Zelda A Link to the Past : 30 ans plus tard, quel héritage ?

En septembre 1992 sortait en Europe The Legend of Zelda : A link to the Past sur Super Nintendo. Troisième épisode des aventures de Link, il est considéré comme l’un des titres phares de la série. D’où vient cette réputation et vaut-il toujours le coup d’être joué aujourd’hui ?

A Link to the Past (ALTTP pour les intimes) sort 3 ans après le second volet Zelda II: The Adventure of Link. Souvent considéré comme le « mouton noir » de la série, ce dernier avait choisi une approche très différente en termes de gameplay. L’aspect RPG y était plus poussé avec notamment la possibilité d’augmenter le niveau de ses attaques ou de magie grâce à des points d’expérience. Zelda II intégrait également des phases d’action à défilement horizontal. Ce second opus s’avère si différent des Zelda classiques que ALTTP est souvent considéré comme étant la véritable suite du premier jeu The Legend of Zelda (que l’on désignera ici sous ce nom).

Les apports de la Super Nintendo

Une musique plus riche et variée

L’écart technologique avec The Legend of Zelda se fait rapidement ressentir. A Link to the Past bénéficie des nouvelles capacités de la Super Nintendo, bien supérieures à la NES. On passe ainsi de 8 à 16 bits et à un volume de stockage plus important. Ce dernier permettra d’intégrer un plus grand nombre de musiques. En effet, celles de The Legend of Zelda, qui étaient au nombre de 4, avaient vite tendance à se répéter… Ici, presque chaque lieu dispose de son propre thème. De nombreux morceaux de la série aujourd’hui devenus iconiques sont d’ailleurs issus de ce Zelda ALTTP. C’est par exemple le cas de la musique de la Master Sword, réutilisée dernièrement dans Breath of the Wild, mais aussi du thème de Zelda, ou encore celui du village Cocorico.

D’un point de vue technique, la Super Nintendo donne l’occasion de faire ressortir des compositions plus complexes. La console passe de cinq à huit pistes sonores, offrant à Koji KONDO l’occasion de délivrer des compositions incluant variations et harmonies.

Des donjons plus élaborés

Les donjons de ALTTP bénéficient également d’une nette amélioration par rapport à son ancêtre. Les limites techniques de l’époque font que le premier jeu Zelda utilisait pour ses donjons des décors très génériques. On avait donc vite l’impression que chacun d’entre eux se ressemblait. Seul le dernier niveau du jeu originel, particulièrement complexe, est aujourd’hui vraiment marquant. A Link to the Past parvient à offrir une vraie identité à chacun de ses donjons. Désert, palais de glace, grotte et autres sont autant de thèmes vraiment identifiables à l’écran.

On pourra cependant regretter que certaines thématiques n’aient pas été pleinement ou bien exploitées. Par exemple, le palais des ténèbres n’utilise finalement pas vraiment de mécaniques liées à l’obscurité. Si le palais de glace est réussi, la sensation de glisse s’avère souvent plus inutilement frustrante qu’autre chose. Cela sera d’ailleurs aussi souvent le cas dans d’autres Zelda utilisant un thème de glace comme Ocarina of Time. Enfin, certains objets disposant pourtant d’un très bon potentiel en termes d’énigmes sont finalement peu exploités.

D’autres donjons emploient des mécaniques novatrices pour l’époque. Plusieurs d’entre elles seront d’ailleurs réutilisées dans les Zelda suivants. On pense par exemple au Palais des marécages, qui demande de jouer avec le niveau de l’eau pour ouvrir des nouveaux passages. Le concept de ce donjon aura sans doute contribué au temple de l’eau de Ocarina of Time.

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Ce donjon demandera d’élever ou de redescendre le niveau de l’eau ©Nintendo

Les donjons comprennent aussi différents étages et parfois des trous permettant de tomber au niveau inférieur. Ce concept, à la base de plusieurs énigmes (dont une particulièrement réussie dans le palais de glace), sera utilisé plus tard dans d’autres jeux de la série.

Une narration davantage mise en avant

La capacité de mémoire plus importante de la Super Nintendo permet d’intégrer plus de dialogues et de PNJ. Ces derniers contribuent à rendre l’univers bien plus vivant. L’une des quêtes annexes donnera d’ailleurs accès à un moyen de téléportation bien pratique.

L’histoire du premier Zelda était essentiellement racontée par le livret du jeu afin d’économiser les ressources de la console. Ce petit livre donnait de nombreux détails sur les personnages et l’univers d’Hyrule. Si A Link to the Past bénéficiait aussi d’un livret inclus comme cela était souvent le cas à l’époque, l’histoire est davantage explicitée dans le jeu lui-même. On rencontre ainsi rapidement la princesse Zelda à la suite d’une introduction efficace. Dans The Legend of Zelda, la première rencontre avec celle-ci se faisait à vrai dire à la toute fin du jeu après avoir vaincu Ganon… Ici, le joueur est donc bien plus impliqué dans l’histoire, même si celle-ci reste générique.

