To-Love Darkness : Plus beau, plus chaud, plus sérieux

Ayant faite son apparition en 2006, la série To-Love Trouble apportait aux lecteurs adolescents du Shônen Jump une dose hebdomadaire d’humour coquin et potache. Édité chez Tonkam en France à partir de 2008, la série s’est vue conclure de manière soudaine après 18 tomes et 162 chapitres pour prendre une pause d’une petite année. Maintenant place à la suite avec To Love Darkness !

To Love Darness Tome 1 © 2011 by Saki Hasemi, Kentaro Yabuki/SHUEISHA Inc.

Tout d’abord un petit rappel : To Love Trouble racontait donc l’histoire de Rito, un jeune adolescent amoureux éperdu d’une de ses camarades de classe, Sairenji Haruna, mais incapable de faire convenablement sa déclaration. Un beau jour alors qu’il semble arriver à enfin cracher le morceau, il se rend compte qu’il s’est déclaré non pas à sa bien-aimée mais à Lala… une extraterrestre, princesse galactique de surcroît ! Et pour ne rien gâcher, celle-ci lui annonce vouloir se marier avec lui et il se retrouve alors pourchassé par tous les chasseurs de primes de la galaxie, envoyés par des rivaux qui, eux, aimeraient vraiment devenir prince galactique…

Le manga a ainsi duré 162 chapitres et 18 tomes, écrits par Saki Hasemi, qui scénarise ici son premier manga, et Kentarô Yabuki avant scénariste et dessinateur de Black Cat, shônen édité en France chez Glénat. La principale particularité du manga était de ne pas vraiment proposer une réelle intrigue pour se concentrer principalement sur un certain humour lui-même basé bien souvent sur le concept d’une idée débile par chapitre… sachant que ces idées aboutissent surtout sur l’opportunité de pouvoir voir des filles en sous-vêtements !

Haruna et Lala, dans une de leurs rares apparitions © 2011 by Saki Hasemi, Kentaro Yabuki/SHUEISHA Inc.

En 2009 néanmoins la série connaît un grand chamboulement : le dessinateur de la série, Kentarô Yabuki, divorce et voit la garde de son enfant de trois ans lui être disputée par sa femme, qui en profite en plus pour lui voler argent et matériel informatique. L’homme, en plein nervous breakdown comme le dirait les américains distingués, ne parvient plus mentalement à dessiner la série et ces filles en tenue légère par centaines, d’où l’arrêt un peu abrupt de la série. D’autant plus compréhensible quand on sait qu’un des personnages centraux de la série, Haruna, était basée sur son ex-femme !

Alors lorsque l’anime connaît une seconde saison (Motto To Love-Ru), un an après l’arrêt du manga, Kentarô Yabuki et Saki Hasemi refont équipe, à la base pour faire quelques chapitres courts afin d’accompagner la sortie de l’anime. Mais ils décident purement et simplement de relancer la franchise et c’est dans le magazine mensuel, le Jump Square, destiné à un public un peu plus « adulte » que le Shônen Jump, que l’aventure reprend.

Momo rarement subtile © 2011 by Saki Hasemi, Kentaro Yabuki/SHUEISHA Inc.

Et voilà comment en arrive à To Love Darkness qui est donc la suite directe de Trouble. Pour mémoire : à la fin de Trouble, Rito, finissait par accident à déclarer son amour à toutes les filles de la saga en même temps. C’est alors que la petite sœur de Lala, Momo, aussi amoureuse du héros, décide de lancer un projet secret : transformer Rito en maître d’un gigantesque harem féminin qui lui permettrait d’asseoir son pouvoir en tant que futur monarque galactique… et aussi de rendre toutes les filles heureuses. Parce qu’au court de ses aventures, le héros a bien fait chavirer les cœurs et ce sont pas moins d’une dizaine de conquêtes potentielles qui pourraient rejoindre son harem !

La première surprise de To Love Darkness c’est ça : si vous étiez attachés au trio de héros de Trouble (Rito, Haruna et Lala), alors préparez-vous à être un peu déçus car ceux-ci sont progressivement relégués au rang de personnages secondaires. C’est assez surprenant, du coup, de voir que Haruna et Lala sont quasi-absentes du premier tome (sorti le 14 mars dernier), alors qu’elles jouissaient d’une réelle importance dans la première série. Cela se fait en faveur de Momo Belia Deviluke et du personnage d’Ombre Dorée qui, elles, gagnent une véritable importance et deviennent, à leur façon, les nouvelles héroïnes de la série.

