Higurashi No Naku Koro Ni : Les cauchemars d’une nuit d’été

© 2006 Ryuukishi07 / Higurashi No Naku Koro Ni・Production Committee

Force est de constater que l’horreur est un genre dans lequel l’animation japonaise s’aventure au final réellement peu. Du coup les quelques rares représentants n’en passent que moins inaperçus : on pense ici à des titres comme Shi Ki, Le Portrait de la Petite Cosette, Le Roi des Ronces ou bien encore, et c’est ce qui nous intéresse ici, la saga des Higurashi No Naku Koro Ni. À la base un sound novel ayant remporté un véritable succès dans le milieu amateur, son adaptation animée effraie et met mal à l’aise les férus d’animation japonaise depuis 2006…

Bienvenue dans le club de jeu de société © 2006 Ryuukishi07 / Higurashi No Naku Koro Ni・Production Committee

Nous sommes en 1982 et après des années de vie citadine, la famille Maebara prend la décision de déménager dans le petit village campagnard d’Hinamizawa. Pour leur fils, Keichi, c’est un changement radical de style de vie : par exemple, fini le grand lycée, remplacé ici par une école à classe unique où il fait très vite connaissance des très rares adolescentes de son âge… avec qui il s’entend d’emblée à merveille, rejoignant même le très huppé club de jeu de société de l’école ! Rajoutez les paysages magnifiques du village et la gentillesse naturelle des habitants du village, et inutile de dire que pour Keichi, Hinamizawa devient progressivement un paradis sur Terre.

Que de mystères… © 2006 Ryuukishi07 / Higurashi No Naku Koro Ni・Production Committee

Mais évidemment, tout cela est trop beau pour être vrai. Quand un homme est tué et que sa compagne disparaît, peu à peu l’histoire macabre du village apparaît à lui. Une malédiction qui toucherait chaque année deux personnes, qui se retrouveraient volatilisées ou tuées ? Une histoire d’ouvriers de barrage massacrés et démembrés ? Ses amies qui commencent à éviter les questions gênantes sur leur passé ? Des mystérieux personnages qui semblent vouloir sa mort ? Avant qu’il ne s’en rende compte, le paradis sur terre de Keichi n’est plus…

Tous mes amis sont morts

Que cache Rena ? © 2006 Ryuukishi07 / Higurashi No Naku Koro Ni・Production Committee

Ce qui surprend de prime abord avec Higurashi No Naku Koro Ni (aussi connu en France sous le nom Hinamizawa, le village maudit) c’est sa construction narrative, en arcs. Difficile de masquer son incompréhension quand au bout d’une demi-dizaine d’épisodes, la série semble s’amuser à repartir de zéro et se décider à raconter une nouvelle histoire, comme si les évènements dépeints dans les épisodes précédents n’avaient jamais eus lieu. Les mauvaises fins semblent ainsi se succéder, pour mieux être ignorées par la suite, laissant souvent le spectateur dans un état de confusion. Ce schéma, Higurashi No Naku Koro Ni le reprend de son origine. En effet, c’est à la base une saga de huit sound novels (des jeux textuels dépourvus du moindre choix, à l’inverse des visual novels) dont chacun raconte une histoire totalement différente, se passant pourtant dans le même lieu avec les mêmes personnages et, sur ces huit jeux, Higurashi en adapte pas moins de six en vingt-six épisodes. Techniquement, cela amène à des épisodes souvent bien remplis, qui tentent l’exploit d’adapter dix à vingt heures de lecture en simplement quatre ou cinq épisodes.

La vie tranquille des lycéens ? © 2006 Ryuukishi07 / Higurashi No Naku Koro Ni・Production Committee

En outre, on constate vite que les arcs sont souvent construits selon le même modèle : un premier épisode joyeux, qui lorgne un peu plus du côté de la comédie lycéenne classique avec l’humour gras et le fanservice que cela implique. Et puis à l’épisode suivant un détail commencera à clocher et peu à peu la série basculera dans l’horreur et ses personnages dans la folie. Avant une fin qui ne sera jamais heureuse pour qui que ce soit. Ce schéma, à fortiori répétitif, passe pourtant très bien dans la pratique.

Les jumelles Sonozaki © 2006 Ryuukishi07 / Higurashi No Naku Koro Ni・Production Committee

Car chaque arc d’Higurashi ne raconte pas la même histoire, ne met pas les mêmes personnages en avant. Le second arc se consacrera ainsi aux jumelles de la famille Sonozaki et se terminera d’une manière, certes tragiques, mais bien différent de l’issue présentée dans le troisième arc qui lui se consacrera au personnage de Satoko et ses problèmes familiaux…

Âmes sensibles s’abstenir © 2006 Ryuukishi07 / Higurashi No Naku Koro Ni・Production Committee

À coté de cela, difficile de conseiller Higurashi aux âmes sensibles : tout d’abord parce que les scènes violentes et particulièrement choquantes y sont légions − sans que personne ne soit épargné − mais aussi parce que l’ambiance de l’anime s’efforce du mieux qu’elle peut de mettre mal à l’aise le spectateur, bien aidée par une OST de Kenji Kawai (Ghost in the Shell, Fate/Stay Night ou bien Avalon) efficace et travaillée. Rajoutez à cela les belles performances des doubleurs ainsi qu’une écriture et des dialogues soignés et vous avez des scènes qui prennent aux tripes comme rarement on le voit dans l’animation japonaise. Si un de vos amis a vu Higurashi, faites le test, et dites lui juste les mots suivants : « la scène des ongles ». Si son visage ne se décompose pas d’horreur, c’est peut-être qu’il est un robot tueur du futur !

