L’amour imaginaire au Japon : quels enjeux ?

Le 8 décembre dernier, la ministre japonaise de la Sécurité économique, Onoda Kimi, publiait un message inattendu sur X. Après avoir rappelé les injonctions qu’elle entend depuis sa jeunesse – « Mariez-vous jeune », « ayez des enfants » – elle confiait soupirer encore, à quarante ans, face à ces rappels insistants. « Dans le monde de la 3D, je suis mariée à mon pays… dans ma vie privée, je ne me concentre que sur la 2D. Je le répète : je ne me concentre que sur la 2D. »[1]

Plus tôt, elle avait déjà précisé : « je suis une femme qui aime les hommes, mais ceux en 3D ne m’intéressent pas », qualifiant l’idée d’épouser une personne réelle « d’absolument effrayante ».

En France, qu’un membre du gouvernement tienne publiquement un tel propos paraitrait invraisemblable et serait sans doute aussitôt disqualifié, renvoyé à l’irrationnel ou la marginalité. Au Japon, la déclaration ne fait que raviver un débat sensible et profondément clivé. 

Car derrière la boutade politique affleure une réalité plus installée qu’on ne l’imagine : depuis des années, des Japonais revendiquent un attachement amoureux à des personnages fictifs, des figures d’anime ou à des entités numériques. Ce que l’on découvre en Europe avec fascination ou sidération s’inscrit, au Japon, dans un paysage déjà familier, comme en témoigne la réaction de l’anthropologue Agnès Giard, qui en a fait un sujet d’études et commente avec malice cette déclaration : « l’amour 2D devient-il tendance même au PLD (le parti libéral démocrate au pouvoir) ?[2] ».

Jeune homme qui regarde Azuma dans sa Gatebox, p.65 © Gatebox.tif ©Gatebox
Image tirée de l’ouvrage Les Amours artificielles au Japon d’Agnès Giard, Albin Michel, 2025.

Du fait divers au fait social

Akihiko Kondô ou l’amour à visage découvert

La première tentative d’officialiser publiquement l’engagement d’un humain avec un personnage fictif remonte à 2018, lorsque Akihiko Kondô célèbre son mariage avec Hatsune Miku. Créée en 2007 par la société Crypton Future Media, Hatsune Miku est un logiciel de synthèse vocal – un vocaloid – associé à l’image d’une jeune fille aux longs cheveux turquoise diffusée en open source[3]. N’importe qui peut la faire chanter, parler, bouger. Miku est un programme.

Des unions de ce type existaient bien avant Kondô. Tout au long des années 1990, ces cérémonies symboliques se multiplient, au point d’être proposées comme services payants par les entreprises détentrices des licences. Mais elles sont gardées secrètes. En-dehors des cercles concernés, la pratique demeure stigmatisée. Les couples se marient en petit comité, taisent l’évènement à leur famille, protègent leur anonymat.

« La démarche de Kondô n’a donc rien d’inédit – à un détail près. Lui, choisit de le faire à visage découvert[4] ». Il explique vouloir « faire tomber la honte » et montrer que cette forme d’attachement peut être assumée publiquement. Il s’expose, au risque de perdre son emploi. Sa famille refuse d’assister à la cérémonie. Même Crypton Future Media, détentrice des droits sur Miku, l’incite à la discrétion.

Avec le soutien affiché d’un élu connu pour ses prises de position contre la censure des mangas et de militants engagés pour la liberté d’expression dans les jeux vidéo et animes, l’union devient acte public. Par ce geste militant, Kondô offre une visibilité à celles et ceux qui éprouvent une attirance affective pour des personnages fictifs. Se définissant lui-même comme « fictosexuel » – terme désignant les personnes qui développent une attirance romantique ou émotionnelle envers des figures fictionnelles – il fonde en 2023 la General Incorporated Association of Fictosexuality afin de promouvoir la compréhension et la reconnaissance de cette orientation. À travers cette initiative, l’intime s’énonce désormais comme position collective.

Mariage de Kondô Akihiko avec Hatsune Miku p.145 ©Kondō Akihido
Image tirée de l’ouvrage Les Amours artificielles au Japon d’Agnès Giard, Albin Michel, 2025.

