Japon, pellicule en main : quand l’argentique prend le pas sur le numérique
Depuis maintenant plusieurs années, la photographie argentique semble avoir été remplacée par le numérique, plus pratique et répondant mieux à nos exigences modernes. Et, choisir l’argentique en 2025 peut paraître totalement illogique. C’est pourtant le choix fait par notre journaliste pour son voyage de trois semaines. Un parti pris à contre-courant, où la photographie est redevenue un apprentissage autour de la patience, de la créativité et de la quête de LA photo. Preuve que l’argentique est loin d’être mort, surtout au Japon.

En 2025, corriger en deux secondes l’exposition d’une image ou réussir à obtenir LA photo parfaite est presque devenu un jeu d’enfant. Entre les technologies toujours plus folles et les trucs et astuces allègrement partagés par de nombreux créateurs de contenu sur les réseaux sociaux, la photographie n’a, semble-t-il, jamais été aussi simple et accessible. Voyager en full argentique devient donc quasiment un acte de rébellion, mais aussi et surtout une forme de thérapie dans un monde où tout va à 100 à l’heure. Car en argentique, chaque déclenchement devient une décision, chaque pellicule un engagement et notre cerveau et notre créativité sont mis à rude épreuve. Entre les ruelles de Kyoto, les temples japonais ou les foules tokyoïtes, la pellicule nous oblige à ralentir, à observer, à visualiser et à essentiellement accepter l’imprévu.
Mais un tel choix impose aussi ses contraintes. Combien de pellicules prévoir pour trois semaines de voyage ? Peut-on acheter des films sur place et surtout où ? À quel prix ? Peut-on faire développer ses pellicules au Japon ? En cas de problème avec son matériel, qui aller voir ? Quel type d’appareil, de format ou d’objectif privilégier ? Au fil de ces trois semaines sur l’archipel, la photographie argentique est donc devenue un véritable terrain d’apprentissage logistique. Un retour d’expérience pensé pour celles et ceux qui envisagent, à leur tour, de troquer le numérique contre la pellicule.
Pourquoi préférer l’argentique au numérique pour un voyage au Japon ?

S’il y a bien une image que le Japon a travaillée ces dernières années, c’est celle d’un paradis du numérique. Un pays où la technologie est omniprésente. Une image qui va de pair avec la compétition acharnée que se livrent les différents constructeurs d’appareils photos et de smartphones. Mais aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est peut-être justement ce contexte ultra-moderne qui permet à la photographie argentique de prendre tout son sens.
La photographie numérique, c’est la facilité, la surconsommation, la surcréation et, disons-le clairement, une quête éternelle de buzz (du moins pour certains). Or, photographier à l’argentique impose un rapport différent à l’image, mais également au temps. La pellicule nous oblige à ralentir, à observer, à chercher, à réfléchir, là où le numérique nous permet d’accumuler. Chaque photo argentique coûte quelque chose à celui ou celle qui la prend. Et dans un pays aussi dense que le Japon, cette contrainte n’en est plus une. Elle nous pousse à observer le monde qui nous entoure, ses lumières, à chercher un point de vue bien spécifique et à attendre le bon moment plutôt qu’à déclencher frénétiquement.
Mais ce n’est pas le seul intérêt qu’on peut y trouver. Car oui, la photographie argentique s’accorde également avec l’esthétique japonaise. L’imperfection qu’offre l’argentique, que ce soit à travers le grain de la pellicule, les dominances de couleurs ou de contrastes, fait écho à des notions très ancrées dans la culture nippone. Comme le wabi-sabi, cette beauté de l’imparfait et de l’éphémère. Et cette imperfection permet aussi d’avoir des images moins lisses, moins parfaites et peut-être plus authentiques.
Trois semaines au Japon : combien de pellicules prévoir ? Et surtout lesquelles ?

Trois semaines, ça peut paraître à la fois long et extrêmement court. Et là où le numérique a l’avantage de pouvoir « transporter » facilement nos multiples clichés grâce à des cartes mémoires, l’argentique, lui, demande une certaine préparation. Partie avec un Miranda Sensorex, un boîtier 35mm, et un objectif 50mm f/1.9, notre journaliste devait donc prévoir des films d’avance afin d’assouvir son besoin de clic.
Généralement, les films 35mm comptent entre 27 et 36 expositions (le maximum), ce qui laisse tout de même une marge de manœuvre relativement confortable. Sur l’intégralité du séjour, ce sont en tout 11 pellicules qui ont ainsi été utilisées parmi lesquelles : Fuji 100 ISO, Kodak Ektar 100, Kodak pro 100 ou encore Cinestill 800.
Si vous souhaitez tenter l’expérience de l’argentique, variez au maximum vos films. Cela étant, sachez aussi que selon ce que vous souhaitez photographier, certaines pellicules seront plus adaptées que d’autres. Ainsi, la Cinestill 800 conviendra parfaitement pour les photos de nuit dans les rues de Tokyo où le néon est roi, par exemple. De même, pour des photos où la lumière sera moins forte, des Ilford Delta 3200 ou des Kodak 3200 T-Max seraient davantage adaptées, à condition bien sûr d’aimer le noir et blanc.
Où acheter des pellicules et à quel prix ?

