Mangas, dragons et illuminations : les évènements à ne pas rater ce mois-ci à Paris !
Amoureux de la culture asiatique de passage à la capitale, préparez-vous à en prendre plein les yeux. Jusqu’au mois prochain, trois univers fascinants inspirés du Japon vous attendent à Paris : entre l’exposition Manga. Tout un art au musée Guimet, Dragons au musée du Quai Branly et les sublimes illuminations du Jardin d’Acclimatation avec Le Japon en Lumières, c’est une véritable immersion au cœur de la culture asiatiques qui s’offre à vous !
« Manga. Tout un art ! » au musée Guimet jusqu’au 9 mars 2026
Avec l’exposition « Manga. Tout un art ! », jusqu’au 9 mars 2026, le Musée national des arts asiatiques – Guimet démontre que la bande dessinée japonaise est plus qu’une industrie du livre et qu’il ne fait aucun doute que le manga est bel et bien un art. L’amour des Français pour le Japon et sa culture remonte pour beaucoup à leur enfance avec les dessins animés japonais adaptés de mangas : on pense à Récré A2 et au Club Dorothée notamment. Près de 50 ans après l’irruption de ces programmes japonais à la télévision française, non sans fracas, l’exposition dans cette institution culturelle parisienne est une reconnaissance du 9ème art et en particulier du manga. C’est un bon indicateur pour constater le chemin parcouru depuis Le ras-le-bol des bébés zappeurs de Ségolène Royal. Le musée Guimet a déroulé le tapis rouge en déployant « Manga. Tout un art ! » sur les 3 étages exceptionnellement. Chaque partie a de quoi réunir fans de mangas et amateurs d’art japonais autour de planches et objets d’art plus anciens.

Pour les visiteurs qui n’ont pas lu l’indispensable Histoire du manga de l’autrice et journaliste Karyn Nishimura-Poupée aux éditions Tallandier, la partie sur « la préhistoire du manga » est particulièrement instructive. Saviez-vous que les mangas sont nés de la rencontre entre le Japon et l’Occident ? En effet, une première étape est franchie avec l’introduction au Japon de la presse satirique, The Japan Punch par Charles Wirgman en 1876 et Tôbaé par Georges Bigot en 1887 à Yokohama. En 1890, avec le quotidien Jiji shinpo, les « mangas » apparaissent véritablement. Ce sont alors des dessins en vignettes et encore des caricatures. Le terme « manga » est vulgarisé à la suite par Kitazawa Rakuten (1876-1955). Et c’est dans les années 1920 qu’il prend le sens actuel de bande dessinée narrative publiée en feuilleton avec Okamoto Ippei (1886-1948) notamment. Les différents éléments de l’exposition sur la tradition du kamishibai, « théâtre de papier » littéralement, permettent de revivre les spectacles de rue de 10 à 20 illustrations tels que les enfants des années 1920 à 1960 les vivaient à l’époque. Plusieurs mangakas ont débuté en réalisant les illustrations des kamishibai comme celles de la légende de Momotarô exposées par exemple.

Sans surprise, l’exposition rend aussi un bel hommage à Osamu Tezuka (1928-1989), figure majeure de la bande dessinée moderne et un pionnier de l’animation japonaise avec la série culte Astro Boy. De nombreuses planches dont la naissance d’Astro le petit robot étaient exposées en vitrine. On regrette tout de même une mise en scène assez pauvre et l’ajout de divers objets en lien avec les œuvres du « dieu du manga » comme Phénix (1968-1988) ou Princesse Saphir (1953-1956) aurait été appréciable. A Journal du Japon, on encourage d’ailleurs les visiteurs à (re)découvrir l’œuvre du mangaka qui cumule environ 150 000 pages et plus de 700 titres grâce aux intégrales en édition prestige chez Delcourt/Tonkam.

Si le seinen avec le mouvement gekiga né à la fin des années 1950 est bien représenté avec Shirato Sanpei (Kamui-den), on regrette que le shôjo manga n’ait pas droit au même traitement. La zone dédiée aux « mangas pour jeunes filles » fait en effet peine à voir avec seulement quelques illustrations de Sailor Moon et Candy Candy et magazines Margaret ainsi que quelques planches de La Rose de Versailles. C’est bien insuffisant pour rendre compte de la diversité du shôjo. Les seuls objets anciens, sans grande mise en avant non plus, sont des boîtes de laque maki-e en forme d’éventails de l’époque Edo qui ont appartenu à Marie-Antoinette. Shigeru Mizuki (1922-2015), a quant à lui aussi droit à un bel espace avec des planches et illustrations du maître des yôkai. Les livres illustrés de l’artiste Toriyama Sekien permettent aux visiteurs de comparer les sources d’inspiration du mangaka et la version moderne dans Kitaro le repoussant par exemple.

