Hirohiko Araki, premier mangaka au Louvre
En libraire depuis début avril, le one shot Rohan au Louvre de Hirohiko Araki, est le premier manga à sortir dans la collection BD des éditions du musée du Louvre en collaboration avec les éditions Futuropolis.

Jeudi 15 avril dernier, Fabrice Douar, responsable de la collection BD des éditions du musée du Louvre, et Sébastien Graedy, directeur des éditions Futuropolis, étaient au Manga Café de Paris pour nous présenter Rohan au Louvre. Il s’agit du 5e album et du 1er manga à paraître dans la collection BD des éditions du musée du Louvre, pour laquelle il a été spécialement conçu par Hirohiko Araki. Nous retrouvons Rohan Kishibe, personnage bien connu des Japonais car imaginé par le mangaka dans la saga JoJo’s Bizarre Adventure, dans un contexte très particulier. C’est en effet autour de Rohan que tourne cette aventure qui se déroule au Louvre.
« Jirô Taniguchi nous prépare un seinen pour l’an prochain… »
Rohan Kishibe est un jeune mangaka. Pendant ses vacances, il fait la connaissance d’une jeune femme, Nanase, qui loue une chambre chez sa grand-mère. Le voyant dessiner, elle lui parle d’un tableau maudit. Le peintre fut en effet condamné à mort par son Seigneur pour avoir abattu l’arbre vénérable pour en puiser une encre noire unique au monde. Dix ans plus tard, devenu un professionnel reconnu, Rohan entend à nouveau parler du fameux tableau noir. Profitant d’un séjour à Paris, il décide alors d’aller le voir au musée du Louvre. Mais le tableau n’est pas exposé. Il est introuvable et semble avoir disparu…
Si la sortie de ce one shot est un évènement c’est aussi parce que l’auteur, Araki, l’a spécialement créé pour le Louvre et soulève ainsi plusieurs problématiques liées à la popularité du manga (en général) en France, le passage de la BD franco-belge à la BD japonaise (et inversement), ou encore l’intérêt du Louvre à sensibiliser son public à des lectures plus variées.
Les éditions du Louvre investissent le manga. C’est donc ce qu’il ressort de la collaboration avec le mangaka. « Je suis parti à la rencontre d’éditeurs à Tôkyô, raconte Fabrice Douar. Hirohiko Araki a tout de suite répondu présent, enthousiaste à l’idée de pouvoir enfin raconter le Louvre dans un manga. » Le projet n’était pourtant pas sûr d’aboutir sachant que le mangaka est extrêmement sollicité au Japon. L’éditeur nippon Shûeisha craignait qu’il se détourne de sa série culte JoJo’s Bizarre Adventure actuellement publiée dans la revue Ultra Jump. Mais le Louvre les attire tellement qu’il fallait aller au bout du projet ! Huit mois auront suffit à Hirohiko Araki pour compléter l’œuvre.
Sa particularité réside dans un savant mélange de manga et de bande dessinée franco-belge. Rohan au Louvre se lit comme un manga, de droite à gauche, mais se présente comme un album de bande dessinée, avec reliure cartonnée et dessins en couleurs. Au risque de se répéter, en France la BD franco-belge est considérée comme le 9e art (y compris par les Japonais), contrairement au Japon où le manga reste très populaire. En librairie, c’est finalement dans la section « beaux livres » que vous trouverez l’album.
Plus de jeunes au Louvre
Leur collaboration avec des dessinateurs de bandes dessinée tels que Éric Liberge ou Marc-Antoine Mathieu, ont donné l’idée aux éditions du Louvre de sortir plusieurs one shot dans une collection appropriée. Un manga était une première. L’envie de décrisper le monde de l’art, de lui faire rencontrer le monde de la BD et vice-versa au musée du Louvre est à la base de cette initiative. « La rencontre de ces deux mondes nous paraissait pertinente, souligne Fabrice Douar. Nous voulions créer une passerelle, amener le monde de l’art à voir la beauté de la BD, et les lecteurs de BD à prendre conscience que l’art n’est pas si poussiéreux qu’on le perçoit. »
Pour aller plus loin, le musée du Louvre espère avec Rohan au Louvre attirer la jeunesse, cible du manga, entre ses murs. Du côté japonais, le pari est d’ores et déjà réussi puisqu’au premier jour de sa sortie en France début avril 2010, la 1ère édition de l’album en version française s’est écoulée en commandes japonaises. La BD est actuellement publiée par chapitres dans le magazine Shônen Jump de Shûeisha. Le volume manga relié devrait sortir au Japon en septembre prochain.
Araki n’est pas le seul mangaka qui va se pencher sur le projet. « On prévoit de sortir encore deux ou trois mangas en rapport avec le Louvre, explique Sébastien Graedy. Jirô Taniguchi nous prépare un seinen pour l’an prochain… »

