Buono! à La Machine : Performance enthousiaste et mécanique

« J’attendais ce concert depuis longtemps. » Buono!, formation du Hello!Project, composée de Momoko Tsugunaga, de Miyabi Natsuyaki (Berryz Kôbô) et d’Airi Suzuki (°C-ute) a donné son premier concert en Europe à la Machine du Moulin Rouge le dimanche 12 février 2012, trois ans après une tentative avortée à l’équivalent Suédois de Japan Expo. Les billets étaient, en tout logique, intégralement vendus en une semaine… Live report de cette grande première.

La Machine, salle particulièrement remarquable au cœur de Pigalle, fait partie de ces boîtes parisiennes résolument taillées pour le rock pur et dur − on trouve dans cette salle ce contraste délicieux entre ambiance old-school et cosy, balcons, meubles à l’ancienne et bar disponible à l’arrière pour le fou qui voudrait siroter quelque chose et, de facto, perdre sa place. La Machine a beau être une grande salle, il est indéniable qu’elle était bien remplie, voire comble. Sur un escalier, perché sur un tabouret comme dans la fosse, être grand est un avantage stratégique pour assister à ce show rose et sucré. Une ambiance parfaite qui se met facilement en parallèle avec la musique prête à être jouée : accueillante, rassurante, aguicheuse.
Chaque fan qui se respecte pouvait même se procurer l’habituelle litanie de goodies, dont une compilation spécialement éditée par Soudlicious. Idéal pour repartir de ce début de soirée avec un petit souvenir. En supposant, bien sûr, que vous ayez respecté l’interdiction de filmer la prestation du trio. Force est de constater que beaucoup d’extraits sont actuellement sur YouTube, malgré les directives posées par le staff, sur scène.

Une chose est sure : les fans sont chauds bouillants. Un fan de Buono! ne pogote pas, ne danse pas vraiment, il bat la mesure et hurle du « HEY! » en contretemps avec un timing impeccable. L’investissement est franc, sincère, total, presque messianique : tout le monde arrive à sortir en même temps le prénom de la même diva, presque au hasard. Parfois, c’est davantage calculé : en plein concert s’organise une sorte de concours de popularité se jaugeant au nom de la fille le plus hurlé − pour l’anecdote, Miyabi gagne haut la main.
Le public n’est peut-être pas très dansant mais on sent une communion, un réel bonheur d’être là. Il ne concerne pas de tranche d’âge particulière : quelques enfants accompagnés de leurs parents, beaucoup d’adolescents mais un certain nombre d’adultes, voire trentenaires et plus. On pourrait argumenter sur le potentiel sexy du groupe, mais la fosse est parfaitement mixte ! Le show commence à l’heure précise, amorcé par un petit sketch en vidéo mettant l’emphase sur le coté « grande première » du concert. Les trois minettes apparaissent, la salle est en feu, un spectacle à la mécanique bien huilée commence.
La musique Buono!, qu’est-ce que c’est ? Impossible de prendre un équivalent occidental, c’est un savant mélange qui brasse plusieurs styles : gentiment rock, plus pop qu’autre chose, des chansons s’inspirant des formules punk ; quelques power-chords et le tube est là. Ça n’empêche pas les morceaux de cultiver un minimum de variété, intro vaguement technoïde, inspirations synth-pop et quelques passages rapides, formules rythmiques simples et un peu de stop and go, façon girl’s rock américain. Évidemment, Buono! est bien loin des valeurs véhiculées par Hole et autres Babes in Toyland − ici, la musique est majeure, énergique et ne comporte pas le moindre microgramme de négatif. En revanche, la musique est déjà enregistrée : le genre veut que la voix prime sur le reste. Bonheur, rose et optimisme : si on devait résumer la musique de Buono! par des notions abstraites, on commencerait simplement par là !

Sur scène, les filles doivent se sentir un peu seules : pas d’instruments, peu d’espace pour bouger, peu d’interaction avec le public… le problème est là : pour un show très court (un peu moins d’une heure et demie) sans rappel, la moindre perte de temps est criminelle, ce moment interminable où le staff monte sur scène pour papoter dix minutes avec les stars sortait un peu de nulle part, même si cela permettait un peu d’interaction formelle avec le public, le minimum syndical. Il y a animation et perte de temps : en l’occurrence, les filles auraient eu le temps de glisser deux ou trois chansons. Un homme est même apparu glisser un mot visiblement angoissant à l’animatrice ; ça à l’air d’être un détail, mais cela trahissait un peu le formalisme derrière un tel spectacle. On sent que les enjeux sont plus élevés qu’on ne pourrait le croire…
Toujours est-il que les filles savent satisfaire leur public et faire preuve d’un certain don de soi. Les dernières chansons nous ont réservé une belle surprise : après une première partie en tenue de scène stylée, frous-frous et robe blanche mais sans tomber dans les poncifs du genre, un changement de tenue plus tard, Buono! se transforme soudainement en formation sexy, capable d’adopter des poses sensuelles, d’aguicher, mine de rien. Chanter et jouer est une chose, chanter et danser en est encore une autre. Sur le premier point, on regrettera peut-être le fait qu’elles superposent systématiquement leur voix, au détriment d’un potentiel harmonique certain. La chorégraphie cache quant à elle quelques petites imperfections : en y regardant bien, on peut parfois y trouver des mouvements étranges, manquant un peu d’énergie, des pas lents et saccadés. Parfois, l’ensemble manquait un peu de conviction. D’ailleurs, pourquoi utiliser l’écran de fond en introduction si c’est pour le délaisser totalement lors des prestations ? Si Buono! peut s’inspirer des concerts occidentaux, ce serait probablement en effets de scène. Ici assez pauvres et peu nombreux, on constate que tout se focalise sur les filles, avant la musique et l’animation en tant que tel. Quel coté de la scène est le plus engagé ? Pas facile à dire…

Buono! nous a offert un premier concert à la hauteur des attentes des fans. Ils le disent eux-mêmes : « Je voulais absolument voir mes idoles », « la JPop est un genre de musique qui me rend heureuse, j’écoute rarement autre chose », « c’était mon premier concert, peut-être le meilleur de toute ma vie ». Les fans ne sont certainement pas aussi nombreux que ce qu’un festival rock occidental peut fédérer mais ils sont fidèles, volontaires, engagés, ils reviendront. Les filles, de leur coté, accusent d’un jeu de scène très mécanique et millimétré, mais elles savent désormais qu’elles seront toujours bien reçues.
SETLIST Buono! à La Machine du Moulin Rouge :
- Hatsukoi Cider
- We are Buono! ~Buono! no Theme~
- Nakimushi Shonen
MC - Rottara Rottara
- Honto no Jibun
- Kokoro no Tamago
- Minna daisuki
- Kiss! Kiss! Kiss!
- Independant girl ~ Dokuritsu Joshi de Aru Tame ni
- DEEP MIND
- JUICY HE@alexismaBravo☆ Bravo
- Renai♥Rider
- Warp!
MC - Rock no kami-sama
Pour aller plus loin :
www.soundlicious.com
www.helloproject.com/buono/index.html
http://buono-net.com

