Interview avec Ayano Yamane : Auteure de Boy’s Love

Couverture du tome 1 de Viewfinder © Ayano Yamane / Asuka

« Vous n’avez pas besoin que je développe un peu plus sur les scènes érotiques ? » Voilà comment Ayano Yamane conclut notre interview ! Elle s’inquiète. Nous n’avons pas eu le temps d’explorer plus longuement son approche du yaoi.

Ayano Yamane, que nous avons rencontré lors de Japan Expo 2010, est une auteure emblématique de la revue japonaise BExBOY dédiée au boy’s ove / yaoi. Viewfinder a fait la Une du premier numéro du magazine dans sa version française édité par les éditions Asuka en juillet 2009. Depuis le 1er juillet 2010, les deux premiers tomes du manga sont disponibles en France.

Le polar version yaoi. C’est ce que propose Ayano Yamane avec sa série Viewfinder. L’auteure y raconte l’histoire de Takaba Akihito, un reporter-photographe qui devient la cible d’Asami, un dangereux criminel.

La mangaka espère que ces lectrices prendront du plaisir à lire ses titres. C’est presque une mission pour elle ! Le yaoi est un genre à part entière du manga mettant en scène des relations romantiques entre hommes mais à destination d’un public féminin. Ayano Yamane nous éclaire un peu plus sur le sujet dans notre interview. Même si elle aimerait beaucoup poursuivre ses histoires en développant au maximum ses personnages, Ayano Yamane écoute ses lectrices avant tout. Si ces dernières veulent plus de scènes érotiques, elle en donnera, ou alors plus de romance, idem.

Journal du Japon : Comment êtes-vous devenue mangaka ?

Ayano Yamane : J’ai toujours aimé dessiner, depuis que je suis toute petite, depuis la crèche ! J’ai très vite commencer à faire des dôjinshi (manga amateur, ndlr) et puis un éditeur a remarqué mon travail. À l’époque où je faisais du dôjinshi, j’avais un travail alimentaire à côté, je faisais la mise en couleur dans une imprimerie.

Qu’est-ce que le Boy’s Love ?

C’est un genre de manga avec des histoires érotiques mettant en scène des hommes, mais spécialement faites pour les femmes, pour leur plaisir. C’est un loisirs.

Qu’est-ce qui séduit tant les femmes japonaises dans le Boy’s Love ?

Au Japon, il y a beaucoup de manga porno, mais ils sont tous réalisés à destination des hommes. Les femmes y sont maltraitées et humiliées, et ça n’est pas du tout le reflet de leur fantasme à elles. Et dans le shôjo manga (manga pour les filles, ndlr), il y a de belles histoires mais qui ne vont jamais au bout, il n’y pas d’érotisme. C’est également une des raisons qui peut pousser les femmes vers ce type de lecture.

Qu’est-ce qui vous plaît à vous dans le fait de dessiner des manga érotiques ?

C’est un plaisir de dessiner des relations entre hommes. C’est beaucoup plus simple que de dessiner et de décrire des relations homme-femme dans le sens où je peux complètement m’éloigner de la réalité, prendre du recul. C’est mon imagination qui travaille, je ne suis pas obligée de m’identifier à des personnages bien réels. Je ne cherche pas du tout à être réaliste, uniquement à exprimer un fantasme. Et donc je n’ai pas de contrainte.

Qu’est-ce que votre expérience du dôjinshi a apporté à votre style ?

J’ai appris à prendre les autres personnes, artistes ou lecteur.ices, en compte, en travaillant en équipe et parce que le rapport avec le public dans le dôjinshi est direct. On sait tout de suite s’il aime ce qu’on fait ou non.

Le manga est-il une source d’inspiration pour vous, qu’est-ce qui stimule votre imagination ?

Je ne lis pas tellement de manga. Mais les univers du cinéma, de l’animation et des dramas m’inspirent beaucoup.

Quels sont les retours de lectrices que vous avez eu sur vos personnages ?

Elles aiment beaucoup le personnage d’Akihito. Mais c’est compliqué… J’ai eu la chance de pouvoir développer ma série et d’approfondir le caractère de mes personnages, de développer cet aspect plus soft de l’histoire. Il y a les lectrices qui aiment, et qui voulaient que je prennes cette direction, et d’autres qui, au contraire, s’impatientent et qui ont hâte de voir revenir les scènes érotiques !

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Les derniers chapitres de Viewfinder et je continue l’histoire de Crimson Spell qui en est à ses débuts et que je souhaiterais développer.

Aimeriez-vous travailler sur d’autres histoires et pourquoi pas autre chose que du Boy’s Love ?

J’ai toujours envie de dessiner de nouvelles histoires ! J’ai des idées qui vont, qui viennent… J’aimerais par exemple faire un Boy’s Love qui se passe dans le cadre du lycée, mais je n’ai pas le temps et je tiens à bien me concentrer sur Crimson Spell, qui me plonge déjà dans l’enfer de la revue mensuelle (rire).

Merci beaucoup !

Est-ce que mes réponses sont suffisantes ? Vous n’avez pas besoin que je développe un peu plus sur les scènes érotiques ? (Rires)

Propos recueillis par Céline Maxant

Céline Maxant

En créant le magazine Journal du Japon en 2008, je cherchais à valoriser la culture populaire japonaise auprès du grand public. Je souhaitais aussi mettre en avant les pratiques artistiques amateurs autour du manga et de l'animation comme le cosplay, et à faire vivre les événements aux passionné.es via des articles de presse et des reportages photos.

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