Littérature jeunesse : à la découverte des éditions Yoaké

L’année 2014 fut à nouveau une année de diversification pour toutes les maisons d’éditions et on a vu naître aussi bien des nouvelles collections que de nouveaux labels. Le secteur jeunesse & Japon fait partie des pistes en plein essor et c’est ainsi que sont né les éditions Yoaké. Quelques semaines après son lancement au dernier Salon du Livre Jeunesse de Montreuil, l’éditeur à accepter de se présenter à travers dix questions : création, ligne éditoriale, positionnement sur un marché qui se développe de plus en plus, leurs auteurs, leur livre et bien évidemment leur public !

Rencontre et découverte donc, avec la responsable de cette nouvelle collection : Yumena MIYANAGA.

Yoaké

Journal du Japon : Bonjour Yumena… Pour commencer, une question simple : Yoaké, d’où vient ce nom ?

Yumena MIYANAGA : C’est du japonais. Cela signifie « aube ». Nous voulions pour notre label un nom qui porte l’intention de notre ligne éditoriale. Une découverte sur un nouveau monde, un nouveau point de vue, de nouvelles œuvres et de nouveaux auteurs. La contrainte que nous nous sommes également imposée était que ce nom soit facilement prononçable en français. Les sonorités n’étant pas les mêmes en japonais et en français, nous ne voulions pas que le nom soit écorché. De là est venu le mot « yoaké » qui correspond bien à notre identité d’éditeur. Tout d’abord, il y a le clin d’œil au Japon, avec ce « soleil levant ». Puis surtout, cette image d’un jour nouveau qui s’ouvre pour les plus petits, du soleil qui fait la lumière sur des œuvres venues d’ailleurs.

Quel est votre politique éditorial, votre philosophie ?

Pour rejoindre la première question, nous voulons faire découvrir aux enfants français des œuvres venues d’ailleurs, du Japon, plus particulièrement. Mais notre intention n’est pas forcément que ces enfants découvrent le Japon en lui-même. Nous voulons simplement aborder des thèmes universels avec le regard d’auteurs japonais. Nous ne voulons pas que les œuvres que nous publions soient teintées de la culture japonaise, mais qu’il en ressorte la sensibilité à part et le graphisme de ces auteurs.

On créé parfois un label par envie de publier un ou deux auteurs en particulier, et parfois c’est le label qui est créé d’abord et qui appelle des auteurs… Comment cela s’est déroulé pour vous avec vos deux premiers auteurs, Yuka SHIMADA & Shirô FUJIMOTO ?

C’était un peu des deux. Nous baignons dans les œuvres japonaises, que ce soit dans la vie professionnelle ou privée. Beaucoup de personnes dans la société vivent avec ou côtoient des Japonais et elles connaissaient déjà certains titres que nous avons publiés. J’ai moi-même des enfants à qui je lis des livres japonais et c’est sur une volonté commune de faire connaître ces titres qu’est née notre maison. Le choix de publier Yuka SHIMADA s’est fait naturellement car beaucoup d’entre nous avaient déjà lu  Bam et Kéro. Et pour ce qui est de M. Shirô FUJIMOTO, c’est un coup de cœur que nous avons eu au détour d’un salon du livre.

dimanche-chez-bam-et-neko-yoake

Un dimanche chez Bam et Kéro de Yuki SHIMADA

D’une manière générale, quels sont les genres d’auteur et d’histoires que vous cherchez, quels sont vos critères de sélection ?

J’y ai déjà un peu répondu dans ma deuxième réponse, mais nous cherchons des auteurs qui apportent un regard nouveau sur des thèmes de l’enfance, ou qui nous séduisent par leur dessins ou par leur manière de raconter une histoire. Pour le moment, nous ne projetons pas d’éditer des contes japonais ou des histoires contenant des références culturelles. Le premier critère, c’est qu’il nous plaise à tous. Que l’histoire non seulement raconte, mais nous émerveille, nous captive et nous surprenne. Cela peut paraître prétentieux, mais tous les titres que nous avons publié nous ont fait ces effets-là. Nous espérons qu’il en sera de même pour les lecteurs.

Le staff de Yoaké vient du manga pour la plupart, est-ce que la littérature jeunesse est un univers différent ou n’y a-t-il finalement, que l’âge du lectorat qui change ?

Nous faisons partie d’un groupe (Viz Media Europe) qui comprend une maison d’édition de mangas. Notre équipe éditoriale, elle, est distincte et bien que la supervision est prise en charge par les mêmes personnes, les éditeurs ne sont pas les mêmes. Ce sont effectivement des univers bien différents que ce soit le marché ou le contenu. Ce n’est donc pas du tout le même travail et nous débutons dans le domaine de la jeunesse, alors nous espérons faire au mieux.

Balade sens dessus dessous

Balade sens dessus dessous de Shirô FUJIMOTO

On sait bien que tous les succès du Japon ne sont pas des succès en France, quels sont les différences dont il faut tenir compte entre les enfants nippons et les enfants français ?

