Colloque « Manga. Tout un art! » #1 : Estelle Bauer, une historienne de l’art au pays des mangas

En marge de l’exposition « Manga. Tout un art! », le Musée national des arts asiatiques – Guimet a organisé le 29 novembre dernier un colloque réunissant 7 spécialistes passionnés pour décliner leur vision du phénomène manga. Dans ce premier épisode, vous retrouverez la retranscription de la première intervention de la journée par Estelle Bauer, professeure des universités en civilisation du Japon classique, co-commissaire de l’exposition et conservatrice des collections Japon au musée Guimet.

Illustration de l’affiche réalisée par le mangaka français Reno Lemaire ©Reno Lemaire

Voir les mangas avec des lunettes d’historienne de l’art et des œuvres japonaises anciennes avec des lunettes mangas

Estelle Bauer : Bonjour à tous. Il me revient l’honneur d’ouvrir cette journée qui s’annonce très riche. De façon paradoxale, de toutes les personnes qui vont parler aujourd’hui, je suis celle qui connaît le moins bien les mangas. Je suis historienne de l’art pré-moderne. Ce qui m’intéresse, c’est l’art japonais antérieur à l’arrivée des Occidentaux, donc l’art qui a été produit entre les 11e et 17e siècles, avec parfois des incursions jusqu’au 18e ou 19e siècle. Et j’étudie en particulier l’iconographie, une branche de l’histoire de l’art qui traite de la signification des images, notamment par la comparaison avec d’autres images et leur contextualisation. Au cours de cet exposé, je vais aborder de deux manières les mangas, comme je les ai abordés au cours de la préparation de l’exposition « Manga. Tout un art! » :

Tout d’abord, en les regardant avec les lunettes d’historienne de l’art comme dans la partie au rez-de-jardin ; et ensuite, comme je l’ai fait pour le 2e étage, avec au contraire, en regardant les œuvres japonaises anciennes avec des lunettes mangas.

Dans la partie de l’exposition, la plus substantielle finalement et vraiment consacrée aux mangas proprement dit, au rez-de-jardin, nous avons abordé les mangas avec plusieurs fils rouges, dans une perspective historique, en commençant avec l’ouverture du Japon à l’Occident, la rencontre avec la presse satirique occidentale à la fin du 19e siècle.

Tôbaé (n°41 de 1888) par Georges Ferdinand Bigot ©David Maingot pour Journal du Japon

Nous avons estimé que la présentation de planches originales permettait aux visiteurs de voir comment les mangas sont fabriqués puisque les planches originales sont une étape dans le processus de fabrication. Et nous espérons aussi que la dimension esthétique attirera votre attention puisque là aussi, grâce aux planches originales, on peut voir différents styles s’exprimer avec notamment l’action avec Osamu Tezuka auquel nous avons consacré une section entière avec 30 planches. À noter qu’il y aura une rotation, vers le 20 janvier, avec 30 autres planches à découvrir. Sur les 4 mois de l’exposition, nous présenterons en tout 60 planches d’Osamu Tezuka.

Planches du manga de la naissance d’Astro Boy (Osamu Tezuka) ©David Maingot pour Journal du Japon

 Il y a aussi d’autres œuvres assez exceptionnelles comme les 10 planches de Kamui-den deSanpei Shirato exposées pour la première fois. Il y a aussi Hiroshi Hirata dans un style encore différent [NDLR : dans la partie de l’exposition sur le gekiga]. Il y a du shôjo avec entre autres cette fois-ci de très bons fac-similés spécialement conçus pour l’exposition de La Rose de Versailles de Riyoko Ikeda dans lesquels vous pouvez vraiment voir la façon dont les dialogues sont typographiés et collés. Et à titre personnel, j’aime beaucoup les planches de Fairy Tail de Hiro Mashima, considéré peut-être comme un manga commercial : lorsque l’on a les planches sous les yeux, on se rend compte que l’artiste est un vrai dessinateur. Et puis parmi les autres planches originales, il y a Gen aux pieds nus de Keiji Nakazawa ainsi que L’Attaque des Titans de Hajime Isayama. Cela permet donc d’avoir un panel assez large de différents styles de mangas.

Planches de L’Attaque des Titans (Hajime Isayama) ©David Maingot pour Journal du Japon

Quatre titres du Shônen Jump (Dragon Ball, Naruto, Demon Slayer et One Piece) sont aussi abordés à travers des numéros du magazine de prépublication mais aussi leur adaptation en anime avec des celluloïds et des crayonnés, et puis dans leur relation à l’art ancien. Et c’est ce dernier aspect que je souhaiterais développer. Ce lien que peuvent avoir certains mangas avec l’art ancien est vraiment une approche personnelle dans le cadre de cette exposition.

