Koshôgatsu, le petit nouvel an
Peut-être avez-vous déjà entendu parler du Oshôgatsu (お正月), le Nouvel An japonais, et des différentes coutumes qui l’entourent. Mais connaissez-vous son petit frère, le Koshôgatsu (小正月) ou petit nouvel an ? Célébré autour du 15 janvier, il marque la première pleine lune de l’année et la fin des festivités du Nouvel An.

Une histoire qui remonte à un calendrier lointain
Si les Japonais utilisent à présent le calendrier grégorien, cela n’a pas toujours été le cas. Jusqu’en l’an 6 de l’ère Meiji (1873), le Japon se basait sur un calendrier lunisolaire, c’est-à-dire dont les mois suivent le cycle de la Lune et les années celui du Soleil. Ainsi, l’année était divisée en douze mois de 29 ou 30 jours (parfois treize pour compenser le retard pris sur le cycle solaire réel), eux-mêmes divisés en deux périodes de quinze jours environ. Ces deux semaines correspondaient à l’intervalle entre chaque pleine lune. Celles-ci coïncidaient souvent avec des événements importants dans l’année, comme le Koshôgatsu.
Lors de cette première pleine lune de l’année, tout particulièrement importante, on fêtait l’entrée à l’âge adulte des jeunes hommes, le Genpuku (元服), à l’origine de la fête actuelle du Seijin no hi (成人の日), qui célèbre les jeunes Japonais ayant atteint la majorité. À l’instar du Genpuku, le changement du calendrier lunisolaire au calendrier grégorien a décalé des fêtes qui ont ensuite peu à peu perdu leur importance et leur sens premier avec les années.
La visite du dieu Toshigami
Mais alors, quel rapport avec le Nouvel An ? Pour répondre à cette question, il faut en poser une autre : à quoi servent les festivités du Nouvel An ? Eh bien, en particulier, à guider et accueillir le dieu Toshigami, qui apporte de bonnes récoltes et porte bonheur à la famille. Ainsi, les kadomatsu, ces décorations en pin et en bambou placées à l’entrée des maisons, indiquent au dieu par où se diriger, et des offrandes sont dressées pour lui à l’intérieur du foyer. C’est le Ôshôgatsu (大正月), le grand Nouvel An, qui correspond au Oshôgatsu d’aujourd’hui. Cependant, le Dieu ne reste pas éternellement dans le foyer, et repart au Koshôgatsu vers les montagnes, en empruntant la fumée des feux du Dondoyaki.
Les festivités et traditions du Koshôgatsu
Il existe de nombreuses variantes dans les célébrations du Koshôgatsu, à la fois dans les rites célébrés et leur déroulement, mais on retrouve plusieurs traditions assez largement partagées :

- Dondoyaki (どんど焼き) : Le Dondoyaki est probablement le plus connu des événements du Koshôgatsu, bien qu’on le retrouve sous différents noms en fonction des temples ou des régions. On y brûle les décorations du Nouvel An, les omamori (amulettes porte-bonheur vendues dans les temples) de l’année passée, les daruma et autres objets porte-bonheur dans un grand feu en priant pour de bonnes récoltes, un commerce prospère, le bonheur pour la famille et la santé. Les mochis et dango (boules de riz gluant) que l’on fait cuire dans ce feu sont eux-aussi censés assurer une bonne santé durant l’année, tout comme la fumée et les cendres, que l’on peut ramener chez soi pour protéger le foyer.
- Mochibana (餅花 « fleurs de mochi ») ou Mayudama (繭玉 « cocons de soie ») : Les deux termes désignent la même décoration du Koshôgatsu. Il s’agit d’accrocher des mochis et des dango sur des branches mortes dégarnies de leurs feuilles ou à même les arbres, pour donner l’illusion de branches fleuries au milieu de l’hiver, rappelant celles des pruniers qui apparaîtront un mois plus tard. A l’origine, les pâtes de riz gluant étaient blanches ou rouges, mais il en existe à présent de toutes les couleurs, matériaux et formes. Certains mochibana sont faits avec des boules plus grosses, et les branches courbées sous leur poids donnent l’illusion d’épis de riz. Les gâteaux prennent parfois même la forme de cocons de soie. On trouve ces décorations dans les maisons et dans les temples. Elles sont censées amener bonheur, santé et prospérité. Il arrive qu’on fasse ensuite cuire ces mochis et dango dans le feu du Dondoyaki.
- Kayuura (粥占 « divination avec la bouillie de riz ») : cette coutume étonnante consiste à prédire les récoltes de l’année à l’aide de tiges de bambou coupées. Là aussi, de nombreuses variantes existent, mais la plus répandue consiste donc à préparer une bouillie de riz dans laquelle on ajoute des tiges de bambou coupées, chacune correspondant à un produit de l’agriculture (ou de la pêche, etc. en fonction des régions). Une fois le plat longuement mijoté, on retire les tiges que l’on examine soigneusement ensuite. Plus la tige est remplie, et meilleure sera la récolte de l’année pour ce produit. Les résultats de la divination sont affichés dans le temple, et la bouillie, parfois également agrémentée de haricots rouges, est servie aux visiteurs. Dans certains temples, elle est conservée pendant quinze jours, et la divination se fait en regardant les moisissures qui se sont développées sur celle-ci !


Un pays où se mêlent…
Comme le dit un fameux cliché que l’on taira, on retrouve dans le Koshôgatsu d’aujourd’hui les traces d’une Histoire ancienne et d’une mythologie sans âge. Malgré tout, à chaque fois, il porte le même souhait, le même espoir : que l’année nous soit clémente, et que l’avenir nous soit doux. Voilà donc le petit Nouvel An, qui pour être petit, n’en est pas moins intéressant que le grand !