Je pense qu’il est difficile d’énumérer les différences car en ce qui concerne la jeunesse, nous nous adressons à des enfants qui sont encore dans le développement, l’éveil ou l’apprentissage. De ce fait, ils sont encore ouverts à beaucoup de choses, et c’est pour cela que nous voulons leur proposer des œuvres qui pourraient leur offrir un spectre différent, une autre façon de découvrir le monde. Par contre, ceux qui choisissent les livres pour les enfants, sont évidemment les parents. Il faut donc que les parents y trouvent les valeurs qui sont les leurs et qu’ils veulent transmettre à leurs enfants. C’est donc pour cela que nous ne voulons pas éditer des albums qui seraient trop teintés de culture japonaise. Peut-être qu’un jour, nous ferons des livres pour enfants plus grands, pour leur faire découvrir le Japon, mais pour l’heure, nous nous tournons vers les plus petits.

Dans l’univers du Japon pour les plus petits, on connait tous nobi nobi qui a ouvert la voie. Comment vous placez-vous et vous démarquez-vous de cet éditeur ?

Oui, effectivement, nobi nobi ! est le premier à s’être spécialisé dans les œuvres japonaises pour les tout-petits. Grâce à eux, les œuvres jeunesse venues du Japon se sont fait une place dans le paysage des livres pour enfants en France. Nous voulons donc accompagner cette démarche, sans entrer dans une féroce concurrence. Nous voulons communiquer notre passion commune pour les œuvres japonaises. Notre démarche est d’élargir le choix de ces publications. Nous cherchons à faire découvrir nos coups de cœur et non pas d’entrer dans un rapport de force avec un confrère. La source de ce genre d’ouvrages au Japon est d’ailleurs intarissable. Nous pouvons donc coexister en toute harmonie. Pour finir, nos collections seront forcément différentes car même si nous ne nous démarquons pas délibérément, nos goûts et notre sensibilité diffèrent forcément.

Vos premiers titres sont parus en novembre 2014, qu’est-ce que vous retenez de ces tout débuts ?

Nous avons lancé notre label durant le Salon du Livre de la jeunesse de Montreuil. Ce fut une expérience riche et très agréable ! L’auteur de Bam et Kéro nous a fait l’honneur d’accompagner ce lancement en venant à Paris depuis Toronto où elle vit. Nous avons pu avoir un contact direct avec les futurs lecteurs de nos livres et prendre la température de ce marché déjà foisonnant ! L’auteur et ses accompagnateurs étaient ravis de leur séjour, d’avoir pu rencontrer le public français et d’avoir pu observer un événement aussi important que ce salon. En tout cas, ces débuts nous ont donné encore plus envie de continuer !

Yuki Shimada au SDL Jeunesse de Montreuil

Yuki SHIMADA au SDL Jeunesse de Montreuil – Photo Paul Ozouf ©journaldujapon

Au niveau de la fabrication : les livres pour enfants sont parfois des livres passe-partout très communs, parfois des livres très ludiques dans leur dépliage ou avec plein d’astuces, et parfois de beaux livres. Quelle politique pour Yoaké dans ce domaine ?

Pour le moment, nous avons dans notre catalogue des albums, la plupart étant des séries. Mais nous avons l’ambition de sortir également des livres d’éveil « interactifs » dont la fabrication permettra à l’enfant de jouer avec le livre au fil de la lecture. Ce sont des ouvrages dont les droits sont plus difficiles à acquérir car il y a souvent des brevets de fabrication qui ne sont pas vendus à l’international.

Pour finir un petit portrait de cette année 2015 pour Yoaké ?

L’année 2015 sera tout d’abord sous le signe de l’auteur Miwa NAKAYA dont nous sortons deux séries : Les Petits Pastels et Le Village des chênes. C’est une auteure qui nous a séduits et qui a déjà séduit des milliers d’enfants au Japon. Nous allons aussi publier la suite des aventures de Bam et Kéro dont le cercle d’amis s’agrandit. Et nous espérons pouvoir éditer d’autres œuvres qui nous tiennent à cœur. J’espère que nos lecteurs nous suivrons encore cette année !

C’est tout le mal que l’on vous souhaite, pour une bonne année 2015 !

Les petis pastels et l'étrange rencontre de Miwa NAKAYA

Les petis pastels et l’étrange rencontre de Miwa NAKAYA

 Vous pouvez retrouvez les éditions Yoaké sur leur site internet, ou les suivre sur leur page Facebook ou leur compte Twitter.

Remerciements à Yumena Miyanaga pour son temps et ses réponses ainsi qu’à Jérome Chelim pour la mise en place de cette interview.

Paul OZOUF

Rédacteur en chef de Journal du Japon depuis fin 2012 et fondateur de Paoru.fr, je m'intéresse au Japon depuis toujours et en plus de deux décennies je suis très loin d'en avoir fait le tour, bien au contraire. Avec la passion pour ce pays, sa culture mais aussi pour l'exercice journalistique en bandoulière, je continue mon chemin... Qui est aussi une aventure humaine avec la plus chouette des équipes !

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. 2 février 2015

    […] semaine dernière nous vous présentions Yoaké, nouvel éditeur jeunesse qui se nourrit d’histoires nippones. Cette semaine, nous vous […]

  2. 12 juin 2016

    […] Editions Yoaké […]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *