Mirai Nikki : journal du futur, par son auteur Sakae Esuno

© MIRAI NIKKI © Sakae ESUNO 2006 / KADOKAWA SHOTEN Publishing Co., Ltd.

Les deux premiers tomes du shônen MIRAI NIKKI sont disponibles depuis le 17 juin chez Sakka/Casterman en France. Retour sur ce manga choc de Sakae Esuno, que nous avons rencontré à l’occasion de Japan Expo 2009.

On commence avec un pitch choc. Yukiteru Amano est un adolescent renfermé et indifférent. À l’école, il ne cherche pas à se lier avec ses camarades de classe, il préfère vivre dans l’univers fantastique qu’il s’est créé et écrire dans son journal intime sur son téléphone portable. L’un de ses amis imaginaires, Deus, une créature qui s’avère en fait bien réelle, lui octroie le don de voir l’avenir grâce à ce journal électronique. En contre-partie, le jeune garçon est contraint de se battre à mort contre 11 autres personnes qui ont des pouvoirs similaires. Il ne doit y avoir qu’un seul survivant. Celui-ci deviendra le nouveau dieu.
Comme Kôshun Takami l’a fait avec son best-seller BATTLE ROYALE, Sakae Esuno a placé le concept du jeu du survival au cœur de son intrigue, faisant état d’une évolution inquiétante de la société. Dans MIRAI NIKKI, l’auteur a écrit le personnage de Yukiteru à l’image d’une jeunesse japonaise détachée, de plus en plus individualiste et repliée sur elle-même, qui se trouve complètement démunie lorsqu’elle est confrontée à une épreuve.
Pour l’auteur, concerné par la tendance des jeunes à se laisser abattre, à fuir leurs responsabilités, l’enjeu de sa série est de « leur montrer qu’il ne faut pas se décourager face à l’adversité et qu’on peut toujours trouver une solution ». En mettant son héros devant des choix difficiles, le mangaka espère que « les lecteurs s’identifieront très vite à Yukiteru pour réfléchir à une porte de sortie en même temps que lui, au rythme de l’histoire ».
Mais Esuno s’inquiète. Il nous explique que ses lecteurs, d’après les retours qu’il a eu au bout de 8 tomes, seraient plus enclin à renoncer à trouver une sortie pour Yukiteru, compte tenu de la situation improbable dans laquelle il se trouve. « Peut-être que l’histoire que j’ai créée est vraiment trop compliquée ! », s’amuse-t-il.
Le récit de Sakae Esuno, après lecture des deux premiers tomes, reste pourtant bien ouvert. Le joueur numéro 4, qui refuse de se soumettre à cette grave expérience bien qu’il n’ait a priori pas le choix, pourrait par exemple redonner confiance à Yukiteru. À travers ce récit, le mangaka cherche à donner du courage à la jeunesse japonaise, qui a tendance à se replier sur elle-même, face à l’adversité.

Croquis de Yuno réalisé par Sakae Esuno pour Journal du Japon © Journal du Japon TDR
Croquis de Yuno réalisé par Sakae Esuno pour Journal du Japon © Journal du Japon TDR

Journal du Japon : Bonjour M. Esuno, pouvez-vous vous présenter, qu’est-ce qui vous a poussé à devenir mangaka ?

Sakae Esuno : Je dessine depuis que je suis jeune et j’ai toujours voulu devenir mangaka. Au collège, même si on me faisait des compliments, on me mettait aussi souvent en garde sur le fait que c’était un métier très difficile et qu’il y avait peu d’élus pour beaucoup d’appelés. Mais j’ai un grand esprit de contradiction. Plus on me disait que c’était dur, plus j’avais envie de le faire. J’ai donc participé à un concours de manga pour gagner 500 000 yens. J’ai perdu évidemment, mais je ne me suis pas découragé. J’ai travaillé dur et je suis entré dans une école de manga. J’ai suivi les cours pendant deux ans, avant de devenir l’assistant d’un mangaka.

JDJ : Finalement vous avez finit par en gagner des prix ?!

Sakae Esuno : Oui ! (Rire)
En 2001, j’ai reçu le 11e Prix du nouvel auteur décerné par le magazine mensuel Shônen Ace des éditions Kadokawa, qui m’a permis de passer professionnel, d’être accepté en tant que mangaka. Puis en 2003, j’ai reçu le Prix du nouveau talent toujours avec le Shônen Ace, avec le titre Hanako to gûwa no terror. Cette récompense m’a permis d’être publié dans le magazine.

JDJ : Vous connaissez enfin le succès avec votre shônen MIRAI NIKKI, dans lequel vous malmener votre héros, un adolescent renfermé, dans un jeu cruel. Quel message cherchez-vous à faire passer ?

Sakae Esuno : J’ai en effet imaginé ma série pour passer un message auprès des jeunes lecteurs japonais. Les jeunes au Japon ont tendance à se renfermer. Ils ne sont pas très fort au niveau de l’esprit, ils sont fragiles. Yukiteru, le héros, représente cette génération. Il est à leur image : fermé et faible.
Je l’ai mis face à une situation très dur devant laquelle il fuit au départ pour que les lecteurs s’identifient à lui. Mais ce que je souhaite c’est que mon histoire entraîne les lecteurs à réfléchir à des solutions par eux-mêmes avec le héros et les encourager à faire pareil dans la vie.
Je voudrais leur redonner la pêche, montrer que quand il y a des obstacles, il y toujours des moyens pour s’en sortir. On peut tous faire des erreurs, mais il faut avancer.

JDJ : Quelle a été la réaction des jeunes japonais à la découverte de votre série et par rapport à ce message ?

Sakae Esuno : Malheureusement ils font tout le contraire de mes conseils. Pour les lecteurs la situation dans laquelle se trouve Yukiteru est tellement difficile qu’ils sont à bout et on envie de renoncer… c’est dommage ! Mais peut-être que l’histoire que j’ai créée est vraiment trop compliquée ! (Rire)

JDJ : Que vous preniez en compte la réaction de vos lecteurs ou non, vers quoi allez-vous orienter votre histoire ?

Sakae Esuno :
Yukiteru va faire face a des problèmes de plus en plus dur. Il mûrit chaque fois qu’il arrive à les surmonter. Jusque là, il subissait ce qui lui arrivait, mais il va ensuite prendre le dessus.

JDJ : Quels sont les titres ou quels sont les auteurs qui vous ont inspiré votre histoire et vos personnages ?

Sakae Esuno :
Pas uniquement sur ce titre mais d’un point de vue plus général, Rumiko Takahashi est l’auteure qui m’a le plus influencé. J’apprécie toutes ses séries, notamment Mermaid Forest, et c’est sur son modèle que je construis mes personnages. Pour le dessin et même pour l’histoire, la série animée Neon Genesis Evangelion de Hideaki Anno m’a énormément influencé également. Aujourd’hui, on peut dire que ce mélange définit mon style.

JDJ : Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez actuellement ou vos projets futurs ?

Sakae Esuno : Je me concentre sur MIRAI NIKKI pour l’instant, mais il y aura d’autres projets après.

Céline Maxant

En créant le magazine Journal du Japon en 2008, je cherchais à valoriser la culture populaire japonaise auprès du grand public. Je souhaitais aussi mettre en avant les pratiques artistiques amateurs autour du manga et de l'animation comme le cosplay, et à faire vivre les événements aux passionné.es via des articles de presse et des reportages photos.

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