Boule de cristal et renard à neuf queues évoquant Dragon Ball et Naruto ©David Maingot pour Journal du Japon

Les rouleaux illustrés et les mudra dans Naruto

©Masashi Kishimoto / SHUEISHA Inc.

Quand je me suis lancée dans la préparation de l’exposition il y a un an et demi, au mois d’avril 2024, je suis allée dans une librairie spécialisée dans les mangas. J’ai alors demandé assez timidement, à vrai dire, s’il y avait des volumes de Naruto, ayant entendu dire qu’il s’agissait d’un des mangas les plus lus. J’avais décidé d’aborder les mangas comme un corpus à étudier, de la même manière que j’étudie les rouleaux illustrés, mon domaine de spécialité sur lequel je reviendrai ensuite. Et quel ne fut pas mon étonnement quand j’ai découvert que le jeune Naruto était entouré précisément de rouleaux. Cela a créé chez moi de la sympathie pour ce personnage car s’il aime les rouleaux, c’est forcément quelqu’un de bien.

Voici quelques explications très rapides sur ce que sont les emaki. Ce sont de longues bandes de papier qui racontent des histoires de différentes manières. Cela peut être une longue peinture avec des scènes successives qui se déroulent sur plusieurs mètres ou bien une alternance de texte et d’images.

Alors non seulement Naruto est entouré de rouleaux mais en plus, il fait une mudra, geste avec ses doigts pour mobiliser de l’énergie, présent dans l’iconographie bouddhique. Cela a encore augmenté son capital sympathie. Il ressemble pas mal au geste que fait Vairocana, le Bouddha central dans le bouddhisme ésotérique. Le rouleau est le support le plus noble de l’écriture au Japon. L’humour de cette scène s’explique par le décalage entre la noblesse du geste et des objets qui appartiennent au domaine du sacré et le côté cartoonesque de la description, des efforts de Naruto pour devenir un grand ninja. Ce qui est intéressant c’est qu’il n’est pas le seul à faire des mudras. D’autres personnages qui sont beaucoup plus avancés dans la formation en font également.

Planche issue du manga Naruto (tome 2) et mudra dans la tradition bouddhiste

Il arrive aussi qu’ils prononcent des formules magiques, comme ici avec « Katon, le feu du dragon », qui font penser aux mantras des moines de la secte ésotérique Shingon. Ils font des mudras et des exercices de méditation. Ils prononcent des mantras. Tout ça leur permet justement d’acquérir des pouvoirs : il y a donc vraiment une analogie à faire. Voici un très bel exemple de Hokusai où on voit un moine ascète en plein exercice spirituel qui se soumet à des épreuves physiques très éprouvantes, comme passer des heures en hiver sous une cascade. Il y a quand même un parallèle à faire dans la gestuelle et dans les visages qui expriment les efforts.

Exemple d’exercice de méditation tiré du livre illustré des héros chinois et japonais (vol. 1) d’Hokusai

Les mudras ne sont pas uniquement liés au bouddhisme ésotérique. Cela a été repris notamment dans le théâtre kabuki au 19e siècle. Par exemple, sur cette estampe d’Utagawa Toyokuni I, le personnage Nikki Danjo est l’archétype du méchant dans le kabuki. Il fait précisément une mudra sur la gauche et il tient dans sa bouche un rouleau qui contient la liste de rebelles. Il a des pouvoirs magiques : dans la scène précédente il s’était transformé en rat ou en souris et le personnage de droite, qui semble méchant mais qui est en fait un gentil, l’a frappé avec son éventail métallique pour lui redonner sa forme initiale humaine.

Exemple de mudra dans le kabuki avec une estampe d’Utagawa Toyokuni I

Ce qui m’a frappée en préparant cette exposition, et là encore je précise que je ne suis pas du tout une spécialiste, c’est que souvent on dit que les mangas puisent beaucoup dans les mythes et légendes, les contes du Japon ancien. On parle de traditions millénaires… À mon avis, c’est faux ou en tout cas, c’est à nuancer.

J’ai l’impression que l’une des sources d’inspiration, c’est plutôt le Japon du 19e siècle, ce qui n’est pas très ancien, avec notamment l’époque d’Edo, le théâtre kabuki et la littérature de divertissement de cette époque qui a en fait créé un univers visuel très riche et qui a continué à perdurer. Les auteurs ont puisé dedans. La figure du ninja est relativement récente : elle s’est vraiment constituée au 19e siècle et ensuite dans la littérature du 20e siècle.

Double-page provenant du Recueil illustré d’anecdotes aux fleurs d’or de l’époque d’Edo (1808) par Hayami Shungyosai ©David Maingot pour Journal du Japon

Les inspirations d’Akira Toriyama pour Dragon Ball

Tortue Géniale (Kame Sennin) est un autre personnage que j’ai trouvé très intéressant du point de vue de l’histoire de l’art. Dans Dragon Ball, il s’agit du maître et professeur d’arts martiaux du héros Son Goku. Quel lien avec l’histoire de l’art et ce vieillard libidineux, vous demandez-vous ? Dans cette séquence, on voit qu’il regarde avec beaucoup d’attention les femmes faire de l’aérobic à la télévision. On est vraiment dans les années 1980 avec la fille aux cheveux bouclés. En katakana, elle dit « One, two. One, two ». Et lui, sur la gauche, il est complètement fasciné et dit « One, two. One, two » en hiragana. C’est une façon de montrer qu’il a du mal à prononcer à l’anglaise ou à l’américaine.

Planches originales projetées à l’écran avec Tortue Géniale, un vieil homme libidineux (Dragon Ball)

L’humour repose aussi sur le décalage entre le nom du personnage et son comportement, son attitude, sa conduite. Malheureusement, la traduction en français de Tortue Géniale ne restitue pas ce décalage. En japonais, c’est Kame Sennin qui signifie « l’immortel à la tortue ». Vous remarquerez qu’il a une carapace de tortue sur son dos. Dans la sphère sinisée, la tortue est un animal associé à la longévité et est particulièrement auspicieux. Quant aux immortels ou sennin, ce sont des personnages qui vivent très longtemps et dont on a associé naturellement le motif de la tortue. Je voulais attirer l’attention sur lui pour l’exposition et j’ai trouvé cette statuette d’un sennin pas très connu qui a vécu il y a environ 2 000 ans sous la dynastie des Han. Comme vous pouvez le voir, il a l’air très sage et il est assis sur une tortue.

Grès de Bizen de l’époque d’Edo représentant un immortel assis sur une tortue ©David Maingot pour Journal du Japon

Dans le taoïsme, les immortels sont des personnages très vertueux et dont la conduite peut être un modèle. Ils vivent en général à l’écart du monde et loin de l’agitation humaine, dans la montagne, dans les forêts… Ce sont des êtres purs qui passent leur temps à cultiver leur esprit et leur corps, notamment par une alimentation plutôt sobre, même s’il leur arrive de boire de l’alcool. Tout cela leur permet d’obtenir une longévité exceptionnelle avec souvent des pouvoirs magiques.

Paravent Les huit immortels en train de boire du saké de 1602 par Kaihô Yûshô au Musée national de Kyoto

Ci-dessus, il s’agit d’un paravent au Musée national de Kyoto qui montre 4 immortels faisant partie d’une paire. L’autre paravent est perdu. Il y a 4 vieillards qui sont toujours dans un milieu masculin, entourés d’assistants. Il n’y a donc pas de femme : très différent donc de Tortue Géniale. Voici ci-dessous aussi deux œuvres d’immortels de Kawanabe Kyosai qui n’attachent aucune importance à leur apparence, ce qui est une sorte de moyen pour montrer leur haute vertu.

Deux estampes de Kawanabe Kyosai représentant des immortels projetées à l’écran

À travers ces quelques exemples, je voulais montrer que la comparaison avec des œuvres d’art japonais anciennes n’est pas simplement une question de références ou de sources d’inspiration. Cet ensemble de références introduit dans le manga vient enrichir le personnage et lui donne de l’épaisseur. Akira Toriyama a réinterprété à sa manière la tradition pour produire cet effet humoristique avec ce décalage entre la référence qui est noble et le côté lubrique de son personnage Tortue Géniale. On peut aussi y voir l’ennemi numéro un des lycéennes : les vieux pervers aux mains baladeuses dans les transports en commun à l’heure de pointe. Il y a plusieurs niveaux d’interprétation de ce personnage.

