aimerais travailler à briser les barrières entre les gens. Par exemple, j’ai comme projet de faire un film avec un photographe aveugle et faire en sorte que même les handicapés puissent aller le voir. J’aimerai aussi faire un film pour les handicapés et ceux qui ont du mal à entendre.

Bonne continuation pour ce beau projet et merci pour vos réponses.

Propos recueillis par Lauréline Lalau

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