Meurtre et soupe miso au taiyaki © 2011 by Saki Hasemi, Kentaro Yabuki/SHUEISHA Inc.

L’autre surprise c’est de voir la série se doter d’une véritable intrigue, qui semble partir pour se développer au-delà d’une poignée de chapitres. Il est encore trop tôt pour voir où cela peut nous emmener mais le développement autour du personnage d’Ombre Dorée et son dilemme autour du personnage de Rito part plutôt bien, et est traité avec le sérieux requis. Mais qu’on se rassure : la série garde son humour habituel (Momo et son objectif d’harem donnant source à des situations abracadabrantesques) et le héros se fait toujours autant malmener.

Par contre, là où To-Love Trouble était gentiment érotique avec quelques tétons ici ou là pour le bonheur des jeunes garçons pleins de fougue et d’hormones, il est impératif de préciser que To Love Darkness va beaucoup plus loin dans les scènes de charme ! Sans entrer dans les détails, il est intéressant de constater que chaque chapitre se construit désormais un peu de la même manière qu’un manga pornographique, dans le sens où chaque chapitre se distingue par la présence quasi-contractuelle d’une scène olé-olé, quitte à parfois la mettre de façon totalement alambiquée ou abrupte. Et on est parfois assez surpris des tournures des évènements, qui tendent à se rapprocher de l’érotisme façon film de M6 du dimanche soir, si vous êtes assez vieux pour voir où on veut en venir. Si vous ne voyez pas, dites-vous qu’on est à la limite de la pornographie mais que l’absence d’explicite rend la chose visible par des mineurs. Dans tous les cas on sent que les auteurs ont adorés le concept de passer du Shônen Jump au Jump Square et son public un poil plus âgé…

Le nouveau personnage, Méa, relativement curieuse © 2011 by Saki Hasemi, Kentaro Yabuki/SHUEISHA Inc.

Si par contre quelque chose ne change pas de Trouble à Darkness, c’est le style graphique de Kentarô Yabuki qui est toujours aussi agréable à l’œil. Les personnages sont toujours aussi bien dessinés et il possède un style toujours aussi lisible, même si cela se fait au détriment de décors qui sont rarement très travaillés.

À côté de ça, l’édition proposée par Tonkam est assez sympathique avec sa reliure holographique et les petits stickers offerts pour tous ceux qui souhaiteraient, par exemple, les coller sur leur PC portable avant d’assister à un cours en amphithéâtre d’université. On a également quelques artworks en couleur et il est possible d’acheter un pack contenant à la fois le tome 1 de To Love Darkness et l’immense data book To Love Perfect qui résume tout le contenu de To Love Trouble avec quelques bonus non négligeables comme une interview de Takeshi Obata (dessinateur de Bakuman et Death Note). Dans tous les cas, c’est un exemple de bon data book, qui apporte quelque chose et qui peut éventuellement permettre à ceux qui veulent se lancer dans To Love Darkness de s’économiser l’achat ou la lecture des dix-huit premiers tomes de Trouble.

Momo, illustration couleur © 2011 by Saki Hasemi, Kentaro Yabuki/SHUEISHA Inc.

D’ailleurs, la question est intéressante : peut-on apprécier Darkness sans avoir forcément lu Trouble ? Et bien la réponse est pourquoi pas. Le chapitre zéro du manga fait ainsi l’effort de tout replacer dans le contexte et certains personnages sont, à l’occasion, à nouveau présentés. On sent la volonté des auteurs de ne pas vouloir larguer ceux qui n’ont pas lus Trouble, ce qui fait qu’on peut envisager de lire Darkness sans Trouble, pour peu qu’on accepte de faire quelques minimes efforts. Autrement, on peut aussi, comme suggéré plus haut, acquérir le data book et s’y référer si une situation nous apparaît incompréhensible. Mais soyons francs : To Love Darkness est rarement très compliqué et les situations s’appréhendent assez naturellement.

Bref, To Love Darkness plaira à tous ceux qui cherchent une œuvre légère, bien dessinée et qui assume totalement son fanservice. Dans tous les cas, il est heureux de constater que le duo Yabuki/Hasemi ne s’est pas contenté de refaire du To Love Trouble et a essayé d’ajouter à son univers une touche un peu plus sérieuse et ambitieuse. Il faudra attendre un peu pour dire si c’est une bonne idée mais force est d’avouer que ce tome 1 est tout à fait agréable, et laisse promettre de bonnes choses pour la suite.

Visuels : © 2011 by Saki Hasemi, Kentaro Yabuki/SHUEISHA Inc.

Damien « Amo » Bandrac

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