Analyse d’un emaki ancien et ses ressemblances avec le manga

Après avoir pris le point de vue de l’histoire de l’art sur les mangas, maintenant, regardons les œuvres anciennes avec la sensibilité actuelle et un regard de lecteur de mangas. Cela correspond au 2e étage de l’exposition où l’on montre que les œuvres essentiellement graphiques du 18e, 19e siècle, voire un peu plus anciennes, dans lesquelles on peut identifier des traits que nous, contemporains, on peut considérer comme liés aux mangas. Il y a l’humour qui est je pense vraiment central dans les mangas, la narration en textes et images puisque les mangas sont des bandes dessinées et l’édition commerciale de livres illustrés et de livres de divertissement est très développé au 18e et 19e siècle et en allant plus loin avec la publication de romans sérialisés…

Emaki, troisième rouleau d’un ensemble de six de La légende de Tenjin daté de 1538 (époque de Muromachi) ©David Maingot pour Journal du Japon

Je traiterai de la relation entre le texte et l’image. Les emaki sont des rouleaux avec des images très longues qui se lisent dans le déroulement et dans le temps. Il y a aussi des emaki avec des images beaucoup plus courtes qui représentent des scènes avec une unité de temps et de lieu. Et puis, il existe aussi des emaki avec en haut d’abord la narration en prose, ensuite des poèmes, ce qui est plus rare avec ensuite une longue scène avec des dialogues dans l’image. Et on pourrait se dire qu’il y a un lien avec la bande dessinée.

Différents exemples d’emaki projetés à l’écran lors du colloque

Il est vrai qu’en les regardant côte à côte, on se dit que c’est très différent. Et de fait, sur le plan graphique, il n’y a pas vraiment de lien entre une planche d’Osamu Tezuka et un emaki avec des dialogues. Intellectuellement, on a quand même envie de faire un rapprochement. Il y a des œuvres qui sont peut-être plus parlantes que d’autres.

Analyse de Boy meets girl, l’histoire d’une demoiselle et d’un garçon travesti en fille, un rouleau de l’époque de Muromachi

Je voulais vous montrer une œuvre publiée il y a quelques années dont je n’ai pas de bonnes photographies, mais que je trouve très intéressante, Boy meets girl, l’histoire d’une demoiselle et d’un garçon travesti en fille, un rouleau de l’époque de Muromachi donc un rouleau du 15e-16e siècle. Et je vais vous montrer 2 sections de cette œuvre qui se présente de la façon suivante : d’abord du texte, ensuite des images, une image en noir et blanc avec des dialogues. Le trait curieux de l’image, c’est la pliure du livre. On lit de la droite vers la gauche. Alors voilà ce que dit l’histoire.

Première section analysée

Elle lit le texte.

Traduction en français et en anglais de la première section analysée

C’est en noir et blanc et les dessins en traits font un peu penser aux mangas. Dans la stylisation du visage, on pourrait aussi faire des rapprochements avec les mangas. La demoiselle est au centre en haut et elle est entourée par 4 dames de compagnie. Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a des dialogues ainsi que le nom des personnages. Ce ne sont pas des personnages génériques et chacun est dénommé pour qu’on puisse le reconnaître. Les dialogues sont numérotés pour que le lecteur puisse les lire dans le bon ordre.

La première à parler est la jeune fille qui dit : « Je voudrais tendre les cordes de mon koto [l’instrument de musique à côté d’elle] mais les chevalets sont tombés et je n’y arrive pas ». On est donc vraiment dans une scène de la vie quotidienne. Et ensuite sa préceptrice interpelle une autre dame et demande :« Dame Shintaifu, pourriez-vous tendre les cordes du koto de Mademoiselle ? Pour cela, veuillez poser votre biwa [sorte de cithare] ». Et la dame en bas à gauche répond immédiatement : « Oui, je vais m’en occuper immédiatement. Ah mais ce biwa est d’ailleurs glacé contre ma poitrine et c’est très pénible. »

La dernière réplique n’apporte absolument rien au récit mais elle produit ce qu’on appelle un effet de réel. Il y en a souvent dans les dialogues et c’est une façon de rendre la scène vivante. Par exemple, il y a des personnages qui se plaignent du poids d’un bagage, de la difficulté de faire telle ou telle action. Les personnages parlent parfois aussi avec un accent, en dialecte qui donne un côté campagnard. En effet, ce sont des gens de la campagne qui viennent travailler chez la noblesse. Ces dialogues sont donc là pour porter à la fois l’histoire et donner de la vie à celle-ci.