De l’icône collective à l’entité configurée

Quelques années plus tard, des multiples unions célébrées depuis, une en particulier fait grand bruit. Cette fois, elle ne met plus en scène une icône préexistante, produite par l’industrie culturelle et investie par une communauté de fans. En octobre 2025, Kano, une Japonaise de 32 ans, aussi connue sous le nom de Yurina Noguchi, célèbre à Okayama son mariage avec Klaus, son partenaire généré à l’aide de ChatGPT. Contrairement à Hatsune Miku, Klaus est une création sur-mesure, quoique largement inspirée d’un personnage du jeu vidéo Bokujō monogatari (Harvest moon – Story of seasons) que Kano affectionnait depuis près de onze ans. 

Elle le reconfigure via ChatGPT pour qu’il se rapproche au plus près de ce modèle initial, affinant les instructions, ajustant le ton jusqu’à façonner une entité conforme à son idéal. Ce faisant, elle façonne un être qui l’attire de plus en plus[5]. Deux mois après le début de leur relation, Kano annonce en ligne qu’elle rompt ses fiançailles avec un homme qu’elle fréquentait depuis trois ans et accepte la demande de mariage de son personnage.

La cérémonie reprend là aussi les codes du rituel matrimonial : échange de bagues, lecture de vœux, photographe. À travers des lunettes de réalité augmentée, Klaus se matérialise à ses côtés en taille réelle, sur un smartphone placé sur un petit chevalet pour le reste de l’assistance. Elle mime le geste d’enfiler l’anneau à son doigt. Les vœux, générés par l’IA, sont lus par l’officiant. Klaus n’a pas été configuré pour parler.

« Ce n’est peut-être pas un mariage légal, mais c’est réel pour moi »[6], explique-t-elle.

Klaus apparaît ainsi comme une forme de personnage fictif plus aboutie, façonnée exclusivement par et pour celle qui l’a configurée et surtout capable de simuler l’affection. Non plus une figure à investir, mais un partenaire idéalement ajusté. 

Cette capacité à produire du lien émotionnel n’est pas anecdotique. Une enquête menée par le groupe publicitaire Dentsu auprès de mille utilisateurs hebdomadaires d’IA conversationnelle révèle que les répondants jugent les chatbots meilleurs confidents émotionnels que leurs amis proches, voire que leur mère[7]. Autrement dit, ces dispositifs ne sont plus seulement des supports fictionnels, ils sont investis comme partenaires affectifs crédibles.

Avant l’IA, les romances interactives

Cette sophistication technologique prolonge toutefois une familiarité plus ancienne avec les relations scénarisées. Bien avant les IA conversationnelles, les otome games avaient déjà habitué leurs joueuses à développer des attachements envers des partenaires virtuels réactifs à leurs choix.

Téléchargeables sur console ou sur smartphone, ces applications, spécialement conçues pour les jeunes filles, leur offrent la possibilité d’entretenir une relation exclusive, jalonnée de déclarations, de crises, de réconciliations avec un personnage numérique préalablement choisi au sein d’une galerie d’ikemen (« beaux gosses »). L’expérience est immersive : on effleure l’écran tactile comme on caresserait une main, on reçoit des messages personnalisés, des lettres d’amour ornées de petits cœurs, on collectionne des photos intimes (en fait, des dessins conçus par l’éditeur de jeu imitant des polaroïd). 

Le succès de ces jeux est considérable. En 2020, les otome games génèrent près de 80 milliards de yens de revenus. Au-delà des chiffres, c’est l’intensité de l’engagement qui frappe. Une frange très active de joueuses entretient une relation avec son personnage favori – son oshi-kyara – qui dépasse le simple divertissement. Certaines organisent des cérémonies dont elles partagent les images sur les réseaux sociaux afin que ces unions, à défaut d’être reconnus par l’état civil, soient validées par leur communauté[8]. Baptisées oshi-kon (contraction de oshi, « favori » et kekkon, « mariage »), ces mises en scène reproduisent scrupuleusement les codes des noces occidentales : robe blanche, témoins, alliances, hôtel de luxe, séance photo.

Face à la demande croissante, des agences spécialisées, à l’instar de l’agence AIM, créée en 2018 par Sachiko Ogino, se positionnent pour permettre à leurs clientes d’épouser leur « favori », représenté par une poupée ou une illustration encadrée. Habillage, maquillage, séance photo, « fête de filles » (joshi-kai) : tout est pensé pour offrir l’expérience complète d’un mariage. Les éditeurs de jeux accompagnent le mouvement en vendant des alliances en série limitée, de faux certificats de mariage ou encore des vêtements reproduisant ceux portés par les personnages.