Si pour notre journaliste 11 pellicules ont été suffisantes, peut-être que ce ne sera pas votre cas. Et dans ce cas-là, la question du réapprovisionnement se pose. Heureusement, le Japon est très certainement le pays le mieux fourni de ce côté. Vous pourrez ainsi vous procurer facilement des pellicules chez Bic Camera, Naniwa Camera ou dans des petites boutiques indépendantes.
À Kyoto, par exemple, le magasin Naniwa Camera, situé dans une grande artère de la ville, a un choix de pellicules assez large et pouvant répondre à tous les goûts, ou presque. Celui d’Osaka, au contraire, aura un choix plus restreint en raison de son manque de place. Une pellicule Kodak Color Plus 200 sera vendue 1780¥ (soit 9,78€ à l’écriture de cet article contre 9,90€ à 12,90€ en France selon les vendeurs). Si au premier abord les prix ne sont pas très différents des nôtres, vous pourrez bénéficier de la détaxe de 10%.
Attention toutefois, les pellicules sont considérées comme du consommable et si vous avez l’intention de les utiliser pendant votre voyage, la détaxe ne sera pas possible. Cela étant, la manœuvre peut s’avérer intéressante pour refaire son stock avant de quitter l’archipel, donc autant en profiter.
Peut-on faire développer ses pellicules pendant le voyage ?

En France, il existe encore certains laboratoires proposant le développement des pellicules et des tirages argentiques. L’un des meilleurs étant Négatif+, situé à Paris et proposant une offre à distance. Mais au Japon, l’offre est encore plus importante. À Tokyo, par exemple, notre journaliste a pu faire développer ses films dans deux laboratoires différents.
Yellow Jacket, situé à Koto-Ku
De l’extérieur, rien ne semble indiquer qu’il s’agit d’un laboratoire photo. Pourtant, c’est l’un des plus recommandés sur le net. Et pour cause. L’homme qui tient ce magasin est très professionnel et propose des tarifs très intéressants. Pour 6 pellicules et le scan des négatifs, le tarif était de 8745¥, soit 48,08€. À titre de comparaison, le même travail chez Négatif+ aurait coûté 72€. Il était également possible de faire des tirages de vos photos pour 88¥/pièce pour un tirage standard (89×127 mm).
Oosawa Camera, situé à Ebisu
Ici, la boutique est indiquée de l’extérieur par un panneau. En plus du laboratoire photo, vous pourrez en profiter pour jeter un œil aux boîtiers et objectifs d’occasion. Par ailleurs, Oosawa Camera propose des services de studio photo, si l’expérience vous intéresse. Et cette fois-ci, pour 4 pellicules et le scan des négatifs, le tarif était de 6600¥, soit 36,29€. Le tirage photo était également possible pour 55¥/pièce pour un tirage standard.
Dans les deux cas, le scan des négatifs a été copié sur une clé USB. Donc pensez à en emmener une avec vous ou à vous en procurer une en amont. Yellow Jacket avait aussi pris le soin d’envoyer les scans par mail avec un lien de téléchargement dont la durée de vie était de sept jours. Et bien évidemment, vous pourrez aussi y acheter des pellicules en cas de besoin.
Côté délais, Yellow Jacket a eu besoin de 24h pour traiter l’intégralité de la commande et Oosawa Caméra a pris une demi-journée. Donc selon vos besoins, vous pourrez choisir le laboratoire qui vous convient le mieux. Cela étant, certains films peuvent demander plus de temps. C’est par exemple le cas de la 3200 T-Max pour qui Yellow Jacket avait besoin d’une semaine de travail.
Pannes, réparations et imprévus : comment gérer ?