Un soupçon de mystère

Keichi, paranoïaque ? © 2006 Ryuukishi07 / Higurashi No Naku Koro Ni・Production Committee

Mais ça serait sous-estimer Higurashi que de penser qu’il ne pourrait être qu’un thriller horrifique de plus. C’est aussi une œuvre qui s’amuse souvent à piéger son spectateur. Le premier arc est sur ce plan là assez évocateur : comment savoir si les peurs de Keichi sont légitimes ou non ? Ne devient-il juste pas paranoïaque ? D’ailleurs, l’anime est aussi cruel : les mystères ne sont jamais expliqués ou explicités, du moins dans cette première saison. C’est aux spectateurs de découvrir les indices disséminés subtilement et de résoudre eux-mêmes le mystère qui leur est proposé. C’était sur cet atout d’ailleurs que le sound novel originel avait obtenu succès : en proposant aux otakus japonais une œuvre qui leur demandait de lire entre les lignes et de chercher des indices disséminés ici où là. Même la scène la plus quelconque pouvait alors prendre une importance capitale.

Rika, plus mature qu’on ne le croit © 2006 Ryuukishi07 / Higurashi No Naku Koro Ni・Production Committee

Par ailleurs, il serait un crime de ne pas parler des personnages de cette série. Comptez une dizaine de personnages, tous plus forts de personnalité les uns que les autres, à commencer par la quintette de héros (Keichi, Rena, Mion, Rika & Satoko) qui se jouent admirablement des codes de la comédie lycéenne : Rika par exemple, est l’archétype de la petite fille de dix/onze ans mignonne, sage et gentille mais qui se révèle en même temps extrêmement mature et tributaire d’un passé réellement tragique. Les rebondissements sur le passé d’un personnage sont ainsi monnaie courante et on redécouvre régulièrement quelqu’un dont on pensait avoir fait le tour jusqu’à présent. Rares sont les personnages réellement sains dans ce casting et tous finissent un moment où à un autre à montrer une face qu’on ne leur imaginait pas avoir quelques scènes plus tôt.

Après, il n’y a pas que des qualités à la série : le chara-design est parfois… étrange, pour être succinct. Quelques scènes sont ainsi assez laides à voir et l’animation est parfois un peu bâclée, y compris dans les éditions DVD. Et évidemment, l’anime étant une adaptation, certains éléments passent à la trappe, rendant la résolution du mystère un peu plus compliquée. Au point que la seconde saison se voit dotée d’un arc inédit, intégralement dédié à réparer les oublis et les erreurs de la première saison.

Dix ans plus tard

Coffret Gold

Higurashi est donc sorti en France via les éditions Anima dans le courant de l’année 2008, sous le nom Hinamizawa, le village maudit. Depuis la mort de l’éditeur, l’intégrale est disponible dans la collection Gold de Manga Distribution, permettant d’obtenir l’intégralité de la série pour un prix raisonnable. L’édition est de bonne facture et, chose importante à signaler, nous avons ici affaire à un doublage français soigné − la performance de Genviève Daong dans le rôle des jumelles Sonozaki est à ce sujet assez épatante.

Au Japon, Higurashi No Naku Koro Ni a donc été suivi d’une suite, Higurashi No Naku Koro Ni Kai, qui adapte les deux arcs manquants et offre une conclusion tout à fait appréciable de la saga. Hélas, les chances de voir cette seconde saison sortir en France sont maigres, aucun éditeur n’ayant souhaité acquérir la licence et la mort d’Anima ayant dû compliquer les choses.

Higurashi Rei © 2009 Ryuukishi07 / Hinamizawa gosanke

Enfin est sorti depuis au Japon deux séries d’OAV de cinq épisodes : Higurashi Rei en 2009 et Higurashi Kira sorti en 2011, pour célébrer la dixième année d’existence de la licence. Les deux sont à considérer purement et simplement comme du bonus, la majorité de ces épisodes étant surtout de la comédie bien grasse de dessous de ceinture (pas que ce ne soit un défaut) réservées aux fans purs et durs.

Et, évidemment, la série a également une suite « spirituelle » en la présence d’Umineko No Naku Koro Ni qui reprend les mêmes thèmes qu’Higurashi en l’adaptant à une réunion de famille sur une île qui tourne au massacre, perpétué par une sorcière nommée « Béatrice »… ou du moins c’est ce qu’on prétend. Là aussi la série n’est pas disponible en France à l’heure actuelle.

Extrait Le sanglot des cigales

Enfin, si vous souhaitez plutôt découvrir l’œuvre originale et peut-être vous initier au genre du sound novel, sachez qu’elle est disponible légalement en français, sous le nom Le sanglot des cigales, dans une traduction effectuée par la Saffran Prod, une société d’édition et de traduction française… composée d’une personne ! À l’heure actuelle six épisodes sur huit sont traduits, les deux derniers ne devant pas tarder. Là aussi l’œuvre garde ses qualités et y jouer tard dans la nuit peut être le meilleur moyen de s’empêcher de dormir. À vous de voir !

Après, on peut aussi parler des multiples mangas, des adaptations vidéoludiques par camions, des jeux amateurs supplémentaires…mais on s’y perdrait.

Dans tous les cas, c’est un succès mérité : Higurashi se révèle être une œuvre d’horreur diablement efficace et qui à l’intelligence de ne pas se contenter de juste vouloir nous faire peur. Son seul véritable défaut est technique, mais ceux qui réussiront à passer au delà de ça trouveront une série prenante, originale et attachante. Après, encore une fois, attention aux âmes sensibles, l’œuvre ne s’offrant que peu de limites niveau violence…

Visuels : © 2006 Ryuukishi07 / Higurashi No Naku Koro Ni・Production Committee

Damien « Amo » Bandrac

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