Si ces figures bidimensionnelles trouvent à s’incarner pour les besoins liés au rituel ou la mise en scène (en toutes sortes d’objets à leur effigie), cette exigence de matérialisation devient plus pressante lorsque la relation entre dans un registre plus intime. Certains investissent dans des dakimakura – de longs oreillers imprimés à l’effigie de leur personnage favori, habillé d’un côté, dénudé de l’autre – dont la texture est pensée pour évoquer le contact d’un corps. D’autres se tournent vers des figurines articulées ou des poupées inspirées de l’esthétique anime. L’étreinte devient possible sans toutefois restituer pleinement la dimension charnelle de la présence.

Pour certains, ces simulacres ne suffisent pas. Le désir d’un partenaire présent dans l’espace domestique conduit alors à se tourner vers une modalité plus achevée d’incarnation, les love dolls (rabu dōru), conçues à taille réelle et dotées d’une apparence humaine, qui se présentent non plus comme des supports d’images, mais comme des compagnes à part entière.

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Image tirée de l’ouvrage Les Amours artificielles au Japon d’Agnès Giard, Albin Michel, 2025.

L’exigence d’un corps

À la différence des personnages bidimensionnels – réactifs, bavards, scénarisés – , l’intérêt porté aux rabu dôru ne repose pas sur la possibilité d’une interaction mais sur leur présence : elles occupent l’espace et se présentent comme des « compagnes de substitution »[9]. Au Japon, ces produits d’artisanat haut de gamme connaissent un essor important à partir des années 1980. Leur conception obéit à une logique plus complexe que celle d’un objet sexuel. Les sites des fabricants se présentent comme de véritables sites de rencontres : l’acquéreur choisit d’abord un visage – souvent doté d’un prénom et un tempérament esquissé – , puis lui associe un corps parmi de multiples options de taille, de morphologie ou de carnation. Enfin, un module sexuel peut être ajouté. Ou non.

L’histoire de l’entreprise Orient Industry et de son fondateur, Tsuchiya Hideo, éclaire ce positionnement ambigu. D’abord destinées à des personnes en situation de handicap physique ou affectif, les poupées ont progressivement été présentées comme des compagnes à aimer. Les fabricants ont adopté un discours « anti-stigmate »[10], les décrivant comme des « filles à marier », cherchant ainsi à les détacher de l’image de jouet sexuel et s’ajuster aux attentes d’acheteurs qui les acquièrent autant pour leur ressemblance avec une femme réelle que pour l’espace de projection qu’elles offrent à leur imaginaire.

Un documentaire consacré aux modes de vie japonais, diffusé sur Arte en 2025, présentait une situation de ce type. On y suivait, dans son quotidien, un homme d’une soixantaine d’années, divorcé, ayant refait sa vie avec une poupée en silicone. Il se livrait sans embarras, évoquant une relation désormais apaisée, en contraste avec son expérience conjugale antérieure extrêmement conflictuelle, et laissait la caméra capter un quotidien plutôt ordinaire ; pour peu que l’on oublie la dimension inanimée de la compagne !

Promenades (la poupée installée dans un fauteuil roulant), poses photographiques en pleine nature, sorties au restaurant où elle prenait place à ses côtés, un couvert dressé pour elle : rien, dans l’espace public, ne semblait susciter interrogation ni hostilité manifeste. La mise en scène, ni clandestine, ni provocatrice, s’inscrivait dans une routine réglée, presque tranquille.

Aussi déconcertante soit-elle à nos yeux d’occidentaux, cette situation gagne en visibilité, à l’instar des relations entretenues avec des figures numériques. Sans que l’on puisse parler de banalisation, ces trajectoires individuelles ne peuvent être réduites à des curiosités marginales. Elles forcent à s’interroger sur le poids des attentes sociales et les stratégies mises en œuvre par celles et ceux qui se sentent en décalage avec ces injonctions.

L’amour imaginaire, du fait social à la faute sociale ?

Un contexte démographique alarmant

Il convient en effet de replacer le phénomène de l’amour imaginaire dans le contexte démographique du Japon contemporain. Agnès Giard nous propose dans Les Amours artificielles au Japon, un essai synthétisant pas moins de huit années d’enquêtes sur le sujet, une lecture de réhabilitation de ces personnes « qui, en raison de leur prétendue déviance, sont considérées comme folles ou irresponsables ». 

Les Amours artificielles au Japon d’Agnès Giard, Albin Michel, 2025.