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La conclusion particulièrement laconique du tout premier jeu The Legend of Zelda ©Nintendo

La structure scénaristique de ALTTP était en effet déjà très classique à l’époque, mais le semble d’autant plus aujourd’hui. On y retrouve la fameuse opposition entre le bien et le mal, symbolisée par Ganon et le sorcier Agahnim. A Link to the Past semble confirmer que les Zelda les plus marquants en termes de narration sont les épisodes s’éloignant le plus de la trame classique. Majora’s Mask et Link’s Awakening (remaké en 2019 sur Switch) présentent un univers, des personnages et des thèmes abordés plus mémorables.

Zelda en monde ouvert ou cloisonné : premier clivage dans la série ?

The Legend of Zelda accordait une grande liberté au joueur. Dans ce monde ouvert, la quasi-totalité de la carte était accessible dès le début du jeu. Cependant, la grande disparité de difficulté en fonction des zones fait que le joueur se rendait vite compte lorsqu’une zone était destinée à être visitée vers la fin de l’aventure.

Dans A Link to the Past, plusieurs zones et donjons ne sont pas accessibles à moins d’être équipé d’un objet-clé. Marteau, grappin, ou encore gants de puissance sont nécessaires pour ouvrir l’accès aux prochains donjons et à de nouvelles zones. L’aventure s’y retrouve donc plus cloisonnée.

Shigeru Miyamoto avait justifié ce choix par la volonté de mieux se focaliser sur l’histoire. Cependant, celle-ci s’avère peu riche en rebondissements marquants. Le choix d’un monde cloisonné est sans doute davantage lié à une question de rythme. Certaines énigmes nécessaires afin d’accéder à des donjons de The Legend of Zelda étaient particulièrement capillotractées. Un style plus linéaire simplifie notamment l’accès aux différents niveaux et évite de perdre le joueur.

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L’entrée de cette grotte est bloquée par un rocher nécessitant un gant de puissance pour être soulevé ©Nintendo

L’arrivée dans le monde des ténèbres rend le tout encore plus cloisonné, même si elle donne également un second souffle au jeu. On redécouvre la même carte mais sous un angle très différent. Un effet qui fonctionne toujours en 2022 et qui devait être particulièrement saisissant à l’époque. Parvenir à se déplacer dans ce monde des ténèbres pour atteindre certains endroits relève parfois du puzzle à résoudre. On peut d’ailleurs noter que Link’s Awakening, qui sortira l’année suivante en 1993, aura recours à un style tout autant (voire plus) linéaire.

 

Quelle philosophie pour quel jeu Zelda ?

En termes de philosophie de jeu, Zelda Breath of the Wild s’inspire ainsi davantage du monde ouvert du The Legend of Zelda originel plutôt que de ce A Link to the Past. Ce dernier aura plutôt ouvert la voie aux Zelda plus cloisonnés plus rythmés et focalisés sur les donjons. Link’s Awakening, Ocarina of Time, la série des Oracle of, ou encore Twilight Princess feraient par exemple plutôt partie de cette catégorie.

Ce style plus cloisonné n’empêche pas quelques écueils de level-design. A titre d’exemple, le boss de l’un des derniers donjons nécessite l’acquisition d’un objet spécifique pour le vaincre. Ce dernier ne peut cependant être trouvé que dans une zone cachée du jeu, pouvant le faire passer pour un objet optionnel. Même principe pour Ganon qui ne peut être battu qu’à l’aide de flèches d’argent s’obtenant d’une façon peu évidente. On pourra cependant noter la présence d’une indication dans la salle en-dessous du combat final.

A Link to the Past, est-ce toujours bien en 2022 ?

On prend toujours du plaisir à parcourir le Hyrule version A Link to the Past et ses donjons. Ce dernier a visuellement mieux vieilli que The Legend of Zelda et reste agréable à l’œil. ALTTP présente également un vrai intérêt historique pour tous les amateurs de jeux vidéo. Ce titre a en effet ouvert une voie à de nombreuses mécaniques typiques de la série The Legend of Zelda. Il est possible de jouer à Zelda : A Link to the Past par l’intermédiaire de la Mini Super Nintendo, ou via la Nintendo Switch si vous disposez d’un abonnement en ligne.

2 réponses

  1. Someone dit :

    Article très moyen. Pour faire une comparaison c’est comme dire qu’un téléphone mobile d’il y a 20 ans etait mieux qu’un telephone fixe d’il y a 30 ans mais qui manquait de user experience et d’ergonomie comparé aux smartphones d’aujourd’hui…

    • Bonjour, merci pour votre commentaire.

      L’angle choisi pour cet article est entre autres de remettre ce Zelda dans le contexte de sa création au début des années 90. Raison pour laquelle il y est effectivement souvent comparé au premier jeu de la série. Tous les lecteurs ne se rendent pas forcément compte des contraintes techniques qui avaient entravé The Legend of Zelda 5 ans plus tôt et de l’avancée qu’avait pu représenter ALTTP en 1992. Cependant, les limites de ce dernier (caractéristiques de son époque) sont également évoquées.

      Bien à vous,

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