Il faut bien garder en tête qu’un boîtier photo, qu’il soit numérique ou argentique, est un objet qui peut parfois vous en faire voir de toutes les couleurs. Et quand il est ancien, c’est l’inquiétude principale. Alors que faire lorsqu’on est au Japon et que notre boîtier argentique, soumis à rude épreuve, fait des siennes ?
Tout d’abord, sachez une chose : si, comme notre journaliste, vous avez un boîtier « atypique », les experts d’un certain âge ne prendront pas le risque de toucher votre appareil photo. Cela est principalement dû à un excès de prudence qui peut se révéler extrêmement frustrant pour vous. Mais pas de panique, il y a fort heureusement des personnes prêtes à vous aider.
Dans le cas de notre journaliste, c’est au niveau des vitesses que son boîtier s’est grippé. En effet, le miroir ne se relevait plus et sans ça, impossible de prendre la moindre photo. En France, avec des devis réalisés à distance, une réparation était estimée à 80€, mais cela impliquait aussi de finir son voyage sans son précieux compagnon. C’est en allant à la boutique d’occasion Camera Box, située à Shinjuku, qu’elle a pu trouver une solution. Si là-bas le vendeur lui a bien expliqué qu’il ne faisait pas les réparations, il lui a néanmoins recommandé la boutique 5-Stars, située juste à côté.
Là, une équipe jeune, parlant anglais, a accepté de regarder le boîtier. Après plusieurs tests, l’expert a su identifier l’origine du problème, le résoudre et l’expliquer à notre journaliste. Il lui a même indiqué comment le régler si cela se représentait. Et tout ceci gratuitement. Le problème était mineur, mais il ne fait aucun doute que l’équipe de 5-Stars vous sera d’un grand secours si vous rencontrez le moindre souci. Par ailleurs, ils ont également une offre occasion et des pellicules à vendre, ce qui a permis à notre journaliste d’en acheter deux, trop heureuse de retrouver son fidèle Miranda Sensorex de nouveau prêt à photographier le monde.
Et le transport des pellicules en avion dans tout ça ? Sans oublier les douanes ?

Dernier point, et pas des moindres : le transport de vos pellicules, que ce soit à l’aller ou au retour.
- 1er point : ne mettez jamais vos pellicules non-développées dans votre valise en soute. Les rayons X sont beaucoup plus puissants que ceux de la sécurité que vous passerez. Le risque que vos films soient voilés, et donc inutilisables, est beaucoup trop grand pour que vous le prenniez.
- 2e point : lors du passage de la sécurité, demandez une vérification manuelle. On n’est jamais trop prudent, donc limitez les risques de vous retrouver avec des films voilés et demandez à ce qu’un douanier fasse une vérification manuelle de vos films. En France, c’est un scanner moins puissant qui sera utilisé, tandis qu’au Japon, ce sera une vraie vérification manuelle. Donc faites en sorte que vos pellicules soient faciles d’accès afin de gagner du temps.
- 3e point : gardez vos négatif dans votre bagage cabine. Si l’image est fixée et le négatif moins sensible, il n’en reste pas moins qu’ils sont extrêmement fragiles. Donc faites en sorte qu’ils soient conservés dans des pochettes de protection, à l’abri de l’humidité et des variations extrêmes de températures et le plus à plat possible afin d’éviter les pliures, rayures, etc.
L’argentique au Japon : plus qu’un simple voyage, une philosophie
Adopter l’appareil photo argentique pour un voyage de trois semaines au Japon, c’est bien plus qu’une simple contrainte technique ; c’est un choix philosophique. À l’ère de la surabondance numérique, faire le pari de la pellicule, c’est s’offrir une véritable parenthèse thérapeutique : celle où l’on ralentit, où l’on observe et où chaque déclenchement devient un acte de pleine conscience.
Comme l’illustre parfaitement cette expérience, le Japon, loin d’être un désert de l’analogique, se révèle être un véritable paradis logistique. Que ce soit pour l’achat de films variés et abordables, ou pour le développement rapide et professionnel de vos précieuses images, l’archipel offre tout le confort nécessaire pour vivre pleinement son aventure argentique.

En fin de compte, la contrainte de la pellicule – que ce soit son coût, son grain ou son délai – n’est plus un fardeau, mais un catalyseur. Oser le Japon en full argentique, c’est donc embrasser l’imperfection, accepter l’imprévu et transformer la photographie en une quête contemplative. C’est ramener chez soi, non pas des milliers de clichés oubliés sur une carte SD ou un disque dur externe, mais une poignée d’images choisies, chargées d’une histoire, d’un instant et d’un grain qui leur est propre.
Alors, prêt à troquer votre reflex numérique pour l’aventure intemporelle de la pellicule ?
Toutes les photographies illustrant cet article sont la propriété exclusive de Juliet Faure. Reproduction interdite sans autorisation.
