[Archive JDJ] Interview avec Yûki Obata : Auteure mélancolique
À l’occasion de la réédition de sa série depuis septembre 2025, retour sur notre rencontre avec Yûki Obata, l’autrice du shôjo manga C’était Nous, lors de sa visite sur la 4e édition du salon Mang’Azur qui s’est déroulé les 18 et 19 avril 2009.
Article publié à l’origine le 9 mai 2009

Au cours de cet entretien, la mangaka nous a confié, sans langue de bois et même avec insistance, qu’elle espérait pouvoir bientôt se lancer dans un projet personnel, qui ne dépende pas d’un éditeur et où elle retrouverait sa liberté artistique, malgré la présence de son éditrice. Il faut dire que C’était Nous, son plus gros succès aujourd’hui, était à l’origine une commande de son éditeur. Bien que reconnaissante d’avoir été publiée, elle ne cache pas sa lassitude et ses doutes quant à la qualité de son histoire, sentimentale et dramatique.
C’était Nous raconte en effet la vie de Nanami Takahashi, dès son premier jour au lycée. Ne connaissant personne, elle souhaite se faire au plus vite de nouvelles amies. Pour cela, elle participe aux discussions qui se centrent toutes autour d’un jeune homme, Yano Motoharu. Élève doué, beau, toujours souriant, il est la coqueluche des femmes comme des hommes. Mais derrière ce masque se cache un passé qu’il cherche à oublier, une blessure qu’il ne veut pas exposer. Nana est-elle prête à accepter le garçon qu’il est vraiment ?
Biographie : Yûki Obata commence sa carrière de mangaka après avoir été consacrée lauréate du 42e concours des débutants de Shôgakukan en 1998 avec son histoire Raindrops. Recrutée par l’éditeur, elle est depuis publiée dans les pages de la revue shôjo Bestucomi. Ses principales œuvres sont La Mélancolie de Sumiré, série courte en 2 tomes, et C’était Nous, éditées en France chez Soleil Manga.C’était Nous comptabilise déjà 13 tomes (NDLR : et en comptera 16 au final), et a été adaptée en série animée par le studio Artland. La série a valu à l’auteure le Prix du meilleur shôjo en 2005 dans le cadre des 50e Shôgakukan Manga Award.
Journal du Japon : Bonjour et merci de répondre à nos questions. Comment est née la série C’était Nous ?
Yûki Obata : J’avais déjà créé trois séries sur le thème des amours lycéens… L’équipe de la revue Betsucomi qui me publiait m’a demandé d’en dessiner une autre, mais de l’aborder sous un angle différent. J’ai donc eu l’idée de raconter la rencontre d’une jeune fille avec un garçon dont la copine vient de décéder.
Quand j’ai commencé à travailler sur cette histoire avec Betsucomi, j’avais du mal à saisir la personnalité des écoliers et j’avais peur que le récit soit trop banal, trop lisse. J’ai quand même voulu continuer en respectant les contraintes imposées par mon éditeur et elle a finalement été bien reçue, donc c’est tant mieux.
En France, on vient tout juste d’annoncer la publication du 12e tome, quelle en est sa spécificité ?
Les lecteurs attendaient la rencontre de deux personnages, elle arrive enfin… (Rires)
Après 12 tomes, vos personnages ont-ils mûri ?
Je ne tiens pas à faire mûrir mes personnages trop vite, j’aime que ça reste progressif. Bien sûr, ils deviennent tous adultes mais il leur arrive de régresser, puis d’avancer à nouveau. Dans C’était nous, j’ai souvent l’impression qu’ils ne font que régresser, je me demande s’ils progressent vraiment ou non ? (Rires)
Les héros sont encore très jeunes, les épreuves qu’ils traversent sont donc d’autant plus difficiles pour eux. Je me demande finalement si ce n’est pas un peu trop dur et si ça reste crédible…
Vous semblez inquiète quant à la qualité de votre série, comment vivez-vous ce projet ?
Le rythme de publication est difficile à tenir pour moi. J’avais du mal à visualiser ma série dans son ensemble, à prendre du recul par rapport au récit, à imaginer tout ce qui allait pouvoir ce passer. Au début, je devais publier un chapitre par semaine, et pour chaque chapitre, je devais trouver un tournant intéressant pour l’histoire. Le rythme imposé peut être une entrave à la créativité.

Quel est votre rythme de travail ?
On commence par faire le « proto », un synopsis du chapitre. Même si l’équipe avec laquelle je travaille me pousse à écrire un scénario, je ne trouve pas facilement l’inspiration, je n’ai pas beaucoup d’idées, la série ne m’inspire pas suffisamment. Ensuite, on passe à l’étape du nemu, qui consiste à faire un premier dessin. Étant donné que je peine pour le « proto », je prends beaucoup plus de temps sur le nemu, j’en discute avec les membres du staff, et on avance comme ça jusqu’à la publication.
La difficulté du rythme du métier de mangaka revient très souvent dans le discours des auteurs, qu’est-ce qui vous a poussé dans cette voie ?
Plus jeune, je lisais beaucoup de mangas, une habitude que j’ai perdu en entrant au lycée. Quand j’ai repris mes lectures après le lycée, j’ai ressenti des émotions qui m’ont rappelé mon enfance. J’ai eu envie de traduire ces sentiments par le dessin. Plus généralement après mes études, il a fallu que je réfléchisse à ce que je voulais faire comme métier, celui de mangaka s’est imposé à moi.
Vous avez commencer votre carrière grâce à votre titre Raindrops, qu’avez-vous ressenti à ce moment là ?
C’était ma première expérience marquante. À l’époque où j’ai écrit Raindrops, je pouvais dessiner tout ce que j’avais envie d’exprimer. J’ai dû arrêter lorsque j’ai rejoint la revue Betsucomi…
Vous semblez avoir d’autres aspirations, quels sont vos projets ?
Je tiens tout d’abord à finir C’était Nous, ensuite j’espère pouvoir travailler sur un titre plus personnel, où je peux vraiment y mettre un peu de moi-même, sans prendre en compte l’opinion publique. Parallèlement, j’accumule les expériences personnelles, cinéma, musique etc. Je souhaite profiter de la vie.
C’est la première fois que vous venez en France pour présenter une de vos séries ?
J’ai visité Aix-en-Provence et Nice il y a trois ans et j’étais déjà venue à Paris deux fois mais c’était pour des raisons personnelles.
Quel est votre rapport avec votre public français ?
Je ne savais pas du tout que j’avais autant de lecteurs ! Je découvre ! (Rires)
Merci beaucoup, bon courage et bonne continuation !

C’était nous, initialement publié entre 2002 et 2012 au Japon est donc a nouveau disponible en édition double, au prix de 15,99€ dans une complete edition. Elle compilera donc les 16 tomes initiaux en 8 gros volumes.

Remerciement à Yûki Obata pour son temps et aux éditions Soleil Manga pour la mise en place de l’interview.