La section suivante sur le triomphe du shônen est sûrement le cœur de l’exposition en réunissant de nombreuses planches, estampes et divers objets d’art japonais autour des séries phares des mangas pour garçons : Dragon Ball, Naruto, One Piece, Demon Slayer et Fairy Tail.

Les mangakas s’inspirent de la tradition et de la culture japonaise pour écrire leurs histoires en multipliant les références au bouddhisme (mudra dans Naruto par exemple), à la littérature classique (Dragon Ball avec La Pérégrination vers l’Ouest) et au théâtre nô pour Demon Slayer par exemple. Nous avons d’ailleurs créé et partagé sur Instagram quelques vidéos capsules à ce sujet.
Une autre partie présentait quelques figures d’apocalypse comme : Godzilla (1954) de Ichirô Honda ; les titans de L’Attaque des Titans de Hajime Isayama ; Akira (1982-1990) de Katsuhiro Ôtomo ; et Gen aux pieds nus (1973-1985) de Keiji Nakazawa. Ces œuvres évoquent les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki mais aussi l’accident nucléaire de Fukushima. L’Attaque des Titans (2009-2021) montre que cette peur de l’extermination par des forces colossales est toujours présente dans les créations japonaises.
L’espace dédié au cosplay ravira à notre avis plus les fans de la mode que ceux des mangas et des anime en présentant des vêtements de maisons de luxe comme Louis Vitton, Gucci, Julien David et l’iconique Goldorak, la créatrice Junko Koshino et sa robe qui ne manque pas de piquants Spike Dress, Yuima Nakazoto… La Grande Vague d’Hokusai fascine depuis presque deux siècles et encore aujourd’hui, de nombreux artistes lui rendent hommage dans leurs bandes dessinées et même dans un manteau Christian Dior par John Galliano. (David)



La mode s’inspire du manga et de l’animation moderne comme de La Vague d’Hokusai ©David Maingot pour Journal du Japon
« Dragons » au musée du quai Branly jusqu’au 1er mars 2026
Conçue avec le Musée national du Palais de Taipei à Taïwan, l’exposition « Dragons » au musée du quai Branly – Jacques Chirac retrace 5 millénaires d’histoires et de légendes autour du dragon originaire de Chine.
La première des quatre sections explore les origines avec les premiers dragons sur des jades et bronzes antiques. Au néolithique, au nord-est de la Chine, des ornements en jade de cochon-dragon (zhūlóng) de la culture de Hongshan (4 700 – 2 900 avant notre ère) retrouvés dans les tombes de hauts dignitaires peuvent être considérés comme les premières représentations du dragon chinois. Pour les japonophiles, le corps allongé à la symbolique fœtale peut évoquer les pendentifs magatama de la période Jômon (13 000 – 400 avant notre ère). Il y a de magnifiques bronzes rituels à découvrir comme le bassin à eau pan à décor de dragon enroulé de la fin de la dynastie Shang (1 554 – 1046 avant notre ère) ou cette verseuse à eau yi de la fin de la dynastie des Zhou de l’ouest (1 045 – 771 avant notre ère). On constate que le dragon prend de nombreuses formes au fil des œuvres présentées et des siècles.


À gauche : Cochon-dragon, Nord-est de la Chine, Fin de la culture de Hongshan (4700-2900 avant notre ère), Jade ©Rokusan.fr pour Journal du Japon
À droite : Verseuse à eau yi, Chine, Fin de la dynastie des Zhou de l’Ouest (1045-771 avant notre ère), Bronze ©Rokusan.fr pour Journal du Japon
C’est au 2e siècle que le philosophe Wang Fu indique qu’il s’agit d’une créature hybride combinant 9 animaux : « par les cornes il ressemble au cerf, par la tête au chameau, par les yeux au lièvre, par le cou au serpent, par le ventre au mollusque, par les écailles à la carpe, par les griffes à l’aigle, par les pattes au tigre, par les oreilles au bœuf ».
Dans la civilisation chinoise, le 9 est un chiffre parfait car il s’agit du carré de 3 qui représente la triade ciel-terre-homme. La légende des neuf fils du dragon est abordée dans l’exposition avec le poème illustré de Jin Shisong (1730-1800) de la dynastie Qing (1644-1911). Régnant sur les mers, les montagnes ou les cieux, on retrouve le dragon dans l’art des Trois Enseignements que sont le taoïsme, le confucianisme et le bouddhisme.
Le Dragon azur de l’Est est ainsi l’une des quatre créatures célestes aux côtés du Tigre blanc de l’Ouest, de la Tortue noire du Nord et de l’Oiseau vermillon du Sud. Dans les arts taoïstes, les immortels chevauchent la créature aux 81 écailles comme sur le rouleau Immortelles (1772) de Gu Quan d’après Ruan Gao de la dynastie Qing ou bien celui d’un anonyme représentant Wang Yuanfu et Zheng Boyuan prenant l’élixir minéral datant de la dynastie Qing également.