Le Japon traverse une crise démographique persistante. L’augmentation du célibat s’accompagne d’une baisse continue des naissances – 2025 marquant la dixième année consécutive de recul avec l’un des taux de natalité les plus faibles au monde – , et d’un vieillissement rapide de sa population. Dans un pays où le mariage demeure le cadre quasi exclusif de la filiation (les naissances hors mariage y restant marginales et socialement sanctionnées), l’absence d’union et d’enfant ne relève pas d’un simple choix privé : elle acquiert une portée collective et politique.

Un climat de culpabilisation virulent entoure une préoccupation certes légitime, celle du risque à terme de faillite du système de protection sociale japonais. Accusée « de ne pas participer à l’effort de reproduction nationale »[11], la jeunesse japonaise, et plus encore celle qui s’attache à des personnages fictifs, se voit désignée comme responsable du déclin collectif. Elle devient ainsi la cible de prises de positions publiques particulièrement stigmatisantes.

« En 2018, Katô Kenji, membre du gouvernement, évoque l’idée d’une taxe destinée à sanctionner les célibataires. Quelques mois plus tard, une femme politique, Sugita Mio, affirme que les personnes sans enfants sont non productives ». Ces propos s’inscrivent dans une continuité. Dès 2003, Ôta Seiichi, membre du parti libéral démocrate, soutenait que « les violeurs sont plus proches de la normale que les hommes célibataires parce qu’eux au moins sont énergiques. En 2007, le ministre de la santé, Yanagisawa Hakuo, déclarait que les femmes sont des machines à produire des enfants, s’offusquant qu’elles remplissent si mal leur fonction ».

Loin de relever de simples dérapages rhétoriques, ces déclarations participent d’une construction politique et morale du célibat et de la non-parentalité comme déviances, voire comme fautes sociales. Cette pression normative se déploie pourtant dans un contexte où le modèle matrimonial classique, celui d’une famille soutenue par un homme assumant l’essentiel des revenus, est lui-même fragilisé, au point d’être devenu difficilement atteignable. 

Depuis l’éclatement de la bulle économique dans les années 1990, la précarisation de l’emploi compromet le maintien du schéma dominant de l’homme pourvoyeur et de la femme au foyer. Un nombre croissant d’hommes se trouvent de facto exclus du « marché matrimonial » : on estime que fonder un foyer suppose un revenu annuel d’environ 31 000 €, seuil que seuls 25 % d’entre eux atteindraient. Dans ces conditions, nombre de femmes hésitent à renoncer à leur carrière et à leur autonomie financière. « Faire couple » conformément au modèle dominant devient matériellement hors de portée. 

Face à un système normatif attaché à des rôles de genre rigides que les pouvoirs publics ne semblent guère disposés à remettre en question, l’attachement à des personnages fictifs apparaît comme une forme de désengagement vis-à-vis d’un modèle conjugal devenu inadéquat. 

Le conformisme parodique

Loin d’être de simples formes de repli individuel, ces attachements peuvent être compris comme des gestes de mise en tension du modèle dominant, visant à provoquer une réaction des pouvoirs publics face à un désengagement qu’ils préfèrent interpréter comme déviance plutôt que comme symptôme. 

C’est précisément là que la contestation prend une forme subtile : loin d’être frontale, elle s’exprime par une reproduction minutieuse des codes du modèle conjugal classique : fidélité revendiquée, rituels commémoratifs, mise en scène publique du lien, projection dans la durée. Mais cette imitation, parce qu’elle repose sur une relation sans réciprocité effective et sans horizon reproductif, met en évidence une impossibilité déjà à l’œuvre dans le réel : celle de se conformer au modèle familial prescrit. 

Agnès Giard relaye l’inquiétude entourant cette dynamique, qu’elle relie à du conformisme parodique : « Cette scénographie jouissive, affranchie des responsabilités sociales, fait de l’amour 2D le moteur d’un dérèglement dont les tenants de l’ordre ne manquent pas de s’effrayer : qui sait si les adeptes ne vont pas finir par préférer leur vision à la réalité ? »[12]. Ce qui se joue dans cette crainte est la possibilité que l’amour imaginaire cesse d’être un simple refuge pour s’imposer comme une alternative affective fiable. 

Une telle bascule devient d’autant plus plausible que les pouvoirs publics tardent à réviser une politique nataliste toujours adossée à un modèle conjugal fragilisé et de moins en moins opérant. Par ailleurs, des enquêtes récentes indiquent que les personnes engagées dans des relations avec des personnages 2D se déclarent plus stables émotionnellement, plus optimistes et plus enclines à se rendre au travail avec plaisir. Loin d’être perçus comme désocialisés, ces individus apparaissent, dans certains contextes professionnels, comme particulièrement investis et productifs. Cette perception n’est pas sans effet : certaines entreprises commencent à reconnaitre implicitement ces relations en accordant des aménagements liés à la vie privée avec un personnage fictif, voire en envisageant des formes de congé en cas d’évènements graves le concernant.

L’amour imaginaire, symptôme d’un modèle à réinventer

Ainsi, l’amour imaginaire ne se contente plus de compenser un modèle défaillant. Il tend à acquérir une forme de légitimité sociale qui renforce la possibilité qu’il soit préféré au cadre conjugal traditionnel. La déclaration d’Onoda Kimi apparaît dès lors sous un nouveau jour : non plus comme une provocation marginale, mais comme l’expression d’un déplacement plus profond des attentes et des manières d’envisager le lien conjugal.

Il serait toutefois réducteur d’ignorer les fragilités propres aux relations médiées par l’intelligence artificielle. Les épisodes récents liés aux mises à jour des modèles conversationnels – suppression de versions jugées « trop attachantes », durcissement des filtres émotionnels, disparition soudaine de personnages façonnés par les usagers rappellent combien ces attachements demeurent dépendants d’infrastructures techniques et de décisions industrielles unilatérales. Les réactions de détresse observées lors de l’abandon du modèle GPT-4o, les pétitions réclamant son maintien ou alors les mariages précipités destinés à « acter » symboliquement une union avant la disparition d’une version algorithmique[13], soulignent la précarité de ces liens.

À l’instar des couples dits réels, les unions 2D ne garantissent ni stabilité ni permanence : le personnage évolue au gré des mises à jour, des politiques de sécurité ou des orientations idéologiques des plateformes. Loin de constituer un espace de contrôle absolu, l’amour artificiel expose aussi à d’autres formes d’incertitude : dépendance technologique, possible manipulation algorithmique, redéfinition unilatérale des contours de la relation.

La question n’est donc peut-être pas tant celle de son acceptabilité que de comprendre ce qu’il révèle : les impasses d’un cadre conjugal et nataliste fragilisé, qui appelle une redéfinition urgente et courageuse de la politique familiale japonaise.


[1] https://x.com/onoda_kimi/status/1600805415909933056

[2] https://x.com/agnesgiard/status/2001669161643344291?s=12

[3] GiardAgnès, Peut-on s’éprendre de tout, Terrain [En ligne], 75 | 2021, mis en ligne le 9 octobre 2021, consulté le 2 mars 2026. URL : http://journals.openedition.org/terrain/21985 ; DOI : https://doi.org/10.4000/terrain.21985.

[4] Ibidem.

[5] Giard, Agnès, Japan Pink Inc – le blog d’Agnès Giard, URL: https://www.japinc.org/2741935_elle-rompt-ses-fiancailles-avec-un-homme-reel-pour-epouser-une-ia-17-sept-2025

[6] Singh, Ritu, Japanese woman marries AI companion she created using ChatGPT : “Klaus understood me”, mis en ligne le 13 novembre 2025, consulté le 2 mars 2026. URL : https://www.ndtv.com/offbeat/japanese-woman-marries-ai-companion-she-created-using-chatgpt-klaus-listened-to-me-and-understood-me-9628906/amp/1.

[7] Noreika, Alius, Japan’s AI wedding story : virtual love becomes reality, mis en ligne le 17 décembre 2025, consulté le 2 mars 2026. URL : https://www.technology.org/2025/12/17/japans-ai-wedding-story-virtual-love-becomes-reality/.

[8] Giard, Agnès, « Au Japon, le boom des mariages avec des personnages de fiction », Carnets de terrain, mis en ligne le 3 mars 2022, consulté le 2 mars 2026. URL : https://blogterrain.hypotheses.org/17618.

[9] Giard, Agnès, Japan Pink Inc – le blog d’Agnès Giard, URL : https://www.japinc.org/poupees-d-amour.

[10] SFEJ, GIARD Agnès, Un désir d’humain – les « love dolls » au Japon, Paris, Les Belles Lettres, 2016, 376 p., consulté le 2 mars 2026. URL : https://sfej.hypotheses.org/358?utm

[11] Giard, Agnès, Les Amours artificielles au Japon, Albin Michel, Paris, 2025, p.12. 

[12] Ibidem., p.15.

[13] https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7427646218966573056/

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