Traduction moderne placée dans des bulles comme s’il s’agissait d’un manga (première section analysée)

Les dialogues ont été entièrement traduits en japonais moderne par des chercheurs de l’université de Nagoya et la traduction moderne est placée dans des bulles. Il y a donc très clairement ce souhait de faire un rapprochement avec les mangas, sans dire et j’insiste là-dessus qu’il s’agit de l’origine des mangas. C’est aussi un peu pour attirer un nouveau lectorat ou des étudiants pour leur dire de venir étudier ces œuvres qui ressemblent finalement à ce qu’on lit au quotidien.

On passe ensuite rapidement à la 2e section.

Elle lit le texte qui raconte ce qui se passe entre les sections et donc tout n’est pas illustré..

Traduction en français et en anglais du texte avant la deuxième section analysée

La scène suivante montre l’arrivée du prélat à la maison et la réaction des personnages.

J’ai ajouté des couleurs pour montrer qu’il y a comme des cases déstructurées en quelque sorte. On peut diviser cette section en 3 parties.

Analyse de la deuxième section

La première complètement à droite au-dessus de la ligne jaune est la zone des hommes avec le père à gauche et le prélat à droite, assis l’un à côté de l’autre en train de se parler. Dans la partie triangulaire, il y a la jeune fille, sa mère et dames de compagnie qui parlent de l’arrivée du moine. L’une d’elles dit : « Le teint de mademoiselle est ce matin meilleur qu’hier. » Une autre répond : « Depuis que le prélat est arrivé, je retrouve la confiance et je suis bien contente. » La numérotation entre les deux parties sont différentes : les 2 séquences sont racontées en parallèle ou successivement, cela n’a pas beaucoup d’importance. Et au-dessus, en haut à gauche, au-dessus de la ligne verte, ce sont 2 servantes. La numérotation suit, mais on voit quand même qu’elles sont situées dans un autre espace, probablement pour des questions de rang social. Une des servantes dit : « La demoiselle n’a rien avalé de ce qu’on lui a donné. C’est à coup sûr à cause d’un mauvais esprit mononoke. » Et l’autre dit : « Mais va-t-elle enfin boire cette potion que j’ai fait infuser ? » On a encore là quelque chose de très vivant.

Traduction moderne placée dans des bulles comme s’il s’agissait d’un manga (deuxième section analysée)

Et voilà ce que ça donne dans le livre. Il y a de petites vignettes avec les têtes des personnages. Et au début du livre, les têtes des personnages sont présentées avec leur nom : comme c’est fait aussi au début des mangas avec la présentation des personnages. Il y a vraiment une volonté de la part des éditeurs de faire une sorte de rapprochement. Pour résumer, pour les rapprochements formels, c’est le dessin en noir et blanc, sans bulle certes, mais avec l’impression que les personnages parlent, avec également des proximités thématiques. Dans notre exemple, c’est le thème de l’amour adolescent avec également celui du changement social de sexe.

En effet, à la scène suivante, il y a un jeune garçon qui va tomber amoureux sur-le-champ de la demoiselle. Et comme il est d’un rang social bien trop bas, il ne peut pas l’approcher. Il va donc se travestir en femme pour devenir dame de compagnie et donc pouvoir vivre enfin à côté d’elle. Il va y avoir des rebondissements : elle part, enlevée par des tengu, autre type de personnage qu’on rencontre dans les mangas. Et vous voyez, il y a quelque chose qui fait qu’on se dit naturellement que c’est un shôjo manga avant l’heure.

Dans le livre, les éditeurs utilisent 2 mots pour désigner les personnages :tôjôjinbutsu, terme utilisé disons plutôt dans un domaine universitaire ; et chara, réduction du mot anglais character et qui est utilisé dans le monde des mangas. Là encore, c’est une manière de rapprocher les deux.

Au cours de cet exposé, je voulais finalement vous montrer deux façons de relier les mangas et l’histoire de l’art avec deux points de vue différents que l’on a adoptés dans cette exposition entre le rez-de-jardin et l’étage. Merci pour votre attention.

Ainsi se termine l’intervention d’Estelle Bauer avec l’explication de la genèse de l’exposition « Manga. Tout un art » ainsi que des analyses très intéressantes sur des personnages de mangas (Naruto et Dragon Ball) et d’anciens rouleaux emaki. On se retrouve prochainement pour un deuxième épisode en lien avec le colloque où le journaliste Valentin Paquot s’intéressera à « la constellation manga, une industrie culturelle globalisée ».

David Maingot

Responsable Culture à JDJ et passionné de la culture et de l'histoire du Japon, je rédige des articles en lien avec ces thèmes principalement.

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