Interview avec Kokusyoku Sumire : Poupées baroques
Duo de lolitas, les Kokusyoku Sumire se sont fait une place parmi les artistes du Printemps de Bourges le 22 avril 2009 avec un son et un univers pour le moins fascinant et surprenant.

Kokusyoku Sumire est une formation musicale composée de deux musiciennes lolitas. Yuka Satô occupe la place de chanteuse et joue de l’accordéon et Sachi manie le violon et le piano. Le duo est lancé en 2004 avec la sortie d’un premier mini-album intitulé Zenamai Shojohako Ningyo. Leur dernier opus, Gothlolic, sorti le 15 mai 2009 s’inspire des comptines du folklore français telles que Au clair de la lune, qu’elles interprètent parfois dans notre langue.
Que ce soit en raison de leur look, de leur style musical décalé ou simplement de leur proximité avec le public, Yuka et Sachi ne pouvaient pas passer inaperçues pendant le festival. On pouvait croiser les deux jeunes femmes faisant du lèche-vitrine dans les rues de Bourges et les retrouver plus tard sur les concerts du Printemps. Les Kokusyoku Sumire, deux gothic loitas, définissent leur style comme un mélange entre musique classique et contemporaine inspiré du kabuki, de l’opéra italien, de la musique tsigane ou encore de la musique traditionnelle française. Un style qu’elles assument jusqu’au bout des ongles. Elles ont donné un concert peu ordinaire dans la soirée du 22 avril au Phénix de Bourges. Nous les avons rencontré quelques heures après leur passage sur scène.
Journal du Japon : Vous êtes toutes les deux des musiciennes aguerries. Pouvez-vous nous présenter votre parcours artistique ?
Yuka : Nous avons toutes les deux étudié la musique classique à l’université. Je suis diplômée de la faculté Ferris University College of Music et Sachi de l’école Kunitachi College of Music. Je chante et je joue de l’accordéon.
Sachi : Je joue du violon, du piano et je chante aussi !
Yuka : Nous aimons aussi bien la musique classique que le rock. Nous avons joué dans plusieurs groupes de ce style avant de nous rencontrer en 2004.
JDJ : Pouvez-vous nous parler de cette rencontre et de la formation de votre groupe ?
Yuka : Nous avons cherché à créer quelque chose qui nous permette d’aborder la musique classique d’un point de vue plus moderne. Pour l’instant, nous avons surtout joué au Japon, et nos albums ne sont distribués que dans notre pays. En 2007, nous avons joué pour la première fois à l’étranger, d’abord en France pour donner un concert à Aix-en-Provence et à Paris, puis aux États-Unis à Los Angeles.
JDJ : Quelle est la signification de votre nom de scène : Kokusyoku Sumire ?
Yuka : « Kokusyoku Sumire » signifie « violette noire ». La violette représente le monde des fleurs qui exprime la féminité. Le noir représente l’absence de couleur, le noir se veut unique comme notre style. C’est aussi en mélangeant ou en superposant toutes sortes de couleurs, en jouant sur leur densité, qu’on obtient du noir, ce qui montre notre ouverture à différents styles.
JDJ : Vous jouer du violon, de l’accordéon, des instruments très différents. Comment définiriez-vous votre style musical ?
Yuka : Bien que nous ayons une formation en musique classique, nous avons joué du rock, du punk, ou encore de la pop. Nous avons réussi à créer un style unique à partir de ce mélange. Nous n’avons pas vraiment de référence, ni de cadre musical puisque nous nous inspirons de courants très divers. Nous avons cependant tenté de retrouver l’univers étrange des contes de fées, la magie des enchanteurs, un monde un peu baroque qui se traduit principalement par notre look.
JDJ : Votre style vestimentaire est justement votre signe d’appartenance au mouvement gothic lolita. Quel type de lolita êtes-vous ?
Yuka : Notre style vestimentaire reste en fait plutôt classique. Hier, lors d’une interview (Le Monde, ndlr), les journalistes ont comparé notre style à celui de Marie-Antoinette. On pense pourtant être plus proche du courant victorien, un style anglais. Nous voulons montrer qu’au Japon, les jeunes aiment s’habiller de façon délirante et excentrique. Cet univers nous amuse beaucoup, en particulier celui des marionnettes et des poupées françaises, c’est pourquoi nous sommes très attachées à la culture française.

JDJ : Pouvez-nous nous parler de votre prochain album dont la sortie est prévue le 15 mai 2009 ?
Yuka : Gothlolic reprend certains des titres que nous avons joué hier sur la scène du Phénix, comme La Petite Sirène, Au clair de la lune ou Le Petit Chaperon Rouge. Nous chantons un peu en français et nous avons même écrit quelques poèmes.
Sachi : Au clair de la Lune, mon ami Pierrot ! (en français) (Rires)
Yuka : Pour revenir sur notre look, Sachi s’habille de cette manière depuis plus longtemps que moi, je me suis beaucoup inspirée d’elle. Dans cet album, on va retrouver cet univers gothique mais surtout fantaisiste, qui n’existe pas vraiment.
JDJ : Quel est le thème que vous abordez dans vos créations musicales ?
Yuka : Nous n’avons pas vraiment de thème de prédilection. Nous essayons de tirer l’essence des contes comme Blanche-Neige, La Petite Sirène et de l’exprimer avec de jolis mots, une jolie musique, plutôt que d’essayer de faire passer un vrai message.
JDJ : Comment avez-vous vécu votre concert au Printemps de Bourges ?
Yuka : C’était très excitant et agréable, le public nous a rejoint sur nos chansons, notamment sur Carmen !
Sachi : Il y a une grande différence entre le public japonais et le public français. Au Japon, il reste très distant, très sage, tandis qu’en France, il participe, il bouge.
Yuka : La participation, le fait de vivre le concert ensemble est très occidental !
JDJ : Avez-vous d’autres projets après la sortie de l’album en mai ?
Yuka : Nous allons faire une tournée au Japon, puis nous espérons sortir un autre album dans le courant de l’année. Contrairement à Gothlolic qui s’inspire du folklore français, nous aimerions nous concentrer sur la musique traditionnelle japonaise. Nous avons également prévu de faire un spectacle avec une compagnie de marionnettes japonaise qui a plus de 300 ans. Nous composerons essentiellement la musique.
JDJ : Avez-vous un mot pour vos fans français ?
Yuka : Merci pour votre gentillesse et votre accueil, nous nous sommes vraiment senties comme chez nous et nous ne demandons qu’à revenir !
Sachi : C’est la deuxième fois que nous venons. Nous cherchons vraiment à nous faire connaître en France, merci !
Pour aller plus loin :
myspace.com/kokusyokusumire
www.twinkle-co.co.jp (Akira Nakagawa)

