Leçon par un maître : Masakazu Katsura, professeur d’un jour et conférence publique à Japan Expo 2010
Page 1 : master class avec Masakazu Katsura

© Photo Thomas Hajdukowicz
Tsukasa Hôjô n’était pas la seule légende du manga vivante à nous avoir gratifié de sa présence sur Japan Expo 2010. Ainsi, les visiteurs ont pu rencontrer Masakazu Katsura. Très disponible, en plus d’avoir donné une conférence publique, qui a fait salle comble, et d’avoir dessiné en direct Jin, le personnage principal de sa série du moment, ZETMAN, le maître a aussi dirigé une master class privée à laquelle une poignée d’élus a pu assister.
Pour tout passionné de bande dessinée en général, Masakazu Katsura symbolise peut-être la fusion idéale entre manga et BD de super-héros nord-américaine, du fait de ses séries WINGMAN et ZETMAN. Allégation un peu vite avancées, puisque le mangaka reconnaît lui-même « ne pas lire de comics » – le premier Batman de Burton ayant suffit à lui inspirer l’univers graphique très sombre de ces deux séries.
Cependant, restreindre l’œuvre de Katsura à l’adaptation en manga de super sentai serait limité. Fut un temps, il excellait dans la comédie romantique pour garçon, avec les titres DNA², I »s ou encore Video Girl Ai. Titres un peu relégués au second plan aujourd’hui, Akamatsu, avec son Love Hina et ses gros sabots étant passés par là depuis, et nous ayant presque fait oublier qu’à une époque, même les garçons pouvaient lire des séries romantiques avec une intrigue « mature » et des sentiments proches de la réalité.

Un auteur et dessinateur a priori complet, donc, puisqu’il arrive à jongler entre univers urbains dangereux et vie lycéenne tranquille, en flirtant parfois avec l’érotisme (son one shot M). Mais c’est pour parler de son travail de dessinateur aujourd’hui qu’il est venu à la 11e édition de Japan Expo.
Ayant une grande liberté quand au contenu éditorial de sa série ZETMAN, Katsura, que nous avons pu interviewer sur le festival, a insisté sur le fait que cela était l’occasion pour lui « d’expérimenter, tant sur l’histoire que sur le dessin », chose qui ne lui était pas toujours permis par le passé. De cette liberté naît alors ce style particulier, définitivement « manga » au sens traditionnel du terme (en cela qu’on reconnaît le trait japonais tout se suite), mais aussi très dynamique, novateur, qui est un peu la marque de fabrique de cette série.
Avec près de 30 ans de métier derrière lui, plus que l’évolution de son style (de WINGMAN à _ZETMAN_, deux histoires de super héros finalement), ce qui l’a marqué le plus, c’est la reconnaissance internationale de son travail. En effet, alors que ses publications sont destinées avant tout à un lectorat japonais (le territoire décrit dans ZETMAN mêle un Japon d’avant guerre, un Japon contemporain, et un Japon futuriste tel que fantasmé dans ce pays – des détails qui échappent à un lecteur étranger non-initié), il reste très surpris de voir « autant de lecteurs occidentaux se précipiter aux conventions pour [le] voir ». Plongeant les lecteurs dans des univers finalement très référencés, puisque parmi ses influences on compte Ultraman et Ultra Seven, séries qui ont très peu franchi les frontières nippones, Katsura témoigne ainsi à sa manière de l’essor, de l’internationalisation du manga depuis les deux dernières décennies.
Un maître qui a la classe pour une master class
Japan Expo 2010 n’aura pas été l’occasion pour Katsura-sensei que de parler en public et de dédicacer. Pendant 1 heure, le dimanche 4 juillet, 20 élus/chanceux/jeunes dessinateurs prometteurs (rayer les mentions inutiles) ont eu l’honneur d’assister à un cours de dessin dirigé par le maître. Saeko Doyle, jeune illustratrice jeunesse indépendante, était parmi eux.

Du fait de l’attitude très avenante de Katsura, chemise à fleurs et pork-pie hat, l’atmosphère entre maître et élèves est de suite très détendue :« Monsieur Katsura est très généreux. Il est pas du tout radin dans ses explications. Il est venu dans l’esprit que les élèves lui pose des questions axées sur le dessin et qu’il allait y répondre », nous raconte Saeko après la master class. Méthode que le maître semble apprécier, puisque de son aveu même, c’est de cette manière qu’il aime expliquer, enseigner à ses assistants : plutôt qu’une relation stricte supérieur/subordonné où le maître dirige et explique et les autres exécutent, il préfère qu’il y ait un véritable échange, et que les élèves s’expriment tout autant que lui, en lui demandant conseils et précisions.
Cette master class n’a bien évidemment pas été qu’échanges verbaux : « Il nous a fait des démonstrations sur paperboard […] Une personne lui a demandé comment concevoir un bon storyboard, il a commencé à dessiner un pseudo storyboard ». Pas avare en conseils, pour le plus grand bonheur de ses auditeurs, Katsura-sensei a ainsi pu expliquer, entre autre, les techniques de prise de vue, le dessin d’action… parsemant ses explications de petits conseils techniques personnels facilitant la tâche du dessinateur au quotidien.
Si cette heure a pu paraître bien courte pour les participants, elles n’en a pas été moins enrichissante : « J’ai retenu des petites choses quand même (rires). Il y a des choses que je vais réutiliser ». Lors de sa venue pour Japan Expo 2004, Katsura pensait que ça serait son dernier voyage en France. Cette édition 2010 nous a prouvé le contraire. Aussi, le maître tend lui aussi à ravaler ce premier avis et accepterait bien volontiers de refaire un passage dans notre pays avant la fin de ZETMAN, pour peu qu’on veuille bien de lui. Pour notre part, nous sommes prêts à accueillir bien volontiers cet amoureux du dessin original.
Pour aller plus loin :
Compte rendu de la master class par Saeko Doyle
Saeko Doyle
Compte rendu de la conférence publique de Masakazu Katsura à Japan Expo 2010 en page 2 ->