En Chine, le serpent nāga se confond avec le dragon qui devient un gardien du Bouddha et de ses disciples ayant atteint l’Éveil (arhat en sanskrit ou luohan en chinois). Voici deux exemples de sa fonction de protecteur du dharma, l’enseignement bouddhique avec : La naissance de Shakyumuni, le bouddha historique, accueilli par les dieux et les dragons d’un anonyme de la dynastie Qing ; ainsi que les Rois naga des lacs, des étangs et des sources (1454) de la dynastie Ming (1368-1644).
Une légende raconte que les carpes, pouvant vivre mille ans selon les croyances populaires, les plus valeureuses et persévérantes peuvent se transformer en dragon en réussissant l’exploit de franchir la grande chute d’eau de la porte du Dragon. Le porte-fleur en forme de carpe commençant la métamorphose fera resurgir aux nostalgiques de Saint Seiya le souvenir de l’entraînement de Shiryu pour devenir le chevalier de bronze du Dragon.


À gauche : Vase décoré de deux dragons chassant des perles parmi les nuages, Chine, Dynastie Qing (1644-1911), Emaux sur cuivre ©Rokusan.fr pour Journal du Japon
À droite : Boîte aux cycles infinis contenant des figurines des douze animaux du zodiaque et un album de calligraphies de Yongyan (empereur Jiaqing, r. 1769-1820), Chine, Dynastie de Qianlong (1735-1796), Jade, bois de santal ©Rokusan.fr pour Journal du Japon
Parmi les 12 signes du zodiaque chinois ayant pour origine une symbolique animale de l’époque des Royaumes combattants (5e siècle à 221 avant notre ère), le dragon est la seule créature imaginaire. Une naissance lors d’une année du dragon est un bon présage et annonce charisme et force de caractère pour le nouveau-né. A partir de la période des Six Dynasties (220 à 589), des représentations du zodiaque plus ou moins anthropomorphes étaient placées dans les tombes pour protéger les défunts.
La section de l’exposition sur le dragon impérial présente de nombreux objets avec le dragon jaune à 5 griffes, emblème officiel réservé aux souverains chinois par des textes officiels qu’à partir de la dynastie Liao (907-1125) jusqu’à la chute du régime impérial avec la fondation de la République de Chine en 1912. Détenteur du mandat céleste, l’empereur exerçait le pouvoir politique et religieux. L’un de ses rôles était de maintenir l’harmonie sur terre en effectuant des offrandes ainsi que des rituels et cérémonies où la figure du dragon, détenteur des pluies importantes pour l’agriculture, était omniprésente. Sécheresses et inondations pouvaient remettre en cause la légitimité de la dynastie à régner. En 5 000 ans d’existence, le dragon est devenu un puissant symbole culturel dans toute l’Asie orientale et pour les communautés chinoises et asiatiques du monde entier. La dernière partie sur la danse du dragon avec les costumes utilisés pour la célébration du nouvel an par exemple est le clou du spectacle.


À gauche : Boîte à décor de dragons et de nuages, Chine, Dynastie Qing (1644-1911), Laque rouge ©Rokusan.fr pour Journal du Japon
À droite : Lion de danse, Novembre 2023, Bambou, papier, crin de cheval, pompons de soie, Collection privée Ghyslain Kuehn et Dragon de danse, Vietnam 2020, Papier mâché et bambou, Prêt de l’association Dragon Lion Sport, Paris ©Rokusan.fr pour Journal du Japon
Accaparé longtemps par l’empereur, le dragon s’est popularisé pour apporter au quotidien force et prospérité en se déployant sur une multitude d’objets et de supports. (David)
En parlant de dragon, les collections permanentes du musée Cernsuchi ont de belles pièces dont voici un avant-goût.









