Otome Game : romance et rédemption dans le monde d’un jeu de drague

Avec la mode des isekai, vous rêvez de vous réincarner en tant qu’héroïne de votre jeu préféré ? Eh bien c’est exactement l’histoire d’Otome Game !… Ou presque : une jeune fille morte dans un accident s’y réincarne ainsi en Katarina Claes, la méchante vouée à une triste fin dans le monde d’un jeu vidéo de type otome game. À l’occasion de la diffusion de la saison 2 de l’anime et la sortie du second tome du manga, Journal du Japon vous propose de découvrir ce genre de jeux populaire au Japon, qui sert de contexte à la série, et comment celle-ci en contourne les codes grâce à son anti-héroïne, qui va tenter de changer de vie pour survivre à son funeste destin.

Otome Game

Otome Game : Tous les chemins mènent à la damnation! ©山口悟・一迅社/はめふら製作委員会

 

Un savant mélange d’otome game, d’isekai et de harem inversé

Écrite par Satoru YAMAGUCHI, la série Otome Game : Tous les chemins mènent à la damnation! est à l’origine publiée en 2014 sur le site Shōsetsuka ni narō (« Devenons un romancier »), un site permettant aux utilisateurs de proposer leurs romans gratuitement. Racontant l’histoire d’une fille réincarnée, elle est ensuite éditée en light novel à partir de 2015 par l’éditeur Ichijinsha, avant d’être adaptée en manga et en série d’animation. À ce jour, dix volumes ont été publiés et la série n’a pas encore pris fin. Au Japon, Ichijinsha compile aussi les chapitres du manga dessinés Nami HIDAKA, qui était déjà l’illustratrice du LN. Le premier tome est publié en mars 2018 et la série compte 6 tomes à ce jour. En France, c’est Delcourt qui se charge de la publication de la version française du manga, les deux premiers tomes étant parus en avril et en juillet de cette année. La réalisation de l’adaptation animée d’Otome Game est assurée par le studio d’animation SILVER LINK​​ avec une première saison diffusée du mois d’avril au mois de juin en 2020 et disponible chez Crunchyroll et ADN. Il s’avère que la série est grandement appréciée au Japon. Une seconde saison, actuellement en cours de diffusion, a donc été annoncée dès le jour de la fin de la première saison.

Delcourt tome 1 du manga d'Otome Game

Tome 1 du manga Otome Game chez Delcourt ©Delcourt/Tonkam

 

Katarina Claes est la fille unique du duc Claes. Au moment où elle avait 8 ans, elle s’est souvenue de sa vie antérieure : elle était une lycéenne japonaise qui jouait au jeu vidéo otome game « Fortune Lover », et s’est retrouvée réincarnée dans le monde du jeu après un accident. Seulement voilà, dans le jeu Katarina Claes est le personnage rival qui empêche l’héroïne, Maria Campbell, de trouver son amour dans toutes les routes de l’histoire. Et il n’existe aucun happy end pour Katarina : c’est soit l’exil, soit la mort. Notre protagoniste se rend alors compte de la nécessité de faire tous les efforts possibles afin d’éviter une fin tragique. Elle tente ainsi de construire des relations amicales avec ceux qui sont autour d’elle. Mais il semble que les cibles de l’héroïne commencent petit à petit à s’intéresser à elle : le 3e prince du royaume, Geordo Stuart, le beau-frère de Katarina, Keith Claes, le 4e prince du royaume et petit frère de Geordo, Alan Stuart, ainsi que le fils aîné d’un comte qui s’appelle Nicol Ascart… Ainsi se déroule la fabuleuse histoire de Katarina, une jeune fille réincarnée dans le monde d’un otome game et qui cherche à changer son destin préétabli.

 

Adonnez-vous à la drague virtuelle

Des jeux de drague, il en existe de toutes sortes : pour garçons, pour filles, yaoi, yuri, etc. Un otome game est un type de jeux de drague à destination des filles au Japon, qui permet de simuler une relation amoureuse dans un monde virtuel. Ce sont généralement des jeux vidéo textuels disponibles sur de nombreux supports (console, PC, smartphone…) qui permettent aux joueuses d’intervenir sur le déroulement de l’histoire. Dans ce genre de jeux, les joueuses incarnent souvent les protagonistes féminines et cherchent à faire des rencontres avec certains beaux garçons qui sont les cibles de l’héroïne. L’objectif est de développer une relation amoureuse progressivement avec le garçon de son choix. Ce sont donc des jeux qui visent principalement un public féminin jeune.

Inspiré par les manga shōjo et josei, leur scénario est souvent similaire : les joueuses incarnent une jeune héroïne dans un endroit où elle va rencontrer plusieurs beaux garçons. Le système simple des jeux permet de s’amuser facilement. Dans le jeu, on répond à des questions à choix multiples. Les choix de réponses augmentent les degrés d’amour. La hauteur du degré d’amour correspond à plusieurs fins différentes. On pourra lire plus de scénarios spéciaux et atteindre une meilleure fin avec un niveau d’amour plus élevé. C’est de cette façon qu’on aboutit à une fin heureuse dans un otome game. Ce genre de jeux est en général accompagné de belles images et des musiques douces qui permettent aux joueuses de s’immerger dans l’histoire. De plus, il est incontestable que le doublage joue un rôle majeur dans les otome games. Les garçons dans le jeu fascinent les joueuses avec leur belle apparence, leur voix aussi. C’est pourquoi les éditeurs des jeux de drague cherchent toujours à recruter des seiyus populaires afin d’être plus compétitifs.

Il est généralement reconnu que le premier otome game est Angelique de Koei, sorti sur Super Famicom en 1994. Le joli chara-design est réalisé par la mangaka shojo Kairi YURA. L’héroïne Angelique est candidate au trône de la Reine du Cosmos, en concurrence avec une rivale. Pour gagner, le joueur va développer le continent et construire des bâtiments avec l’aide du pouvoir des neufs Gardiens. À la fin, on peut finir sa vie avec l’un des Gardiens ou devenir reine, même être perdue dans la concurrence avec la rivale… En tant que première série de jeux de drague pour filles, Angelique présente déjà des caractéristiques des otome : la création des personnages masculins avec lesquels l’héroïne peut finir et un système de jeu simple disponible sur plusieurs supports multimédia. Il ne faut pas non plus oublier Tokimeki Memorial. Au départ, il s’agit d’une série de bishojo games (jeux destinés aux garçons) produite par Konami. En 2002, Tokimeki Memorial Girl’s Side 1st Love, la version otome de la série, a été publiée par le studio et a connu un grand succès.

permier otome game: Angelique

Angelique, premier otome game ©KOEI

 

Il est à noter que le modèle commercial des jeux vidéo otome est presque fixe. Leur système simple diminue les difficultés de la production. Autrement dit, un coût de production assez bas suffit pour produire un jeu de ce type. Il n’est donc pas surprenant qu’ils soient extrêmement rentables. Les années 2008-2016 ont été une période de croissance durant laquelle la production annuelle des otome games pouvait se maintenir autour de 50 œuvres. D’après Asagei plus, ils représentent déjà un marché de 15 milliards de yens en 2015. Selon les chiffres donnés par App Ape (une plateforme d’analyse d’applications mobiles pour le marché asiatique), en 2016 le nombre de joueuses des jeux de drague a été multiplié par 14 par rapport à 2013. La popularisation des smartphones a augmenté le nombre de joueuses et a largement favorisé le développement de ce marché au Japon. En 3 ans, la proportion de joueuses dans la vingtaine était en hausse de 8.3% pour atteindre 46%. Cette industrie continue à se développer jusqu’à nos jours. Le planning des sorties de jeux vidéo pour 2021 montre que 12 jeux otome japonais sont déjà sortis jusqu’à fin juillet et il y en a encore 8 à publier avant la fin de l’année.

Les jeux vidéo otome sont d’origine japonaise mais on observe maintenant que les concepts de ce genre de jeux se diffusent dans d’autres pays du monde. Par exemple, comme Mr Love: Queen’s Choice, développé par le studio chinois Elex Technology, beaucoup de jeux de drague pour les filles sont sortis en Chine durant ces dernières années. Il est évident que les entreprises de jeux vidéo chinoises ont remarqué le potentiel des otome games. Or, ils restent encore un marché de niche destiné aux besoins spécifiques des jeunes femmes.

 

Manga ou anime, chacun ses qualités ?

La licence Otome Game s’est vue adaptée sous plusieurs supports : manga, anime et même jeu vidéo. En France, nous avons la chance de pouvoir profiter actuellement à la fois de son adaptation animée mais aussi manga. Si au niveau global ces 2 formats se ressemblent, il existe quand même quelques différences, qui les rendent plus ou moins complémentaires.

Vu que la série télévisée d’animation n’est composée que de 12 épisodes, SILVER LINK a dû apporter des modifications aux scripts de l’anime. Par exemple, le début du manga correspond à celui du light novel : on commence par l’accident de voiture qui cause la réincarnation d’une lycéenne en Katarina dans le monde du jeu vidéo otome Fortune Lover. Par contre, la première scène de l’anime est l’entrée de Katarina dans l’Académie de magie. Elle déclare que la fin funeste n’aura pas lieu, puis on retourne à son enfance pour découvrir ce que signifie cette fin funeste et pourquoi elle la connaît à l’avance. SILVER LINK a aussi créé du contenu original (épisode 7 et 8) qui n’existe pas du tout dans le roman et le manga. En effet, la saison 1 de l’anime correspondant aux 2 premiers tomes du light novel, 12 épisodes étaient censés être suffisants pour couvrir ce contenu. Le studio a donc pu ajouter ces 2 épisodes originaux au milieu de la série en vue d’une narration plus fluide. Bien qu’inédites, les relations entre les personnages se voient renforcées durant ces péripéties supplémentaires. À l’inverse, l’anime ne laisse pas assez de temps pour la confrontation entre Katarina et Sirius (le président du bureau des élèves de l’Académie de magie) dans le dernier épisode, ce qui contraste avec de nombreuses pages dédiées à cette partie dans le manga et le roman. Pour certains, le rythme de l’histoire a été bouleversé dans l’épisode 12 à cause de cela et ils n’arrivent donc pas à bien comprendre les comportements de Sirius. Bien sûr il appartient à chacun de juger si les modifications réalisées par SILVER LINK sont convenables.

Le manga d’Otome Game adopte le style graphique des shōjo mangas. Dessiné par l’illustratrice des romans elle même, le manga est forcément très fidèle au light novel au niveau visuel et sert de modèle pour la production de l’anime. Les personnages de la série ont tous une belle apparence pour permettre aux lecteurs de rêver. On observe sans surprise cette caractéristique dans la version animée avec un style graphique similaire. De plus, des fleurs et des effets de lumières dans les cases permettent de construire une ambiance romantique lorsque les personnages montrent leur charme. L’anime garde ce moyen d’expression avec ses effets visuels. La série d’animation est réalisée à partir des scripts écrits par Megumi SHIMIZU et des character designs de Miwa OSHIMA. Ces derniers sont très proches des personnages dans le manga. Au niveau de l’apparence et de l’habillement, il n’y a pas vraiment de différences notables. En tenant compte de l’accord entre ces 2 formats, leurs personnalités n’ont guère changé. Le studio d’animation a aussi créé les scripts en fonction de l’intrigue et des personnalités dans le roman et le manga pour que l’histoire se développe selon le plan et que son contenu original soit raisonnable.

 

Quand on fait la comparaison, il est évident que la musique et les doublages apportent un plus particulier à l’anime. La chanson de l’opening de la série est interprétée par Angela, un groupe japonais de pop-rock qui est souvent invité à interpréter les chansons d’ouverture ou de clôture des séries d’animation. La chanson de l’ending intitulée Bad End est interprétée par Shōta AOI, un chanteur et seiyū qui a doublé le rôle de Geordo. À part lui, on trouve d’autres excellents comédiens de doublage comme Maaya UCHIDA (Rikka Takanashi dans Love, Chunibyo, and Other Delusions!), Tatsuhisa SUZUKI (Haru Yoshida dans Le Garçon d’à côté), Tetsuya KAKIHARA (Natsu Dragneel dans Fairy Tail) ou encore Saori HAYAMI (Yukino Yukinoshita dans Oregairu) qui ont prêté leur voix aux personnages de la série. Ainsi, la musique et les doublages assurent la qualité de l’anime et donnent envie de regarder.

De même que pour la partie graphique, la représentation de l’humour est similaire dans les 2 formats. La différence, c’est qu’à la fin de chaque tome, la version manga dispose de contenu supplémentaire sous forme de yonkoma (« manga en quatre cases »). Il s’agit de petites histoires bonus amusantes qu’on a du mal à implanter directement dans l’anime et qui apportent de la valeur au manga d’Otome Game.

 

Pourquoi suivre Otome Game ?

Parce que c’est une série légère susceptible de plaire à tous

L’idée de la série se base sur les otome games, un genre de jeu vidéo qui est déjà développé au Japon. Alors théoriquement la série couvre déjà une partie des spectateurs. De plus, elle est dans sa globalité comique avec une histoire facile à comprendre et suivre. En tenant compte de cet aspect, nous pouvons constater que n’importe quel lecteur ou spectateur de la série peuvent y prendre plaisir, même ceux qui ne savent rien sur ce genre de jeux.

Parce que les « méchants » aussi ont droit au bonheur

Dans la série, la méchante Katarina se transforme en une héroïne aimée de tous. Ce concept intéressant crée du suspense et éveille la curiosité des spectateurs. L’antagoniste qui était le rôle secondaire dans le jeu devient la protagoniste avec ses propres pensées. Autrement dit, elle n’est plus un outil qui aide Maria de manière indirecte à trouver son amour dans le jeu Fortune Lover. Partant de cette idée, c’est sans doute une série créative. Dans la plupart des cas, les rôles secondaires existent comme un outil uniquement pour mettre en évidence l’histoire des personnages principaux. Cependant, Otome Game offre une nouvelle piste : les rôles secondaires, même les méchants qui n’ont pas de fin heureuse, ont la possibilité de mener leur propre vie avec des happy ends. Otome Game n’est pas la seule œuvre qui prenne la réincarnation des méchants comme sujet, mais il faut affirmer sa valeur et sa popularité.

Parce qu’elle vous fera rire

Lors des moments de réflexion, Katarina organise souvent des « réunions du conseil » imaginaires. On y voit donc plusieurs petites Katarina façon chibi se rencontrer et discuter dans le but d’analyser la situation et de trouver des solutions. Elles sont comme les différentes personnalités qui se divisent et cohabitent dans son esprit. En réalité, l’organisation des réunions en tête est une technique d’expression visant à démontrer les débats intérieurs des personnages de manga. Par exemple, Himouto! Umaru-chan utilise aussi cette forme de réunion dans la tête afin que les lecteurs puissent pénétrer les pensées d’Umaru et connaître les idées qu’elle a en tête. Cette forme d’expression rend l’histoire plus vivante et drôle, les effets comiques se produisant notamment lors de ces discussions.

On peut remarquer aussi les comportements drôles de Katarina car elle ne se conduit jamais comme une fille de la noblesse après sa réincarnation. Par ailleurs, Katarina a peur de la fin tragique prévue dans Fortune Lover donc elle cherche à l’éviter avec tous ses efforts. Le plus intéressant, c’est qu’elle ne se rend toujours pas compte qu’elle est devenue la protagoniste et que tous les autres personnages veulent gagner son affection.

Réunions organisées dans la tête de Katarina

Réunions organisées dans la tête de Katarina ©山口悟・一迅社/はめふら製作委員会

Parce qu’elle dépasse les limites du genre

Nous pouvons aussi dire que cette série souligne l’importance de la personnalité. Le personnage rival qui était l’antagoniste dans le jeu vidéo otome Fortune Lover devient le personnage principal de la série car la personnalité de Katarina change avec cette réincarnation. Gentille et chaleureuse, elle commence à aider les autres au lieu de continuer de les brimer. En raison de cela, les personnages qui la détestaient autrefois sont attirés par elle. Au départ, Katarina a juste envie de survivre mais graduellement elle devient ​​de manière inconsciente la fille la plus aimée dans cette série. Son histoire nous montre que parfois une transformation de personnalité suffit à rendre une personne aimable.

De plus, non seulement les garçons qui étaient les cibles du jeu Fortune Lover commencent à se tourner vers Katarina, mais aussi les filles. Plusieurs personnages féminins dans la série éprouvent de l’attrait pour elle : la fiancée d’Alan, Mary Hunt, la sœur de Nicol, Sophia Ascart et même Maria Campbell, l’héroïne originelle du jeu ! Autrement dit, il n’y a pas de restrictions de genre dans la série Otome Game. Cette exagération artistique apporte plus de joie aux spectateurs car pour chaque personnage qui veut gagner l’affection de Katarina, tout le monde peut être son rival amoureux ! Il est évident qu’un caractère positif est capable de vous faire aimer de tous. La distinction de genre ne fait pas et ne doit pas faire obstacle à notre admiration envers des personnes.

Nous pouvons remarquer en même temps que la transformation de l’identité et de la personnalité de la protagoniste Katarina a certainement permis le déroulement de l’histoire avec la production des effets comiques. Or, Otome Game n’est qu’une série basée sur l’idée des otome games. Il est presque impossible d’introduire Girls’ Love dans les vrais jeux vidéo otome car la plupart des cibles de ce genre de jeux paient pour avoir des rencontres uniquement avec des garçons dans le jeu.

personnages féminins dans Otome Game

Personnages féminins dans Otome Game ©山口悟・一迅社/はめふら製作委員会

 

Otome Game : Tous les chemins mènent à la damnation! est donc une comédie romantique qui se déroule de manière détendue autour du personnage de Katarina. Alors que celle-ci a réussi à éviter son destin tragique dans la première saison, la seconde en cours de diffusion dévoile de nouveaux rôles comme les deux frères de Geordo et leurs femmes. Curieux(se) de savoir ce qui se passera entre Katarina et ces nouveaux venus ? De qui Katarina va-t-elle tomber amoureuse? C’est absolument le bon moment d’ajouter la saison 2 d’Otome Game sur votre liste d’anime à regarder ! Elle vous apportera beaucoup de plaisir cette saison, juste comme un thé glacé qu’on savoure en plein été. Il ne faudrait surtout pas la manquer.

 

Sources :

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