Tokyo Godfathers : Un conte de Noël

Planètes Manga !, qui se déroule au Centre Georges Pompidou du 11 février au 27 mai 2012 propose, en plus de manifestations thématiques autour de ce médium qu’est la bande-dessinée extrême orientale, une multitude de projection de films d’animation asiatiques. L’occasion pour les cinéphiles de voir ou revoir sur grand écran des œuvres fondatrices ou innovantes. Tokyo Godfathers est de ceux-ci, et sera projeté le vendredi 2 mars à 20 h.

Tokyo Godfathers
© 2003 Satoshi Kon, Madhouse and Tokyo Godfathers Committee. All Rights Reserved.

C’est la veillée de Noël. Après avoir assisté à une reconstitution de la Nativité et à un prêche, une paire de clochards tokyoïtes s’en vont rejoindre une troisième pour partager un repas chaud. Voilà notre équipe de départ : Gen l’ivrogne bourru, Hana le travesti, et Miyuki, l’adolescente fugueuse. Tous trois ont choisi de tromper la solitude de la misère en vivant ensemble, dans la (rare) joie comme dans la (fréquente) adversité. Or, en ce soir de 24 décembre, alors qu’ils font les poubelles en quête d’un cadeau digne de ce nom à offrir à Miyuki, ils tombent sur un nouveau-né abandonné. Ou plutôt une nouvelle-née abandonnée. Hana, qui s’estime flouer par Dieu et ne rêve que d’Immaculée Conception, baptise bien vite la petite fille Kiyoko. Cependant, constatant qu’un enfant ne peut raisonnablement pas être heureux en vivant la vie de bohême des SDF de la capitale nippone, ils se mettent en quête des parents du bébé. Pendant cette odyssée urbaine qui s’étale sur la semaine séparant Noël du Nouvel An, ils vont croiser pêle-mêle : des délinquants, encore plus de travestis, des passagers de train à l’odorat trop fin, des yakuza, des immigrés sud-américains et des policiers. Au passage, ils vont se révéler un peu plus et s’ouvrir, la présence de Kiyoko leur ayant fait prendre conscience que s’ils formaient une famille bien peu banale, ils étaient une famille quand même.

C’est l’histoire d’un mec…

Yume Miru Kikai © 2009 Madhouse / Satoshi Kon

En moins d’une demi-douzaine d’œuvres réalisées, Satoshi Kon, par sa créativité et son esprit franc-tireur, a profondément influencé l’animation japonaise moderne, ainsi que la façon de raconter les histoires. Décédé à l’âge de 46 ans en août 2010, des suites d’un cancer du pancréas fulgurant, le réalisateur manque toujours beaucoup au milieu. Ce décès est d’autant plus rageant qu’il avait prévu d’amorcer un réel nouveau tournant dans sa carrière avec Yume Miru Kikai, projet toujours en suspens et à moitié fini, s’adressant à un public plus jeune que ses films précédents. Restent donc ses films « pour adultes » -ainsi que sa série Paranoia Agent - que nous pouvons revoir avec plaisir.

Tokyo Godfathers © 2003 Satoshi Kon, Madhouse and Tokyo Godfathers Committee. All Rights Reserved.

Depuis qu’il s’était mis à la réalisation, Satoshi Kon sortait ses films avec la régularité d’une horloge suisse : un titre tous les deux ans (ou presque). À chaque fois, de nouvelles formes de narration étaient employées pour explorer de nouvelles thématiques : thriller psychologique hitchockien avec Perfect Blue (1998), film gigogne sur le cinéma avec Millenium Actress (2001), fresque satyrique lynchienne avec Paranoia Agent (2004), et science-fiction onirique avec Paprika (2006). Ce dernier film a eu un impact débordant largement les frontières du Japon puisque Christopher Nolan a déclaré s’en être inspiré lors de l’écriture de Inception. Tokyo Godfathers, sorti en 2003, il nous propose un conte de Noël mâtiné de fable sociale.

Une œuvre complète

Tokyo Godfathers © 2003 Satoshi Kon, Madhouse and Tokyo Godfathers Committee. All Rights Reserved.

Difficile de dissocier le film de son réalisateur. À croire qu’il a été le seul à travailler dessus. Or, si Kon a dessiné lui-même le storyboard des quelques 923 plans que compte Tokyo Godfathers, il a été assisté dans sa tâche par Shôgo Furuya, avec qui il avait déjà travaillé sur Millenium Princess. En outre, il a aussi pu compter sur Kenichi Konishi pour l’aider sur le chara-design. Enfin, les moyens techniques et financiers du studio Madhouse (avec qui le réalisateur a toujours travaillé depuis Perfect Blue) ont permis la mise en image impeccable du film.

Tokyo Godfathers © 2003 Satoshi Kon, Madhouse and Tokyo Godfathers Committee. All Rights Reserved.

En commençant comme ce qui semble être une comédie burlesque mettant en scène ces 3 rois mages d’un nouveau genre (puisqu’en l’occurrence, ce sont eux qui vont amener le divin enfant à ses parents), Tokyo Godfathers trompe le spectateur pour l’emmener tantôt vers le drame social, tantôt vers la fable à bons sentiments. À chaque nouveau rebondissement, on se fait surprendre, et on est tenu en haleine. La folle course qui conclut le film fait ici figure d’acmé dans le genre. Cependant, qu’on ne s’y trompe pas : contrairement à d’autres films plus sombres du réalisateur, la conclusion se veut « tout public », avec pour objectif de laisser le public sortir de la salle le sourire aux lèvres. Ainsi, le thème de la 9e symphonie de Beethoven (l’Hymne à la Joie) -dont un étrange mais entrainant remix dub de l’interprétation qu’en avait fait Walter Carlos pour Orange Mécanique ferme le film en générique de fin -omniprésent va tout à fait dans ce sens.

Avec Tokyo Godfathers, Satoshi Kon maîtrise son art. Loin des registres assez entendus sur lesquels il a pu s’exercer dans ses deux films précédents, il laisse là libre court à sa créativité et propose un joli conte de Noël, mis en image et interprété superbement.

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