©David Maingot pour Journal du Japon
Le Japon en Lumières au Jardin d’Acclimatation jusqu’au 8 mars 2026
Il ne fait aucun doute que vous avez vu passé cet événement sur vos différents canaux en ligne : la 3ème édition du Festival des Lanternes du Jardin d’Acclimatation ne cesse de faire parler d’elle depuis décembre dernier, et l’on comprend facilement pourquoi lorsque l’on y met les pieds… L’objectif de ce festival hivernal est clair : nous faire voyager au pays du Soleil Levant sans quitter la capitale française, et le pari est plus que réussi !
Articulé en trois étapes, le parcours nous emporte dans la découverte des trois grandes facettes de la culture japonaise. D’abord celle pour laquelle on la respecte, ses traditions, ensuite celle pour laquelle on l’admire, sa modernité, et puis celle qui nous inspire, sa sérénité.


À gauche : Une entrée sous les cerisiers, L’Empire des Traditions ©Rokusan.fr pour Journal du Japon
À droite : Un mur d’ombrelles, L’Empire des Traditions ©Rokusan.fr pour Journal du Japon
Ainsi, le voyage débute par L’Empire des Traditions : une promenade qui prend départ sous une allée de majestueuses fleurs de cerisiers et nous amène tout droit vers la longue succession de torii du célèbre Fushimi Inari de Kyoto.
En chemin, des samouraïs, des ombrelles et des silhouettes en tenue traditionnelle ; et puis, d’un seul coup, de la même manière qu’opère le choc des contrastes lorsque l’on met les pieds au Japon, nous voici transportés dans L’Odysée Pop-moderne. L’univers nous renvoie cette fois-ci en plein cœur de Tokyo : bienvenue dans un savoureux mélange de Shinjuku, Shibuya ou encore Akihabara, rempli de références aux mangas et de touches de kawaii.



À gauche : Plongée dans les néons de Tokyo, L’Odysée Pop-Moderne ©Rokusan.fr pour Journal du Japon
À droite : Du kawaii à souhait ! L’Odysée Pop-Moderne ©Rokusan.fr pour Journal du Japon
Après l’effervescence des rues animées de Tokyo, retour à la zenitude avec Le Jardin des Songes. Au loin, le Mont Fuji. À ses pieds, un champ doucement illuminé, survolé par de multiples papillons. Aux alentours, une barque de macaques en plein bain dans les fameuses sources d’eau chaudes japonaises, et une belle famille de grue.
C’est alors ici que prend fin le voyage visuel, mais un autre sens est alors comblé, celui du goût, avec le food court qui vient conclure. Au menu : des ramens, des karaage, des tempuras ou des mochis, couplés avec des dog corns, du vin chaud ou encore des gaufres. Un mariage de saveur à l’image de l’événement interculturel !
Mais pas d’inquiétudes : le parcours n’est pas à sens unique. On peut revenir sur nos pas, après s’être réchauffé avec une bonne sélection de street food, et profiter des décors pour composer de superbes clichés. Vous l’aurez donc compris : c’est ici une promenade nocturne idéale en couple, en famille ou entre amis, qui s’offre à vous le temps d’un voyage immédiat à l’autre bout du monde.


À gauche : Le mont Fuji et sa vague, Le Jardin des Songes ©Rokusan.fr pour Journal du Japon
À droite : Un bain bien chaud pour les singes ! Le Jardin des Songes ©Rokusan.fr pour Journal du Japon

Ce ne sont pas moins de 2 000 lanternes qui sont venues illuminer le Jardin d’Acclimatation pour cette nouvelle édition du Festival des Lanternes. Après les Dragons et Lanternes pendant la saison 2023-2024 et Le Bal des Dinosaures pour la saison 2024-2025, c’est le Japon qui est mis à l’honneur pour cette saison 2025-2026, et ce pour notre plus grand bonheur.
L’événement prend fin dans un mois tout pile, alors ne tardez pas !
Entre expositions fascinantes et promenade féérique sous les lanternes, ces trois rendez-vous offrent un véritable voyage au cœur de l’Asie sans quitter Paris. Que l’on soit passionné de la culture japonaise, amateur de mythologie ou simple curieux, chacun y trouvera de quoi s’émerveiller. Une belle occasion de s’évader le temps d’une riche journée dans la capitale française, avant que ces univers ne tirent leur révérence le mois prochain.

