Concert : Les bits du Professeur Sakamoto

Véritable outsider de la programmation musicale de cette Japan Expo, le professeur Sakamoto est venu avec sa cape, son clavier et son enthousiasme pour nous interpréter quelques mélodies connues de tous. Cette première approche du public français présage-t-elle d’autres rendez-vous ? Impressions.

Professeur Sakamoto en concert à Japan Expo © Photo Céline Maxant

Japan Expo, salle de presse, dimanche après-midi. Discussion entre deux journalistes. En arrière-plan, Professeur Sakamoto prend le temps de poser pour ses quelques nouveaux fans. « Il est bien sympathique ce Prof. Dommage qu’il n’ait pas pu être mis plus en avant » Son comparse rétorque, pessimiste : « Ouais, je pense qu’il ne reviendra pas ».

Pourquoi ce préjugé ? Il est vrai qu’entre les mastodontes de la J-Pop qui ont arpenté les scènes de cette édition, le bonhomme costumé un peu sorti de nulle part avait du mal à se faire une place. On ne peut que lui souhaiter le contraire pour la suite mais le musicien, totalement inconnu dans l’Hexagone, a eu l’honneur d’ouvrir la convention de manière fort discrète : un premier showcase en guise d’ouverture de la scène Jeux Vidéo le jeudi matin, l’amorce d’une succession de concerts qui iront jusqu’à la Live House, oasis musical de la convention. Cependant, pas de créneau lui permettant un show long et épique, le Prof était comme en période de probation. Ses qualités de musicien sont pourtant indéniables : décrit comme un surdoué doté d’une oreille absolue, il possède déjà une certaine aura au Japon où il fait le tour des émissions spécialisées, de la NHK à Nippon Television.

Qui est cet étrange personnage ? Un Japonais maîtrisant l’anglais – bien plus qu’un automatique « hello » que bien des anglophones de dépassent pas sur scène – et possédant un look bien à lui : une cape, des boots, une visière façon Daft Punk et un étrange casque où il peut fixer des consoles rétro. Son costume annonce son style de musique avant qu’il ne joue ; Un fier ensemble rouge et noir, code couleur évoquant déjà les tons de nos consoles d’antan. Ainsi, ce showman ne se consacre qu’à l’interprétation de morceaux de jeux vidéo d’antan. Sa playlist n’a pas changé sur ses différentes prestations : Super Mario Bros 3, Legend Of Zelda, Castlevania, Megaman 2, Final Fantasy 3, Chrono Trigger… En demandant systématiquement à son public s’il connaît l’objet de sa prochaine prestation, Sakamoto ne se doute pas qu’il prêche une assemblée de convertis! Son outil de travail : un simple clavier sans prétentions, réglé pour émuler le son typique d’une console Nes d’où il sort des mélodies. Parfait compromis entre bruitage et son. Les airs sont parfaitement exécutés, sans fioritures, presque en pilote automatique, suivis d’un « Yeaaaaaah » satisfait. Le Prof est un excellent pianiste. Il ne fait pas que simplement reprendre les mélodies phares de nos jeux préférés. Chacune de ses prestations est en fait un mini-medley du jeu et les transitions sont fluides et cohérentes. Ces musiques fédératrices sont un plaisir pour les gamers et sauront convertir les autres. Et son champ d’action n’est pas limité à une génération fixe de consoles ! Dans une logique chronologique, Sakamoto décroche la bécane de son casque (opération fastidieuse et parfois un peu comique mais le public adore les nouveaux venus et reste compréhensif) pour y mettre une Super Nes ou une Super Nintendo et ainsi upgrader sa musique. Malheureusement, le show reste à l’image du support : un peu trop minimaliste. On sent bien que le prof est limité par les moyens du bord – aucun effet de scène, pas d’autre interprète – le showman dégage une certaine solitude sur la scène Jeux Vidéo, cette impression étant estompée par la largeur du public dans la Live House. Cependant, le showcase était strictement le même, dommage.

Professeur Sakamoto change de disque © Photo Céline Maxant

Toutefois, le Prof n’est pas reparti sans nous interpréter Samuraï, une de ses compositions. C’est ce single qui donne définitivement envie de suivre le bonhomme de plus près : hors de ce carcan nostalgique, ce morceau révèle tout le potentiel de musicien/compositeur du bonhomme. Ce véritable petit bijou fait une plus large place au piano et à des lignes mélodiques plus amples, davantage maîtrisé dans les effets, comme s’il était joué par deux ou trois musiciens à la fois. Une belle découverte, visionnable à loisir sur Youtube.
Entre deux morceaux, Sakamoto nous explique son passif : en plus d’avoir un site personnel, il joue une fois par semaine sur la plateforme Nico Nico Douga où il exécute parfois les requêtes de ses auditeurs. Il a également un compte Ustream.

Entre son look unique, son assurance et sa manière de titiller la fibre rétro, les shows du Professeur Sakamoto étaient une petite bulle d’air dans les allées du parc des expositions. On espère sincèrement le revoir et entendre un répertoire étendu de quelques nouvelles compositions.

Photos Céline Maxant © journaldujapon.com – Tous droits réservés.

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